Y a-t-il un pilote dans la salle ?

Une comédie de Jean-Pierre Martinez

1 homme et 1 femme, ou 2 hommes, ou 2 femmes

Lorsque la rédactrice en chef d’un magazine à sensation rencontre un thanatopracteur détenant un scoop sensationnel, elle peut espérer un tirage record. Les choses se corsent lorsque cette rencontre fortuite a lieu dans un avion Paris-Tokyo : douze heures de vol en huis clos sans aucun moyen de communiquer avec l’extérieur ! Détenir le scoop du siècle et ne pas pouvoir le publier… Un véritable supplice japonais ! Une comédie de boulevard qui se termine en fable sur les travers de notre société.

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Le mot de l’auteur sur la pièce

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TEXTE INTÉGRAL DE LA PIÈCE À LIRE OU IMPRIMER

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Y a-t-il un pilote dans la salle ?

PROLOGUE (facultatif)

Le noir (et donc le silence) se fait, comme si le spectacle allait commencer. Mais il ne se passe rien pendant un temps assez long pour que le malaise s’installe. La lumière se rallume dans un coin de la salle où un spectateur et une spectatrice qui ne se connaissent pas sont assis l’un à côté de l’autre. L’homme compulse nerveusement l’Officiel des Spectacles. Il regarde sa montre. La femme puise dans un grand pot de pop corn. Elle grignote de façon compulsive et peu discrète.

Lui – Excusez-moi, vous savez ce qui se passe… ?

Elle (avec un geste d’ignorance) – On attend les comédiens…

Lui – Jusqu’à maintenant, il n’y avait que les spectateurs qui arrivaient en retard au théâtre. Si les acteurs s’y mettent aussi…

Silence.

Elle (inquiète) – Je peux voir votre Officiel. Au cas où la représentation serait annulée…

Il lui tend son Officiel. Elle ne sait pas comment le saisir avec son pot géant de pop corn entre les mains.

Elle (lui tendant son pot de pop corn) – Vous en voulez ?

Il hésite, puis accepte, pour la débarrasser. Elle feuillette l’Officiel mais semble s’y perdre. Il mange un pop corn et fait la moue.

Elle (renonçant) – Excusez-moi, j’ai l’habitude de Pariscope…

Lui (avec un air dégoûté) – Je n’aime pas trop le pop corn non plus…

Elle lui rend son Officiel et récupère son pop corn.

Elle – De toute façon, c’est foutu pour une séance de cinoche… Tant pis, je préfère attendre.

Lui – J’espère que ça vaut le coup…

Elle (inquiète) – Les critiques sont mauvaises ?

Lui (regardant derrière lui) – Il n’y a pas grand monde dans la salle…

Elle – Remarquez, les critiques, ça ne veut rien dire, hein… Des fois au théâtre, on voit de ces trucs. Encensés par Télérama. Ça dure des heures. Personne n’ose dire qu’il s’emmerde de peur de passer pour un con. Après, on vous dira : la preuve que c’est une pièce profonde, vous n’avez rien compris.

Lui – Avec la comédie au moins, les gens simples ont parfois de bonnes surprises. Même quand les critiques ont trouvé ça sinistre… C’est très dur de faire rire un critique.

Elle – Vous êtes critique ?

Lui – Pas vous ?

Elle – Comédienne…

Lui – Ah, oui…

Elle – À part les comédiens et les critiques, plus personne ne va au théâtre. Un spectateur sur deux est un acteur. On finira par ne plus savoir où est la scène…

Lui – Vous connaissez la pièce ?

Elle – Non… Mais j’ai une amie qui joue dedans. Je viens la voir… pour lui faire plaisir.

Lui – C’est une actrice connue ?

Elle – Elle fait surtout du théâtre…

Lui – Dans ce cas… (Un temps, soupçonneux) Vous êtes vraiment comédienne ?

Elle (inquiète) – Vous trouvez que je joue mal ?

Lui – Non, non… Vous jouez très bien.

Elle – Comédienne le soir et… gardienne de musée pendant la journée.

Lui – Vu la modernité du répertoire, c’est un peu le même métier…

Silence.

Elle – Je n’ai plus de pop corn.

Lui (soupirant) – On sera peut-être morts de faim avant le début de la pièce.

Elle – Oui, on dirait qu’ils nous ont oubliés…

Lui – Dans quelques années, une femme de ménage retrouvera nos deux squelettes l’un à côté de l’autre, la main dans la main.

