Le Gendre Idéal

Une comédie de Jean-Pierre Martinez

2 hommes / 2 femmes

Quand on a abandonné sa fiancée un an auparavant à la veille du mariage  en lui laissant pour toute explication un post it sur le frigo,  mieux vaut ne jamais revenir…

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TEXTE INTÉGRAL

Le gendre idéal

Personnages : ValentineStéphaneMauriceFrançoise

 

La salle de séjour d’un petit appartement, dans un savant désordre suggérant la présence d’un nourrisson. Dans un berceau, un bébé pleure. Au dessus du berceau, un mobile musical émet un de ces airs connus supposés endormir les bébés, tout en projetant sur le mur du fond des ombres kaléidoscopiques et colorées. Une jeune femme, Valentine, arrive et prend le bébé dans ses bras pour le calmer.

Valentine – Allez, c’est l’heure de dormir, maintenant… Pourquoi tu pleures comme ça ? Tu n’as aucune raison de pleurer ! Moi, oui, j’aurais de bonnes raisons de pleurer, mais toi ? Quelles raisons tu pourrais bien avoir pour chialer comme ça ? Tu as l’estomac plein, les fesses propres. Tu passes tes journées à regarder des images psychédéliques au plafond en écoutant de la musique planante. Qu’est-ce que tu veux encore ? Ton doudou ? Je t’ai déjà expliqué : maman a oublié ton ourson hier sur le toit de la Twingo de mamy, il s’est envolé sur l’autoroute et un gros camion a roulé dessus. On a réussi à retrouver une jambe, mais le reste a dû être broyé en passant sous les roues. Tu veux que je donne la jambe quand même ?

Toujours avec le bébé dans les bras, Valentine va chercher la jambe de la peluche et lui donne.

Valentine – Tiens, mais je te préviens, ce n’est pas beau à voir… C’est plein de cambouis et ça sent le gasoil…

Le bébé cesse de pleurer.

Valentine – Alléluia ! Si je pouvais enfin avoir un peu la paix…

Elle replace le bébé dans le berceau délicatement.

Valentine – Ça a l’air de le calmer, les vapeurs d’essence…

La sonnerie stridente du téléphone réveille soudain les pleurs du bambin.

Valentine – Non mais ce n’est pas vrai, c’est un cauchemar !

Elle décroche, de mauvaise humeur.

Valentine (excédée) – Oui maman… Oui, je sais que vous venez tout à l’heure, tu m’as déjà téléphoné trois fois pour me le dire… Mais évidemment que je suis là, où veux-tu que je sois ? En train de me bronzer sur une plage aux Seychelles ? Une surprise… Je n’aime pas beaucoup les surprises, mais bon… Si, si, j’ai hâte de savoir ce que c’est, bien sûr… Ok, à tout à l’heure, maman… Moi aussi, je t’embrasse… Ah, maman ! Surtout, vous ne sonnez pas à la porte en arrivant ! Au cas où j’aurais réussi à l’endormir d’ici là… Eh ben vous frappez doucement, je vous entendrai ! Dans un deux pièces, tu sais, on ne risque jamais de s’éloigner beaucoup de la porte. D’accord, à tout à l’heure…

Valentine raccroche. Le bébé pleure toujours. Elle le prend dans ses bras.

Valentine – Qu’est-ce que tu veux ? Que je te remette un peu de gasoil sur ton doudou ? Désolé, je n’en ai pas ! Ça pourrait peut-être marcher avec du White Spirit, mais il faudra que tu me promettes de ne pas fumer au lit, comme ton père en avait la mauvaise habitude… Et surtout, ne me demande pas où est passé ton père, hein ? Maman aussi, elle a perdu son doudou. Et elle n’a même pas pu récupérer une jambe… Tu veux que je te chante une chanson ? Je ne suis pas sûre d’en connaître beaucoup… Je n’ai aucune mémoire pour les paroles… Mais si tu veux, je peux te jouer un morceau qu’aimait beaucoup ton papa. Ça s’appelle Smoke On The Water. En français, « fumer sur les waters ».

Valentine commence à imiter avec sa bouche les premières mesures légendaires de Smoke On The Water de Deep Purple. Sans doute sidéré par cette prestation inattendue, le bébé se calme immédiatement.

Valentine – C’est dingue ! On dirait qu’il préfère Deep Purple à Chantal Goya…

La sonnette bruyante de la porte retentit, réveillant les pleurs du bambin. Valentine manque de s’étrangler, avant de se diriger vers la porte, exaspérée.

Valentine – Je vais l’étrangler…

Valentine ouvre la porte et semble très surprise d’apercevoir sur le seuil un jeune homme en costume, chemise blanche et cravate.

Stéphane – Tu me reconnais, quand même…?

Valentine – Stéphane ?

Les pleurs du bébé se sont tus.

Stéphane – Il faut absolument que je te parle.

Valentine – Il n’en est pas question. Tu te casses, je ne veux plus te voir !

Elle essaie de refermer la porte, mais il l’en empêche.

Stéphane – Je comprends ta réaction, Valentine… Mais il faut que tu m’écoutes. Je t’en supplie, laisse-moi entrer cinq minutes…

Valentine – Non mais ça ne va pas, de débarquer comme ça sans prévenir. Au bout d’un an !

Stéphane – Si je t’avais prévenue, tu ne m’aurais même pas ouvert…

Valentine – Fous le camp, je te dis ! Pour moi, tu es mort, tu comprends ?

Stéphane – Très bien, je ne veux pas forcer ta porte. Mais si tu refuses de me laisser entrer, je m’assieds sur ton paillasson, et je ne bouge plus d’ici. Jusqu’à ce que tu acceptes d’entendre ce que j’ai à te dire…

Valentine hésite, visiblement dépassée par la situation.

Valentine – Ok, mais donne-moi trente secondes d’abord. C’est le bazar ici… Et après, tu t’en vas, d’accord ?

Stéphane – D’accord.

Valentine referme la porte.

Valentine – Oh, non, ce n’est pas vrai…

Valentine fait disparaître de la pièce tout ce qui pourrait trahir la présence d’un bébé : vêtements, couches, jouets… Puis elle se penche sur le berceau.

Valentine – Si tu restes tranquille, maman t’achètera un autre ours avec une tête et des bras, d’accord ?

Elle emporte le berceau dans la pièce d’à côté, revient, remet un peu d’ordre dans sa tenue et va ouvrir à nouveau la porte.

Stéphane – Merci, Valentine…

Valentine – On a dit cinq minutes. (Elle regarde sa montre) Dans cinq minutes, tu dégages, je te préviens.

Stéphane – Ok.

Stéphane entre dans la pièce, jette un regard circulaire, puis regarde Valentine.

Stéphane – Tu n’as pas changé…

Valentine – On ne peut pas en dire autant de toi… La dernière fois que je t’ai vu tu avais les cheveux longs, une barbe, un cuir et des santiags…

Stéphane – On dit que l’habit ne fait pas le moine, mais ce n’est pas toujours vrai. J’ai changé, je t’assure…

Valentine – Qu’est-ce que tu veux, Stéphane ?

Stéphane – Je comprends que tu m’en veuilles…

Valentine – Moi ? Mais pourquoi je t’en voudrais ? Il y a un an exactement, à cette époque-là, on était à une semaine de notre mariage, tu te souviens de ça, quand même ? Les invitations étaient envoyées. Le plan de table était déjà fait.

Stéphane – Je sais…

Valentine – Tu sais…? En tout cas, ça ne t’a pas empêché de disparaître du jour au lendemain sans un mot d’explication…

Stéphane – Tu exagères… Je t’ai quand même laissé un mot… Tu l’as eu au moins ?

Valentine – Ah, oui, pardon… Le post it sur le frigo… Tiens, d’ailleurs, je l’ai gardé en souvenir. (Elle ouvre un tiroir et en sort un post it qu’elle lit) Tu es trop bien pour moi. Je ne te mérite pas. Oublie-moi. Trois phrases et autant de fautes d’orthographe (Elle lui lance un regard assassin) C’est supposé suffire pour que douze mois après, je t’accueille à bras ouverts ?

Il fait profil bas.

Stéphane – Je vais t’expliquer…

Valentine – Finalement, tu n’as pas réussi à trouver une fille moins bien que moi, c’est ça ? Après un an de recherche, ce n’est pas très flatteur pour moi, mais bon.

Stéphane – Je ne t’ai pas tout dit, Valentine.

Valentine – Attends, je crois deviner… Tu t’es fait enlever par des extraterrestres. Ils t’ont emmené sur leur planète pour faire des expériences scientifiques sur toi, et ils viennent tout juste de te relâcher, c’est ça ?

Stéphane – Tu n’es pas loin de la vérité, tu sais.

Valentine – Sans blague ?

Stéphane – Je me suis coffrer après avoir braqué une supérette… J’ai pris un an ferme…

Après un moment de stupeur, Valentine applaudit avec un air ironique.

Valentine – Alors là, chapeau l’artiste… Je suis bluffée…

Stéphane – Je me doutais que tu ne me croirais pas…

Valentine – Ah, quand même !

Stéphane soulève sa manche de chemise pour montrer ce qui est supposé ressembler à un bracelet électronique.

Stéphane – Je suis en liberté conditionnelle. Je dois porter un bracelet électronique. Pendant quelques jours encore…

Valentine, impressionnée, passe de l’ironie à la surprise.

Valentine (méfiante) – Ça ne se porte pas à la cheville, d’habitude ? J’ai vu ça à la télé.

Stéphane – Dans les séries américaines, peut-être… En France, c’est au poignet. C’est pour ça qu’on appelle ça un bracelet…

Valentine – Mais qu’est-ce qui t’a pris de braquer une supérette ?

Stéphane – J’avais besoin d’argent… Pour payer notre mariage, notamment…

Valentine – Alors c’est à ça que tu estimais le prix de notre amour ? Le contenu du tiroir caisse d’une supérette. Champion ? Casino ?

Stéphane – C’était plutôt une épicerie arabe, en fait…

Valentine – Quitte à finir en prison, tu aurais au moins pu braquer une banque ! Mais tu n’as jamais eu aucune ambition, Stéphane. Tu n’es qu’un looser. Finalement, c’est toi qui avais raison : je suis trop bien pour toi…

Stéphane – C’était l’épicerie juste en bas de chez moi… Le type m’a reconnu et il a téléphoné à la police. J’ai juste eu le temps de passer chez toi pour te laisser ce message. Avant que les flics viennent m’arrêter…

Valentine – Et pourquoi tu ne m’as rien dit ?

Stéphane – J’ai voulu t’éviter une explication pénible avec tes parents !

Valentine – C’est vraiment très délicat de ta part.

Stéphane – Avec ton père, surtout. Comme il est gendarme… Tu imagines la honte pour lui s’il avait dû raconter à ses collègues que ce mariage ne pourrait pas avoir lieu parce que son futur gendre était en prison ?

Valentine – Hun, hun…

Stéphane – Déjà qu’il ne m’aimait pas beaucoup… Il ne m’a jamais fait confiance, ton père…

Valentine – On se demande pourquoi, en effet…

Stéphane – Mais pendant cette année passée derrière les barreaux, j’ai eu le temps de réfléchir, Valentine, crois-moi. Et il y a une chose que j’ai comprise : l’avenir est un plat qui se mange froid.

Elle reste un instant sidérée par la profondeur de cet aphorisme.

Valentine – Et il t’a fallu un an pour trouver ça ?

Stéphane – Maintenant, fini les conneries, je te le jure. Tiens, sur la tête de nos futurs enfants…

Valentine – Tu as aussi arrêté la musique ?

Stéphane fait un geste pour montrer sa nouvelle tenue de cadre.

Stéphane – C’est un nouveau Stéphane que tu as devant toi, Valentine.

Valentine – Je vois ça… Quand j’ai ouvert la porte j’ai cru que c’était les témoins de Jéhovah.

Stéphane – Ne me dis pas que tu préférais l’autre Stéphane.

Valentine – Laisse-moi le temps de m’habituer…

Stéphane – J’ai même trouvé un vrai boulot !

Valentine – Et tu bosses dans quoi, exactement ? Dans les pompes funèbres ?

Stéphane – Je travaille… dans l’agro-alimentaire.

Stéphane prend les mains de Valentine.

Stéphane – Fais-moi confiance, Valentine. J’ai mûri, tu sais. J’ai envie de me ranger, maintenant. De tout partager avec quelqu’un…

Valentine – Tu n’as rien ! Qu’est-ce que tu veux partager ? Même pour acheter nos alliances, tu as dû braquer un épicier arabe !

Stéphane – Je veux dire… partager ma vie avec quelqu’un. Avec toi si tu veux…

Valentine (ironique) – C’est ça… Jusqu’à ce que la mort nous sépare… Tu sais toujours aussi bien parler aux femmes, toi.

Stéphane – Je peux t’embrasser ?

Elle se dégage subitement.

Valentine – Ok, les cinq minutes sont passées, Stéphane. J’ai tenu ma parole. Je t’ai écouté. Maintenant à toi de tenir la tienne. Tu te casses.

Stéphane – J’ai essayé de t’écrire depuis ma cellule, je te jure. Mais tu avais déménagé sans laisser d’adresse. Les lettres me sont revenues. Et vu la situation, je n’ai pas osé demander à tes parents…

Valentine – Pour ça, au moins, je crois que tu as bien fait.

Stéphane – Après ce qui s’est passé, il m’a fallu du courage pour venir sonner à ta porte, tu sais.

Valentine – En somme, tu es vraiment un héros…

Stéphane – Laisse-moi encore une chance, Valentine.

Valentine – Je n’ai pas le temps, Stéphane.

Stéphane – Je comprends que tu ne puisses pas me pardonner tout de suite. Qu’il te faille un peu de temps. J’attendrai. Autant qu’il le faudra. J’ai tout mon temps, maintenant…

Valentine – Oui ben pas moi ! Non mais tu ne comprends pas ce que je te dis ? Je n’ai pas le temps, là ! J’attends quelqu’un, voilà !