Elle – La main dans la main… ?

Lui – En voyant venir la fin, on s’abandonnera peut-être à un élan de tendresse. On est un peu comme deux naufragés sur une île déserte, hein ? On n’a pas tellement le choix…

Elle – Vous croyez qu’ils vont nous rembourser ?

Lui (étonné) – Vous avez payé ?

Elle – Non…

Lui – Dans ce cas…

Ils se lèvent pour partir.

Lui – On pourra toujours revenir un autre jour…

Elle – La pièce ne sera sans doute plus à l’affiche. Vu son immense succès…

Lui – On ira en voir une autre.

Elle – C’est une invitation… ?

Lui (sortant un carton) – Pour deux personnes.

Elle – J’espère que cette fois ça commencera à l’heure… C’est quoi cette pièce… ?

Lui (lisant le carton) – Y a-t-il un pilote dans la salle…

Ils échangent un regard dubitatif.

Elle – Ça a l’air un peu débile, non ?

Lui – N’oubliez pas de rallumer votre portable…

Elle – Ah tiens, c’est vrai, j’avais encore oublié de l’éteindre.

Ils s’en vont. Noir dans la salle.

ACTE 1

Elle et lui sont assis côte à côte dans un avion en classe affaires. On ne recherchera pas forcément le réalisme dans le décor, en assumant pleinement la convention théâtrale. Le rideau séparant la salle de la scène figure celui qui sépare la classe affaires de la classe tourisme. Elle, genre business woman, somnole, un écouteur à l’oreille. Lui, plutôt beauf, est bien réveillé et sirote une coupe de Champagne.

Lui – Vous savez à quelle altitude on est, là ?

Elle ôte son écouteur, un peu surprise.

Elle – Euh… Non… Et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir.

Lui – Le pilote vient juste de le dire !

Elle (surprise) – Désolée, je n’ai pas écouté… J’essayais de dormir un peu…

Lui – À votre avis ?

Elle – Huit mille…?

Lui – Dix mille mètres ! Vous vous rendez compte ? Dix kilomètres !

Elle – Oui, j’avais compris… Dix mille mètres…

Lui – La distance entre Paris et Franconville, mais à la verticale !

Elle – Vous habitez Franconville…

Lui – Comment vous savez ça ?

Elle – Une intuition…

Lui – Vous allez rire, mais c’est la première fois que je prends l’avion.

Elle – Hun, hun…

Lui – J’ai gagné un concours… Un voyage pour deux personnes à Tokyo !

Elle – Ah, oui, pour un baptême de l’air, vous avez touché le gros lot. C’est juste aux antipodes. J’espère que vous n’avez pas d’appréhension en avion, comme moi…

Lui – Bon, je n’ai rien fait d’extraordinaire. C’était un tirage au sort…

Elle – Ah, oui…

Lui – En première classe, vous vous rendez compte ? Du coup, je ne sais même pas à quoi ça ressemble en deuxième classe…

Elle – Eh, oui…

Il fait un geste du menton en direction de la salle.

Lui – Vous savez comment c’est, vous, là bas ?

Elle – Au Japon ?

Lui – En deuxième classe !

Elle – Ah ! Euh…

Lui – J’imagine qu’eux, ils n’ont pas droit au Champagne.

Elle – Certainement pas, non… Et on ne leur donne sûrement pas d’eau non plus…

Lui – Mince ! Et comme on nous prend tout ce qui est liquide avant d’embarquer dans l’avion… Douze heures à rester assis comme ça sans rien boire !

Elle – Assis ? Vous rigolez ! Ils n’ont pas assez de sièges pour s’asseoir tous en même temps, là dedans… La plupart voyage debout, comme dans le métro… Ils s’assoient à tour de rôle…

Lui – Non ?

Elle – C’est pour ça que les hôtesses les laissent dans le noir derrière le rideau… Pour nous épargner ce spectacle affligeant… Mais on devine qu’ils sont là, malgré tout… Tout à l’heure, je crois avoir entendu un bébé pleurer… De soif, sans doute…

Lui – Mais c’est épouvantable !

Elle – Non, mais je plaisante, là…

Lui – Ah, d’accord…

Elle – La classe tourisme, ce n’est pas si différent que ça de la classe affaires, vous savez. Les sièges sont peut-être un peu moins larges, et encore. Et le Champagne est en supplément, c’est tout.

Lui – Mais alors pourquoi vous voyagez en première classe, vous ?