Stéphane – Tu as quelqu’un dans ta vie, c’est ça ?

Valentine – Voilà, c’est ça. Il ne va pas tarder à arriver. Et je voudrais éviter qu’il ne te croise ici, tu comprends ?

Stéphane – Je comprends… Tu as refait ta vie… Tu n’allais pas m’attendre pendant des mois… Tu m’as oublié, et puis voilà…

Valentine reprend le post it et lui montre.

Valentine – C’est ce que tu voulais, non ? Regarde, c’est marqué ici : Oublie-moi ! Et ben c’est ce que j’ai fait. Tu ne fais plus partie de ma vie, Stéphane…

Stéphane – Dans ce cas, je m’en vais… Tu n’entendras plus jamais parler de moi, Valentine… Sauf si tu changes d’avis, bien sûr… Je vais quand même te laisser mon numéro de portable, au cas où… (Il sort un crayon) Tu as un morceau de papier ?

Elle lui tend le vieux post it.

Valentine – Tiens, tu n’as qu’à rajouter ça sur le post it… Et après tu dégages, d’accord ?

Tandis qu’il griffonne un numéro sur le post it, on frappe à la porte.

Valentine – Et merde !

Stéphane – C’est lui ? Ne t’inquiète pas, je ne veux pas te mettre dans l’embarras. Je lui expliquerai. Je suis sûr qu’il comprendra.

Valentine – C’est mes parents !

Stéphane (inquiet) – Tes parents ? Tu veux dire ta mère… et ton père.

Valentine – Oui, c’est habituellement ce que j’entends par mes parents.

Stéphane (reprenant espoir) – Alors c’était eux que tu attendais… En réalité, tu es toujours célibataire, c’est ça ?

Valentine est complètement paniquée.

Valentine – Il ne faut absolument pas qu’ils te voient ici, tu comprends ?

Stéphane – C’est vrai qu’ils ont quelques raisons de m’en vouloir, eux aussi, mais bon… Je trouverai bien quelque chose à leur dire, et je suis sûr qu’ils comprendront.

Valentine – Ça, ça m’étonnerait, Stéphane.

Stéphane – Bon, pour mon séjour en prison, si on peut éviter. Surtout devant ton gendarme de père… Mais j’essayerai d’inventer autre chose. Tu me fais confiance ?

Valentine – Oui, mais non, ce n’est vraiment pas possible, je t’assure.

Stéphane – Mais pourquoi ?

Valentine – Mais… parce que ça va leur faire un choc…

Stéphane – J’avoue que ton père m’a toujours fait un peu peur… Mais ta mère, elle m’aimait plutôt bien, non ? Je vais tout leur expliquer…

Valentine – Je te dis que non, bordel !

La sonnette de la porte retentit.

Stéphane – Mais pourquoi ?

Valentine – Parce que je leur ai dit que tu étais mort, voilà !

Stéphane accuse le coup. La sonnette de la porte retentit à nouveau.

Stéphane – Tu n’as pas fait ça !

Valentine – Sur le moment, c’est ce qui m’a semblé le plus simple pour éviter des explications plus humiliantes pour moi, si tu vois ce que je veux dire… Et je te rappelle que tu m’avais dit de t’oublier pour toujours. Tu n’étais pas supposé revenir…

Stéphane – Ton père va me tuer…

Valentine – Eh ben comme ça, au moins, tu seras vraiment mort.

Stéphane – Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Valentine – Il est trop tard pour te barrer. Il n’y a pas de sortie de secours. C’est un deux pièces. Et mes parents sont du genre intrusifs.

Stéphane – Les placards ? C’est là où on cache les cadavres, habituellement…

Valentine – On n’est pas dans une pièce de boulevard, Stéphane… Et puis les placards, c’est le premier endroit où ma mère se précipite en arrivant pour examiner ma garde-robe.

Stéphane – Pas sous le lit, en tout cas. Je suis allergique. La moindre poussière me fait éternuer.

Nouvelle sonnerie insistante à la porte.

Valentine – Il faut que j’ouvre, sinon mon père va défoncer la porte. Pour l’instant, tu vas dans la chambre. Le temps que je trouve quelque chose de convainquant à leur raconter pour expliquer ta résurrection…

Stéphane – Ma résurrection… J’espère que tu es inspirée, parce qu’on a écrit la bible pour moins que ça…

Valentine indique à Stéphane la direction de la chambre.

Valentine – Tu la fermes, et tu ne sors pas de là avant que je vienne te chercher, d’accord ?

Stéphane – Ok.

Stéphane disparaît dans la chambre. On entend aussitôt le bébé qui se remet à pleurer.

Valentine – Et merde… J’avais oublié ça…

Nouvelle sonnerie. Valentine se précipite pour ouvrir la porte. Ses parents entrent : Maurice, look de gendarme en civil, et Françoise, genre baba cool attardée. Maurice, qui tient un paquet cadeau à la main, jette un regard suspicieux sur les lieux.

Maurice – On commençait à se demander s’il ne t’était pas arrivé quelque chose.

Valentine – Qu’est-ce que vous voulez qu’il m’arrive ?

Françoise embrasse sa fille.

Françoise – Bonjour ma chérie ! Ça va ? Tu as l’air un peu fatiguée…

Valentine – Non, non, ça va… Enfin…

Valentine embrasse aussi son père.

Françoise – Tu ne devineras jamais ce qu’il y a dans ce paquet. Crois-moi, ça va te faire un choc.

Valentine – Ah, oui…?

Françoise – Et ben vas-y, donne-lui !

Maurice tend le paquet à sa fille.

Maurice – Tiens, ma chérie.

Valentine commence à ouvrir le paquet.

Valentine – Ce n’est pas un colis piégé, au moins…

Elle sort du paquet un ours en peluche passablement informe et avec un bras en moins.

Valentine – Qu’est-ce que c’est que ça ?

Françoise – Mais c’est Toto !

Valentine – Toto ?

Françoise – Heureusement, j’avais eu le réflexe de prendre le numéro d’immatriculation du camion. Ton père a demandé à ses collègues de lancer un avis de recherche, et hier bingo !

Maurice – On a intercepté le véhicule suspect sur l’autoroute un peu avant Marseille. L’ours était encastré dans le radiateur du camion.

Françoise – Je ne t’en avais pas parlé avant pour ne pas te donner de faux espoirs…

Maurice – Évidemment, il a un peu souffert, mais bon… Tu as gardé le membre arraché, au moins ?

Valentine – Bien sûr.

Françoise – Si tu l’as conservé dans la glace, on va pouvoir le recoudre. Je plaisante…

Valentine – Ah, oui, il va être content…

On entend alors à nouveau le bébé pleurer.

Françoise – Tu veux que j’aille le chercher ? Comme ça on pourra lui donner tout de suite.

Valentine intercepte sa mère.

Valentine – Non, attends, il faut que je t’explique quelque chose, d’abord.

Françoise – Mais on ne va pas le laisser pleurer comme ça.

Maurice (à sa femme) – En même temps, si tu te précipites pour le prendre dans tes bras aussitôt qu’il se met à chouiner un peu… Tu vas en faire une mauviette…

Françoise – Oui, oh, ça va, hein ? Ce n’est toi qui m’obligeais à me lever vingt fois par nuit quand Valentine était bébé ? Tu disais qu’il ne fallait pas la laisser pleurer !

Maurice – C’était une fille, ce n’est pas pareil…

Françoise – Oui… C’était ta fille, surtout… Allez, je vais le chercher…

Valentine s’interpose à nouveau.

Valentine – Il faut vraiment que je vous dise quelque chose avant.

Françoise – Quoi ?

Valentine – Je ne suis pas seule…

Françoise – Mais évidemment, ma chérie, que tu n’es pas seule ! On sera toujours là pour toi ! Hein, Maurice ?

Maurice – Je crois que ce n’est pas exactement ce qu’elle voulait dire.

Françoise – Oh, mon Dieu ! Il lui est arrivé quelque chose ! Le médecin est là, c’est ça ? Pas le SAMU quand même…

Valentine – Rassure-toi, tout va bien, mais… il y a un homme dans la chambre.

Les parents restent un instant stupéfaits.

Françoise – Un homme ? Mais c’est merveilleux, ma chérie ! On savait bien que tu n’allais pas passer le reste de ta vie toute seule ! On n’est pas au Portugal, hein Maurice ? Tu ne vas pas t’habiller en noir et porter le deuil de ton mari jusqu’à la fin de tes jours !

Maurice – Surtout qu’ils n’étaient même pas encore mariés…

Valentine – C’est un peu plus compliqué que ça, maman…

Françoise – Deux mois après avoir accouché, en effet, tu n’as pas perdu de temps, mais bon… Je suis sûre que c’est quelqu’un de bien.

Maurice – Pour qu’il s’occupe déjà de torcher des gosses qui ne sont pas de lui, c’est même un très gentil garçon… Tu es sûre que ce n’est pas une tante au moins…

Françoise – Maurice, je t’en prie. Garde tes plaisanteries de corps de garde pour tes collègues à la caserne…

Maurice – Ce n’était pas une plaisanterie…

Françoise – Tu lui dis de venir, tu nous le présentes et puis c’est tout.

Maurice – Mais c’est qui ? Tu l’as connu comment ?

Françoise – Tu veux que j’aille le faire sortir de sa cachette. Il nous racontera ça lui-même.

Valentine – C’est le frère de Stéphane.

Françoise – Le frère de Stéphane ?

Maurice – Alors ce n’est pas une tante, c’est un oncle…

Françoise – Je ne savais pas que Stéphane avait un frère !

Valentine – C’est même son frère jumeau.

Maurice – Ton nouveau petit ami, c’est le frère jumeau de Stéphane.

Françoise – Elle n’a pas dit que c’était son petit ami, c’est nous qui… Ce n’est pas ton petit ami, si ?

Valentine – Mais non, évidemment. Il vient d’arriver ce matin à Paris… Mais il vous expliquera ça lui même.

Valentine va ouvrir la porte de la chambre.

Valentine – Stefano, tu peux venir ?

Françoise – Il s’appelle Stefano ?

Stéphane revient dans la pièce.

Valentine – Je vous présente Stefano, le frère jumeau de Stéphane. Il vient d’arriver de Rome ce matin…

Tête de Stéphane, quelque peu interloqué.

Stéphane – Buon giorno..

Les parents sont sous le choc.

Valentine – Il est italien, mais il parle parfaitement notre langue, n’est-ce pas Stefano ?

Stéphane – J’ai fait toutes mes études à Paris.

Françoise s’avance vers lui et le prend dans ses bras.

Françoise – Toutes nos plus sincères condoléances, Stefano. Je sais ce que c’est que de perdre un frère.

Maurice – Ton frère est mort ?

Françoise – Non, mais j’imagine la douleur que je ressentirais si cela devait arriver.

Maurice – Vous parlez sans aucun accent. Vous êtes d’où, exactement ?

Françoise – Vous verrez que tout à l’heure, il va vous demander vos papiers… Mon mari est gendarme.

Valentine – C’est un peu compliqué, en fait… Stefano est français, mais il est né à Rome.

Françoise – Mais Stéphane était né à Paris, non ?

Valentine – Si, oui…

Maurice – C’est un peu curieux, pour des jumeaux, tu ne trouves pas ?

Valentine – Je comprends votre étonnement.

Stéphane – Oui, ça étonne toujours les gens quand je raconte ça.

Maurice – Et alors ?

Valentine – Stefano va vous expliquer ça.

Stéphane – Non, non, vas-y, je t’en prie.

Valentine – C’est ton histoire, quand même. Et celle de ta famille…

Stéphane – Une histoire assez douloureuse… C’est pour cela que je n’aime pas trop en parler, mais bon…

Françoise – Vous n’êtes pas obligé, vous savez…

Maurice – Ah, quand même… On a beau être dans l’espace de Schengen, je serai curieux de savoir comment des jumeaux peuvent naître dans deux capitales européennes distantes de deux mille kilomètres.

Stéphane – Eh bien… C’est très simple, en fait… Mon frère et moi, nous sommes nés dans un avion, pendant un vol Paris-Rome.

Maurice – Tiens donc…

Stéphane – Et…

Valentine – Stefano est né au décollage, et Stéphane à l’atterrissage.

Françoise – Ah, d’accord… Alors vous êtes l’aîné !

Stéphane – Et c’est pour ça que je suis italien…

Valentine – Et Stéphane français. Enfin était…

Maurice – Je vois…

Françoise – Mais tu ne nous avais jamais dit que Stéphane avait un frère.

Valentine – Mais… c’est parce que Stéphane ne le savait pas non plus. Il ne connaissait même pas ses parents ! C’est pour ça qu’il ne vous les avait jamais présentés, d’ailleurs.

Maurice – Sans blague… Racontez-moi ça…

Valentine – Eh bien… C’est une histoire épouvantable… et à peine croyable.

Maurice – J’imagine…

Valentine – Le père de Stéphane était très pauvre, à l’époque.

Stéphane – C’est pour ça qu’il avait décidé d’émigrer en France avec sa femme pour essayer de trouver du travail comme maçon…

Maurice – En avion…?

Valentine – C’était une compagnie low cost, évidemment.

Maurice – Évidemment…

Valentine – Bref, comme je vous l’ai déjà dit, sa femme a accouché de Stefano peu après le décollage de Rome. Elle a été prise en charge par le personnel de bord, et tout s’est bien passé.

Stéphane – Et pourtant, ce n’était pas un accouchement facile. Je suis né par le siège…

Françoise – Et j’imagine que ce n’était pas un siège de première classe.

Valentine – Mais au moment de l’atterrissage, la mère de Stefano a eu envie d’aller aux toilettes, et c’est là qu’elle a accouché de Stéphane.

Françoise – Non ?

Valentine – Comme ses parents n’avaient pas un sou, ils ont décidé de ne garder qu’un enfant sur les deux.

Stéphane – Moi…

Valentine – C’est le pilote en personne qui a découvert le bébé dans les toilettes de l’appareil quand il a voulu les nettoyer avant de redécoller pour Rome.