Elle – Pourquoi ?

Lui – Vous n’avez même pas pris de Champagne !

Elle – C’est vrai, c’est idiot. Disons qu’habituellement, en première classe, comme vous dites, on est un peu plus tranquille…

Lui – Vous voulez dire qu’habituellement, on n’y croise pas des gens comme moi…

Elle – Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… Et si c’est ce que j’ai dit, c’est très con…

Lui – Ok.

Elle – C’est mon assistante qui s’occupe de mes billets d’avion. J’imagine qu’elle n’a jamais eu l’idée de me prendre une place en deuxième classe, pour changer un peu…

Lui – Non, non, c’est moi… Je ne sais pas pourquoi… J’imaginais que c’était comme sur le Titanic…

Elle – Le Titanic ?

Lui – Vous avez vu le film ?

Elle – Oui, comme tout le monde… Disons que j’évite de trop y repenser quand je prends l’avion pour aller à Tokyo.

Lui – Alors vous allez à Tokyo, vous aussi ?

Elle – C’est un vol sans escale, je crois que tout le monde y va, non ? À moins qu’une partie de l’avion aille directement à Bangkok ou à Singapour… La classe tourisme, peut-être…

Lui – C’est vrai, je suis bête… On n’est pas dans le TGV… Remarquez, je dis ça, je n’en sais rien, je n’ai jamais pris le TGV non plus…

Elle – Vous n’êtes pas un grand voyageur, vous, hein ? Mais rassurez-moi, vous avez déjà pris un train normal ? Ou, je ne sais pas moi, le RER ?

Lui – Ah, oui, quand même ! Le RER, je le prends tous les matins. À Franconville-Pessis-Bouchard, justement. Pour aller au boulot.

Elle – Et… où est-ce que vous vouliez en venir avec le Titanic ? À part finir de me rassurer, bien sûr.

Lui – Vous vous souvenez, sur le Titanic, lui, il voyageait en troisième classe ! Et elle en première ! Et bien visiblement, à l’époque, il y avait une sacrée différence de standing ! D’après ce qu’on voit dans le film en tout cas.

Elle – C’est sûrement pour ça qu’il ont supprimé la troisième classe dans les avions. Et la deuxième classe dans le métro !

Lui – La démocratisation des transports…

Elle – On pourrait presque dire la fin de la lutte des classes.

Lui – C’est marrant, maintenant que j’y pense, lui aussi il avait gagné son billet au jeu…

Elle – Lui ?

Lui – Di Caprio ! C’est en jouant aux cartes qu’il gagne son billet pour l’Amérique ! Et c’est comme ça que sur le bateau, il rencontre Kate Winslet, juste au moment où elle allait se suicider !

Elle – Le prolétaire arriviste et la milliardaire dépressive. Une autre façon de mettre fin à la lutte des classes…

Lui – Le début d’une grande histoire d’amour, en tout cas…

Elle – Grande… qui se termine plutôt mal, quand même.

Lui – Ah, oui ? Leur histoire d’amour se termine mal ?

Elle – On a beau ne pas se souvenir de tous les détails du film… Une histoire d’amour qui commence sur le Titanic ne peut que se terminer mal, non…?

Lui – Ça fait deux heures qu’on est partis. On ne va pas tarder à survoler la Sibérie, non ?

Elle – Mmm…

Lui – Dix kilomètres à la verticale… Vous avez bien écouté, les consignes de sécurité, tout à l’heure ? Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris…

Elle – De toute façon, en cas de chute en piqué sur la Sibérie, vous savez… Je ne sais pas si c’est en se mettant une bouée autour de la taille qu’on s’en sortirait…

Lui – Vous êtes sûre que vous ne voulez pas de Champagne ? Allez savoir, c’est peut-être la dernière fois qu’on en boit…

Elle – Non, merci.

Lui – Ce n’est pas trop tard, vous savez ? Je crois qu’en appuyant sur ce bouton, là, on peut faire venir l’hôtesse de l’air…

Elle – J’ai pris un petit relaxant avant d’embarquer. Je préfère autant ne pas faire de mélange…

Lui – C’est bien la première fois que je pourrais faire apparaître une jolie femme devant moi, prête à accéder gratuitement à tous mes désirs, juste en appuyant sur un bouton. J’avoue que je suis assez tenté. Je suis peut-être déjà au paradis…

Elle – Les temps changent, vous savez… Maintenant qu’il y a aussi des femmes comme passagères en classe affaires, parfois, c’est un Stewart qui vient lorsque vous appuyez sur le bouton…

Lui – Tant qu’il nous apporte du Champagne.