Maurice – Le pilote…

Stéphane – Vous savez comment ça se passe dans les compagnies low cost. Tout le monde doit mettre la main à la pâte…

Maurice – Et après ?

Valentine – Le bébé a été élevé pendant quelques années par des hôtesses de l’air.

Stéphane – De braves femmes qui le nourrissaient avec les plateaux repas qui leur restaient sur les bras.

Valentine – Et puis quand il a eu l’âge d’aller à l’école…

Stéphane – Il a quand même fallu qu’elles le confient à la DASS.

Valentine – Vous imaginez le déchirement pour elles.

Stéphane – Évidemment, elles avaient eu le temps de s’attacher à lui…

Valentine – Bref, il y a quelques années, Stéphane avait entamé des démarches auprès de la DASS pour essayer de savoir qui étaient ses parents…

Stéphane – Et c’est quelques jours après avoir enfin retrouvé la trace de sa famille qu’il est mort des suites de cette longue maladie…

Valentine – Enfin, de cette noyade.

Stéphane – Ah, il est mort noyé ?

Valentine – Oui, enfin ça, c’est une autre histoire…

Françoise – C’est dingue.

Maurice – Complètement ouf…

Françoise – Le plus incroyable, c’est qu’ils se ressemblent à ce point, non ?

Maurice – Oui, on dirait…

Françoise – Des jumeaux.

Maurice – On lui remet une barbe et des cheveux longs.

Françoise – On change le costume cravate pour un vieux jean et un blouson noir…

Maurice – Et ces yeux pétillants d’intelligence pour un sourire idiot…

Françoise – Bon, maintenant, c’est vrai que si on y regarde de plus près…

Maurice – Quoi ?

Françoise – Stéphane était un peu plus petit, non ? Enfin, je veux dire, un peu moins grand…

Valentine – Quand on est nourri dès son plus jeune âge avec des plateaux repas d’une compagnie low cost, évidemment… Ça ne favorise pas la croissance…

Maurice – Et qu’est-ce qu’il fait, dans la vie, ce jeune homme ?

Valentine – Stefano… a un poste à haute responsabilité dans l’agro-alimentaire.

Françoise – Ah, oui…

Maurice – C’est quand même plus rassurant que batteur dans un groupe de rock, c’est sûr…

Françoise – Maurice, je t’en prie…

Valentine – J’ai toujours su ce que tu pensais de Stéphane, papa, ne t’inquiète pas.

Françoise – Tu nous l’as assez répété : musicos, c’est un truc de looser. Mais tant qu’à faire, autant être le chanteur.

Valentine – Bref, être le leader du groupe…

Maurice – Le batteur, c’est toujours le plus con de la bande ! Il n’y a qu’à voir Ringo Star ou Charlie Watts.

Stéphane (vexé) – Le groupe de Stéphane ne marchait pas si mal, d’après ce qu’on m’a dit…

Françoise – Comment ça s’appelait, déjà ?

Stéphane – Les Rebelles…

Maurice – C’est ça… Les Rebelles… Tu parles d’un nom à la con… Avec des rebelles comme ça, les gendarmes peuvent dormir tranquille, croyez-moi… Ça prend le métro sans billet et ça se prend pour la bande à Baader.

Stéphane – Ils avaient quand même une tournée de prévu, je crois.

Maurice – Une tournée ! Une tournée des bars, peut-être…

Stéphane – Allez savoir… Si le batteur n’était pas mort prématurément, ils auraient peut-être réussi à percer…

Françoise – Mon mari ne comprend rien à la musique moderne, Stefano. Moi, j’aimais beaucoup votre frère. Et sa disparition m’a fait beaucoup de peine…

On entend à nouveau les pleurs du bébé.

Stéphane – Et c’est qui, ce bébé ? Tu fais du baby-sitting, Valentine ?

Maurice – Ce bébé ?

Françoise – Mais c’est votre neveu, Stefano !

Maurice – Et oui, mon vieux, vous voilà tonton…

Tête de Stéphane.

Stéphane – Mon neveu ?

Françoise – Ben oui, le fils de Stéphane !

Maurice – Il n’est pas au courant ?

Valentine – Il vient d’arriver… Je n’ai pas encore eu le temps de lui annoncer cet heureux événement…

François – C’est quand même triste de penser que cet enfant ne connaîtra jamais son père…

Stéphane – Et pourquoi ça ?

Valentine – Mais parce qu’il est mort !

Stéphane – Ah, oui, c’est vrai… Et il est mort comment, exactement ?

Françoise – Valentine ne vous a pas raconté ça non plus ?

Valentine – Il débarque, je vous dis…

Françoise – Je sais que c’est une faible consolation, Stefano, mais sachez que votre frère est mort en héros.

Stéphane – Non ?

Valentine – Ça n’est peut pas la peine de rentrer dans les détails… Tout ça est encore très frais pour Stefano. Ça risquerait de faire un peu trop d’un coup, non ?

Stéphane – Au point où on en est…

Françoise – Stéphane a succombé en sauvant de la noyade une mère et ses deux enfants.

Stéphane – Sans blague ?

Françoise – Il a réussi à les ramener tous les trois sur le bord du rivage, mais épuisé par son exploit, il a été entraîné par les courants à son tour…

Stéphane – Alors Stéphane était un héros…

Maurice – Et de plus un héros très discret.

Françoise – Avant de disparaître dans les flots, il a eu le temps de crier à la famille qu’il avait sauvée qu’il ne voulait pas que son sacrifice soit relaté par les médias…

Maurice – C’est pour ça que la presse n’en a pas parlé.

Françoise – Sinon, je suis sûre qu’on lui aurait accordé la Légion d’Honneur.

Maurice – On la donne à tout le monde.

Stéphane – J’en ai les larmes aux yeux… Valentine, ça doit être un réconfort pour toi de savoir que tu as porté pendant neuf mois la progéniture de cet être exceptionnel. Et qu’elle te rappellera à jamais par sa présence l’amour que tu portais à Stéphane.

Françoise – Ma fille a même écrit au Président de la République pour avoir l’autorisation d’épouser Stéphane à titre posthume, mais elle n’a pas encore de réponse…

Stéphane – Ah, oui…?

Maurice – On a fait une petite collecte pour la couronne.

Françoise – Mais il n’y a même pas eu d’enterrement, puisqu’on n’a pas retrouvé le corps…

Maurice – Et comme on ne connaissait pas sa famille…

Françoise – Juste une petite cérémonie entre nous, dans la plus stricte intimité… C’était très émouvant…

Stéphane – J’imagine… C’est difficile de faire son deuil dans ces conditions.

Françoise – Et dire que vous non plus vous ne connaîtrez jamais votre frère…

Soupirs.

Maurice – Enfin, cet enfant a perdu un père, mais il a retrouvé un oncle.

Françoise – Un oncle qui par miracle ressemble comme deux gouttes d’eau à son père.

Un ange passe.

Valentine – Je vous sers quelque chose à boire ?

On entend à nouveau les pleurs du bébé.

Françoise – Je crois que c’est d’abord à lui qu’il faudrait donner quelque chose à boire…

Valentine – Je vais voir ça…

Elle sort.