Elle – Désolée, mais je ne peux vraiment pas vous accompagner. Il faut que j’aie les idées claires en arrivant à Tokyo. Et avec le Xanax en plus du décalage horaire, ce n’est déjà pas gagné…

Lui – Ah, oui, le décalage horaire ! Ça aussi, c’est nouveau pour moi… Le plus loin que j’étais allé jusqu’ici, c’est à La Bourboule, en voyage de noces, alors évidemment… Je ne me souviens plus. À Tokyo, c’est dix heures de plus ou dix heures de moins ?

Elle – De plus.

Lui – Donc c’est comme si on perdait dix heures de notre vie ! C’est dingue, si on y pense !

Elle – Euh, oui…

Lui – Mais alors où est-ce qu’on les passe, ces dix heures ? Dans la Quatrième Dimension !

Elle – La Quatrième Dimension… ?

Lui – Cette vieille série américaine, vous savez ? En noir et blanc…

Il fredonne la musique de la Quatrième Dimension.

Lui – Tin lin lin lin, tin lin lin lin, tin lin lin lin…

Elle commence à être un peu inquiète.

Elle – Oui, oui, je vois…

Lui – Bon, et bien il y a un épisode qui se passe dans un avion…

Elle – Après le Titanic, la Quatrième Dimension… Vous avez vraiment décidé de me faire flipper…

Lui – Pardon… Je ne vous raconterai pas ce qui se passait dans cet épisode, c’est promis… Mais je peux vous dire que c’était très flippant, en effet…

Elle – Mais dites-moi, vous m’avez bien dit que vous aviez gagné un voyage à Tokyo pour deux personnes ?

Lui – Oui.

Elle – Qu’est-ce que vous avez fait de votre femme ? Elle voyage debout en deuxième classe ? Ou elle a déjà disparu dans la Quatrième Dimension ?

Lui – Ma femme est décédée.

Elle – Je suis vraiment dessalée… Je veux dire désolée…

Lui – En fait, c’était ma femme qui s’était inscrite à ce concours… Elle est morte juste après la proclamation des résultats…

Elle – L’émotion…?

Lui – On ne sait pas exactement.

Elle – Vous n’êtes pas obligé de me raconter…

Lui – Elle était magasinière chez un grossiste en surgelés… Quand on l’a appelée sur son portable pour lui dire qu’elle avait gagné, elle était en train de ranger des palettes de steaks hachés dans la chambre froide. C’était un vendredi soir. Ses collègues ne se sont rendu compte de rien. Elle a du avoir un malaise…

Elle – C’est épouvantable…

Lui – Moi j’étais parti chez ma mère à Clermont Ferrand. J’y vais deux fois par mois. Je ne me suis pas inquiété non plus. Quand on l’a retrouvée le lundi matin, elle était dure comme de la pierre. Toujours avec son portable à la main… J’ai même envisagé de la conserver comme ça en attendant qu’on puisse la ranimer un jour.

Elle – Quand la médecine aurait fait des progrès…

Lui – Mais… ma femme était quand même de corpulence assez forte. Notre congélateur n’aurait pas été assez grand. Et puis il aurait quand même fallu faire quelques démarches administratives pour que je puisse la garder comme ça chez nous. Je suis un peu du métier, mais bon. Je n’aime pas trop ramener du travail à la maison…

Elle – Vous travaillez dans l’électroménager ?

Lui – Et puis je me suis dit que ce n’était pas forcément un service à lui rendre. Vous avez vu Hibernatus ?

Elle – Avec Louis De Funes ?

Lui – Vous imaginez que notre avion s’écrase dans le nord de la Sibérie, qu’on soit pris dans la glace, et qu’on nous décongèle dans deux ou trois cents ans ?

Elle – Pas bien, non… Je crois que je vais prendre un autre Xanax…

Passablement flippée, elle avale un cachet.

Lui – Et c’est comme ça que je me suis retrouvé en première classe.

Elle – Comme ça ?

Lui – Ben, du coup je partais tout seul, forcément. Vous pensez bien qu’en si peu de temps, trouver quelqu’un pour remplacer ma femme… Alors au lieu de deux billets de seconde, ils m’ont proposé un billet de première.

Elle – Vous ne me faites pas marcher, au moins ? Comme moi tout à l’heure avec la deuxième classe ?