Françoise – Je t’accompagne…

Françoise sort avec elle.

Maurice – Ça me gêne un peu de parler de ça avec vous, mais… j’avais avancé à votre frère l’argent nécessaire pour payer son mariage avec ma fille. Comme il n’avait pas un sou…

Stéphane – Ah, oui…?

Maurice – Le vin d’honneur… Le restaurant… Même la robe de mariée… Autant vous dire que tout ça, ce n’est pas donné… Et comme le mariage n’a jamais eu lieu, je me disais que…

Stéphane – Je vois…

Maurice – Vous ne sauriez pas ce qu’il a bien pu faire de cet argent ?

Stéphane – Franchement, je n’en ai aucune idée… Mais bien entendu, si…

Maurice – Quinze mille euros, c’est quand même une somme.

Stéphane – Eh, oui…

Maurice – Presque le prix d’une voiture neuve… Et comme je dois bientôt changer la mienne justement…

Stéphane – Je verrai ce que je peux faire, je vous le promets…

Maurice – J’aimerais bien, oui… Après tout, maintenant, c’est vous qui allez hériter de votre frère.

Stéphane – Eh, oui… Sous bénéfice d’inventaire, en tout cas…

Françoise et Valentine reviennent.

Françoise – Il voulait juste sa tétine… Ça doit être les dents. (À sa fille) Tu n’as pas un peu maigri, toi ?

Valentine – Je ne sais pas…

Françoise – En tout cas, tu as bonne mine. La maternité, ça te réussit. N’est-ce pas, Stefano ? Vous ne trouvez pas qu’elle est resplendissante, ma fille ?

Stéphane – Si, tout à fait…

Françoise – La vie continue, n’est-ce pas ? Il ne faut pas se laisser abattre par l’adversité.

Maurice – C’est comme le cheval. Après avoir fait une chute, il faut remonter aussitôt, sinon…

Françoise – Vous êtes marié, Stefano.

Stéphane – Euh… non. Pas à ma connaissance. Je veux pas dire… pas encore.

Maurice – Et puis ce Stéphane, entre nous, on peut bien le dire maintenant qu’il n’est plus là, ce n’était pas vraiment un homme pour toi.

Françoise – Allons, Maurice… Un peu de respect pour les morts.

Maurice – Vous savez, dans mon métier, on voit toutes sortes de gens… On finit par développer un sixième sens… Et lui… j’ai toujours pensé qu’il finirait en prison…

Stefano tire sur sa manche pour cacher son supposé bracelet électronique.

Françoise – Il est quand même mort en héros…

Maurice – C’est bien de mourir en héros, mais c’est encore mieux de vivre en honnête homme. La vérité, c’est qu’il a engrossé ma fille, et qu’il s’est défilé juste avant le mariage !

Françoise – Mais… puisqu’il est mort !

Maurice – Oui, oh, c’est un peu facile, tu ne crois pas…? Vous, en revanche, vous me paraissez un garçon sérieux, Stefano. Et un homme de parole…

Stéphane – Merci…

Maurice – Pourquoi tu n’épouses pas celui-là, Valentine ? C’est le gendre idéal !

Françoise – Maurice, je t’en prie… Un peu de délicatesse… Même si c’est vrai que Stefano est très bel homme… N’est-ce pas, Valentine ?

Valentine – Que j’épouse le frère jumeau du père de… Ce serait un peu bizarre, non ?

Françoise – D’un autre côté, tu ne serais pas trop dépaysée. C’est le même !

Maurice – En mieux…

Valentine – Non, franchement, Stefano n’est pas du tout mon genre d’homme.

Stefano – Ce n’est pas très gentil pour moi…

Valentine – Désolée, mais… j’ai traversé pas mal d’épreuves ces temps-ci. Je crois que je ne suis pas encore prête à…

Maurice – Dans ce cas, ce jeune homme plairait peut-être à ta sœur… Qu’est-ce que tu en dis, Françoise ?

Françoise – Mais enfin Maurice, ce n’est pas à moi d’en dire quelque chose ! On croirait un vendeur de chameaux en train d’essayer de se débarrasser d’une partie de son troupeau…

Maurice – Tu peux quand même lui montrer la photo de la sœur de Valentine, qu’il fasse un peu connaissance avec la famille de son neveu !

Elle sort une photo de son sac et la montre à Stefano.

Françoise – J’ai toujours une photo de mes enfants sur moi… Tenez, la voilà en maillot de bain sur la plage de Saint Brévin les Pins. C’est là que nous passons nos vacances au Camping des Flots Bleus.

Valentine – Maman…

Stefano – Ah, oui, c’est vrai que le monokini la met bien en valeur.

Françoise – Vous savez qu’elle a été Miss Camping ?

Stefano – Mais ça ne m’étonne pas du tout…

Maurice – On pourrait peut-être lui passer un coup de fil, qu’elle vienne prendre le thé avec nous ?

Françoise – Comme ça elle ferait la connaissance de Stefano…

Maurice – Et comme le mariage est déjà payé…

Valentine – Quel mariage ?

Stefano – Je t’expliquerai…

Maurice – Hein ? Qu’est-ce que vous en dites, Stefano ? Je peux vous appeler Stefano ?

Stefano – Mais bien sûr.

Maurice – Après tout vous faites déjà un peu partie de la famille, non ? Alors ?

Stefano – C’est vrai qu’elle est très jolie…

Valentine – Oui, bon, ça va, hein… Et puis je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui, elle serait réélue Miss Camping au premier tour de scrutin. Ou même qu’elle serait en ballotage favorable. Cette photo date d’il y a dix ans, et elle a pris au moins un kilo par an depuis…

Françoise – Tu exagères…

Maurice – Tu ne serais pas un peu jalouse, plutôt ? Je croyais que Stefano n’était pas du tout ton type d’homme…

Valentine – Bon, en tout cas, ça me paraît un peu prématuré pour organiser une grande réunion familiale. La situation est assez compliquée comme ça, non ? Je vous rappelle que Stefano vient à peine d’apprendre que son frère est mort…

Françoise – Tu as raison, ma chérie…

On entend à nouveau les pleurs d’un bébé.

Françoise – Je vais m’en occuper… (Avec un sous entendu) Tu viens avec moi, Maurice ?

Maurice – Pour quoi faire ?

Françoise – Ces deux jeunes gens doivent avoir des tas de choses à se dire…

Françoise et Maurice quittent la pièce.

Maurice – Ne faites pas de bêtises, hein ?

À peine sont-ils sortis que Valentine se tourne vers Stéphane avec un air excédé.

Valentine – Alors maintenant, tu veux aussi te taper ma sœur ?

Stéphane – J’ai juste dit ça pour voir comment tu réagirais. C’est avec toi que je veux passer le restant de mes jours, Valentine. Et maintenant que nous avons un enfant…

Valentine – Nous ?

Stéphane – C’est bien mon fils, non ?

Valentine – C’est un peu tard pour t’en préoccuper, tu ne crois pas ?

Stéphane – Ok, j’ai déconné. Mais maintenant, je suis là. J’ai un vrai travail et…

Valentine – Je n’aurais plus jamais confiance en toi, Stéphane, alors dès que mes parents sont repartis, tu fous le camp d’ici et tu ne reviens plus jamais, d’accord ?

Stéphane – Je ne peux pas vivre sans toi, Valentine. Je préfèrerais encore en finir.

Valentine – Et bien vas-y !

Stéphane – Tu ne me prends pas au sérieux, hein ?

Valentine – Avoue que jusque là, tu ne m’as pas donné beaucoup de raisons de te croire sur parole.

Stéphane se dirige vers la porte.

Stéphane – Très bien, tu n’entendras plus jamais parler de moi… Sauf dans la rubrique faits divers, peut-être. Puisque Stéphane est mort noyé, je vais me jeter dans la Seine. Comme ça tu n’auras même plus besoin de mentir à tes parents… Adieu Valentine…

Valentine le rattrape brusquement par le poignet pour l’empêcher de partir.

Valentine – Non, attends…

Stéphane – Ce serait mieux pour tout le monde si j’étais vraiment mort, Valentine, je t’assure…

Valentine – Reste… Je t’en prie…

Stéphane tente de partir malgré tout et dans le mouvement, le prétendu bracelet électronique reste dans la main de Valentine. Valentine, stupéfaite, examine l’objet.

Valentine – Qu’est-ce que c’est que ça ? Non mais tu te fous de moi !

Stéphane – Je vais t’expliquer…

Valentine ramasse l’objet et le brandit.

Valentine – Ça un bracelet électronique ? Ce ne serait pas un antivol de vélo, plutôt ?

Stéphane – Ce qui est vrai, c’est que je t’aime, Valentine. Regarde, le code de l’antivol, c’est ta date de naissance !

Valentine – Alors tu n’es jamais allé en prison, hein ?

Stéphane – Je suis parti en tournée avec le groupe, mais je me suis embrouillé avec le chanteur.

Valentine – Marco ?

Stéphane – Tu le connais ?

Valentine – Oui, enfin, comme ça… C’est toi qui me l’a présenté, non ?

Stéphane – Et puis je me suis rendu compte que tu me manquais, surtout. Et qu’il était temps d’abandonner mes rêves d’adolescent pour construire quelque chose de solide avec toi.

Valentine – Je suis ravie de savoir que te marier avec moi symbolise la fin de tous tes rêves… Un vrai conte de fée…

Stéphane – Écoute, comprends-moi aussi ! Je ne suis qu’un homme, après tout… La perspective de ce mariage… Ça m’a fait flipper. J’ai été pris de panique, et j’ai choisi la fuite. Je sais, ce n’est pas très glorieux, et je t’ai fait beaucoup de mal. Mais j’ai mûri, je t’assure.

Valentine – Partir, c’est mûrir un peu…

Stéphane – Je pense toujours que je ne te mérite pas, Valentine, mais maintenant que nous avons un enfant ensemble… C’est un signe, non ?

Valentine – Tu appelles ça un signe, toi ?

Stéphane – Donne-moi une seconde chance, Valentine… Il faut bien que cet enfant ait un père, quand même !

Valentine – Pour l’instant, je te rappelle que pour mes parents, cet enfant est supposé être orphelin…

Stéphane – J’avais oublié ça…

Valentine – Même mort en héros, mon père te considère comme un traître, alors si tu reviens en déserteur… Pour peu qu’il ait son arme de service sur lui…

Stéphane se décompose.

Stéphane – On peut peut-être éviter de leur dire qu’on leur a menti…

Valentine – Ah, oui ? Et comment on fait ça ?

Stéphane – Puisque tes parents y tiennent tant, tu n’as qu’à épouser Stefano ! C’est le gendre idéal !

Valentine – Tu ne crois pas que le costume de gendre idéal est un peu trop grand pour toi ? Sur le long terme, en tout cas… Surtout qu’évidemment, j’imagine que tu ne travailles pas non plus comme cadre dans l’agro-alimentaire.

Stéphane – Disons que j’ai un peu enjolivé…

Valentine – Enjolivé ?

Stéphane – Je suis livreur de pizzas. Mais c’est provisoire…

Valentine – On reste dans l’alimentaire, remarque… Et alors qu’est-ce que tu proposes ?

Il réfléchit.

Stéphane – J’ai une idée !

Valentine – Je ne sais pas si ça doit me rassurer…

Maurice et Françoise reviennent, interrompant la discussion.

Françoise – C’est incroyable ce qu’ils vous ressemblent …

Maurice – Tu trouves…?

Françoise – Ah, oui, quand même un peu… Vous êtes sûr que ce n’est pas vous le papa, au moins ?

Stéphane feint de répondre à son portable.

Stéphane – Excusez-moi, j’ai un appel… Buon giorno. Si. Pronto. Mamma mia… Excusez-moi, un coup de fil important.

Il sort sur le palier.

Maurice – J’espère que ce n’est pas un nouveau drame dans la famille…

Pleurs de bébé.

Françoise – Je crois que c’est l’heure du biberon…

Valentine – J’y vais…

Valentine sort.

Maurice – Tu y crois à cette histoire de jumeaux, toi ?

Françoise – Pas toi ?

Maurice – Non, mais qu’est-ce qu’on se marre…

Françoise – Pourquoi tu n’as rien dit, alors ?

Maurice – On va les laisser s’enfoncer pour voir jusqu’où ils peuvent aller avant de toucher le fond…

Françoise – En tout cas, cet enfant ne peut pas être de Stéphane. Il est né dix mois après sa disparition.

Maurice – Ah, oui ?

François – Et puis ce bébé ressemble quand même plus au chanteur du groupe qu’au batteur, non ?

Maurice – Marco ?

Françoise – Tu as raison, dans un groupe de rock, le mâle dominant, c’est le chanteur…

Maurice – D’un autre côté, si cet abruti peut endosser le rôle de père…

Françoise – Ce n’est pas le gendre idéal, mais c’est le seul qu’on ait sous la main.

Maurice – Et on n’est pas sûrs que cette gourde en trouvera un autre de si tôt pour lui placer le bracelet électronique à la cheville

Françoise – Pardon ?

Maurice – Pour lui passer la bague au doigt, si tu préfères…

Stéphane revient, en affichant un drôle d’air.

Maurice – Tout va bien, Stefano ? On dirait que vous venez de voir un revenant…

Stéphane – Vous y êtes presque…

Maurice – Sans blague…?

Stéphane – Je viens de recevoir un coup de fil incroyable.

Françoise – De…?

Stéphane – De mon frère, Stéphane !

Maurice – Stéphane ?

Françoise – Non ? Mais puisqu’il est mort !

Maurice – Ne me dites pas, que maintenant, il y a du réseau jusque dans l’au-delà ?

Stéphane – Figurez-vous que Stéphane n’est pas mort !

Maurice – Non ?

Françoise – Mais comment est-ce possible ?

Maurice – C’est vrai qu’on n’avait jamais retrouvé son corps…

Françoise – Mais où est-il ?

Stéphane – En bas, au café. Il attend pour monter que j’apprenne la nouvelle en douceur à Valentine. Vous imaginez le choc que cela va lui faire…

Maurice – Ah, oui, c’est sûr… Ça va lui faire un choc…

Retour de Valentine de la chambre.

Valentine – Eh bien vous en faites une tête, qu’est-ce qui se passe ?

Stéphane – Il vaudrait mieux que tu t’asseyes, Valentine…

Valentine – Je suis très bien debout… Qu’est-ce que vous avez à me dire de si important ?

Françoise – Il va falloir que tu sois courageuse, ma chérie.

Stéphane – Stéphane est vivant…

Valentine – Tu… Tu veux dire qu’il n’est pas mort.

Stéphane – Oui, c’est exactement ça.

Valentine – Oh, mon Dieu, mais c’est affreux… Je veux dire, c’est merveilleux… Tu es sûr ?

Stéphane – Je viens de lui parler au téléphone…

Valentine – Je sens que je vais m’évanouir…

Elle fait mine de défaillir, mais Stéphane la récupère dans ses bras. Leurs lèvres se frôlent, mais Valentine se reprend.

Valentine – Non, Stefano, ce n’est plus possible…

Stéphane – Tu as raison…

Les parents échangent un regard consterné.

Valentine – Je veux dire… Mais comment est-ce possible ?

Françoise – Oui, c’est ce que j’ai demandé aussi…

Stéphane – Il vous expliquera tout ça lui même. Il attend en bas que je lui fasse signe pour monter.

Maurice – Vous voulez que je lui passe un coup de fil ? C’est quoi, son numéro ?

Stéphane – Je vais le chercher, ce sera mieux…

Stéphane sort.

Valentine – C’est incroyable, non ?

Maurice – Ah, oui, incroyable… Je crois que c’est le mot du jour…

Valentine – J’ai hâte de savoir comment une chose pareille a pu arriver…

Françoise – Quel feuilleton ! On se croirait dans Plus Belle La Vie !

Maurice – Tu es sûre que ça va aller ?

Valentine – Je ne sais pas… J’espère qu’il n’a pas trop changé…

Maurice – Eh oui… S’il a passé un an dans l’eau…

Françoise – Ah parce que tu crois que…

Maurice – Je ne sais pas… J’essaie d’imaginer…

Françoise – Il doit bien y avoir une explication…

Maurice – Et j’avoue que je suis assez curieux de la connaître…

Stefano revient en Stéphane, avec un jeans, un blouson en cuir et une fausse moustache.

Stéphane – Bonjour Valentine…

Valentine – C’est vraiment toi, Stéphane ?

Stéphane – C’est bien moi, je t’assure…

Françoise – Ce n’était pas une barbe, qu’il avait ?

Valentine tombe dans les bras de Stéphane, ne se mettant un peu à l’écart.

Valentine (en aparté) – Tu n’en fais pas un peu trop là ? C’est carrément le gang des postiches…

Stéphane – Il y a un magasin de farces et attrapes en bas, je me suis dis que ça ferait plus réaliste…

Valentine – C’est fou ce que tu as changé…

Maurice – Oui, et pas en bien…

Françoise – C’est vrai que la barbe, ça lui allait quand même mieux.

Les parents sont atterrés.

Françoise – Mais où est Stefano ?

Stéphane – Il a préféré s’éclipser… J’ai compris à demi-mots qu’il était tombé amoureux de votre fille, et qu’il s’apprêtait à la demander en mariage.

Françoise – C’est terrible…

Maurice – Le bonheur des uns…

Stéphane – Il a le cœur brisé. Mais bien sûr, il a décidé de s’effacer devant son frère.

Valentine – On ne le reverra peut-être jamais…

Maurice – Quel dommage…

Françoise – C’est une tragédie…

Maurice – Un vrai mélo, en tout cas.

Françoise – Vous devriez écrire une pièce de théâtre, je suis sûre que ça pourrait avoir du succès…

Maurice – Mais vous ne nous avez toujours pas dit comment un homme déclaré noyé peut réapparaître vivant douze mois après.

Stéphane – Je reconnais que c’est très étonnant…

Maurice – Au point où on en est, vous savez, je crois que plus rien ne peut nous étonner…

Stéphane – J’ai été repêché inconscient à l’embouchure de la Seine, à Dieppe.

Françoise – Je croyais que la Seine avait son embouchure au Havre.

Maurice – C’est sans doute ça qui contribue à rendre cette histoire encore plus étonnante…

Stéphane – En tout cas, j’étais complètement amnésique. J’ai été recueilli dans un couvent par des bonnes sœurs. Je viens tout juste de recouvrer la mémoire… Évidemment, je me suis aussitôt précipité ici.

Maurice – Bon, et bien tout est bien qui finit bien, alors !

Françoise – Vous allez enfin pouvoir vous marier !

Maurice – Et oui, tout finira par un mariage, comme dans les conte de fée. Et comme la noce est déjà payée d’avance. Rassurez-moi, Stéphane, vous avez perdu la mémoire, mais vous n’avez pas perdu l’argent que je vous avais donné pour épouser ma fille ?

Stéphane – C’est à dire que…

Valentine – C’est quoi, cette histoire ?

Stéphane – Je t’expliquerai, chérie…

Maurice – Du moment que vous lui passez la bague au doigt, tout va bien. (En aparté à Stéphane) Sinon, c’est moi qui pourrais bien vous passer les bracelets aux poignets…

Françoise – En tout cas, ça va être curieux de voir les deux jumeaux au mariage.

Stéphane – Vu la situation, je ne sais pas si Stefano voudra assister à la cérémonie…

Valentine – Bon, maintenant, vous comprendrez qu’on a besoin de se retrouver un peu…

Françoise – Bien sûr, ma chérie… Viens, on y va, Maurice…

Maurice – Alors à bientôt… Stéphane.

Les parents s’en vont.

Valentine – C’est quoi, cet argent que mon père t’aurait avancé pour payer notre mariage ?

Stéphane – C’est à dire que…

Valentine – Ne me dis pas que c’est avec ce fric que vous êtes partis en tournée avec Les Rebelles ?

Stéphane – Je suis prêt à rembourser, Valentine. Même si pour ça je dois travailler à plein temps pendant quarante deux annuités…

Pleurs de bébé.

Valentine – Tu ne paies rien pour attendre…

Valentine sort, et revient avec un couffin.

Stéphane (attendri) – Comment s’appelle-t-il, au fait ? Tu ne m‘as pas dit…

Valentine – Celui-là c’est Orphée.

Un autre bébé pleure, et elle va chercher un autre couffin.

Valentine – Et celle-là Eurydice… Ce sont des jumeaux. Un truc de famille, sûrement…

Stéphane – Orphée et Eurydice… Oh, putain… C’est l’enfer… Enfin, je veux dire, c’est merveilleux.

Pleurs de bébés à deux voix.

Noir.

 

Ce texte est protégé par les lois relatives au droit de propriété intellectuelle. Toute contrefaçon est passible d’une condamnation allant jusqu’à 300 000 euros et 3 ans de prison

Paris – Mai 2012

© La Comédi@thèque – ISBN 979-10-90908-38-3

Ouvrage téléchargeable gratuitement.

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