Lui – Je ne plaisanterais pas avec ça, croyez-moi… C’était quand même ma femme…

Elle – Excusez-moi, mais comme vous n’avez pas l’air très…

Lui – Très affecté…? Écoutez, je vais vous faire une confidence : ma femme et moi, on était déjà un peu en froid, depuis quelques années… On ne peut pas dire que c’était quelqu’un de très… chaleureux. C’est curieux que je dise ça vu qu’elle a fini congelée entre deux piles de steaks surgelés, non ? Vous croyez que la mort de chacun a un sens ? Je veux dire… par rapport à la façon dont il a vécu ?

Elle – Je ne sais pas…

Lui – Bref, je suis navré pour elle qu’elle soit morte, évidemment, mais… je ne peux pas dire que je suis effondré, je l’avoue. Alors pourquoi faire semblant, hein ?

Elle – La vie continue.

Lui – Et puis ce baptême de l’air, ça me change un peu les idées. Même si c’est vrai qu’au départ, c’est avec elle que je devais partir à Tokyo…

Elle – Surtout que c’est elle qui l’avait gagné, ce voyage.

Lui – Oui.

Elle – Et… c’était quoi, ce concours ?

Lui – Oh, une case à cocher dans un magazine. Il fallait juste renvoyer le coupon de participation au tirage au sort. Et il a fallu que ça tombe sur elle…

Elle – Un magazine, vous dites ?

Lui – Un magazine à sensations, oui.

Elle – Quel magazine ?

Il lui montre la couverture du magazine posé par terre à ses pieds.

Lui – Tenez, celui que vous lisez, justement !

Elle – Ah…

Lui – Ne me dites pas que vous aussi, vous avez gagné un voyage à Tokyo, et que votre mari a eu une crise cardiaque en l’apprenant !

Elle – Euh… Non…

Lui – Non, parce que là, on pourrait vraiment parler d’un signe du destin. La preuve qu’on était fait pour se rencontrer…

Elle – En fait, c’est… C’est moi qui l’ai organisé, ce concours. Enfin, mon journal…

Lui – Votre journal…?

Elle – Sensationnelle… C’est moi la rédactrice en chef…

Lui – Non ? C’est incroyable ! Sensationnelle, c’est vous ? Mais c’est… sensationnel.

Elle – Je suis vraiment désolée pour votre femme… Du coup, je me sens un peu responsable…

Lui – C’est vrai que sans ce concours, c’est peut-être ma femme qui serait là assise à mes côtés. (Entreprenant) Au lieu de vous…

Elle (sur la défensive) – Oui, enfin… D’un autre côté, sans ce concours, vous n’auriez jamais pris cet avion pour Tokyo…

Lui – Vous avez raison… Et même si ma femme n’était pas restée pétrifiée en apprenant qu’elle avait gagné, c’est derrière ce rideau qu’on serait assis tous les deux elle et moi. En deuxième classe ! Au lieu de ça, je suis assis là à côté de vous en première !

Elle – Disons que c’est le destin, alors…

Lui – N’empêche, c’est un drôle de hasard, non ?

Elle – Drôle, je ne sais pas si c’est le mot, mais… Je ne sais pas quoi vous dire…

Lui – Mmm… Et qu’est-ce que vous allez faire à Tokyo, alors ? Puisque vous n’êtes pas en vacances !

Elle – Sensationnelle va créer une édition japonaise du magazine. Je vais à Tokyo pour le lancement du premier numéro. C’est très important pour nous. On a beaucoup misé sur ce projet. C’est aussi pour ça que je suis si nerveuse…

Lui (prenant le magazine en main) – Sensationnelle… Alors comme ça, vous vous occupez des potins du monde et de la beauté des femmes.

Elle – Oui, c’est à peu près la ligne éditoriale de notre magazine, en effet.

Lui – Remarquez, on fait un peu le même métier, tous les deux…

Elle – Ah, oui ? Vous vous occupez aussi de la beauté des femmes et des potins du monde ? Qu’est-ce que vous faites ? Vous êtes coiffeur ?

Lui – Entre autres, oui… Les femmes, je les manucure, je les maquille, je les coiffe… Mais seulement lorsqu’elles sont mortes…

Elle – Pardon ?

Lui – Je suis thanatopracteur.

Elle – Tiens donc…

Lui – Ça c’est pour la beauté des femmes. Enfin, souvent, il s’agit surtout de leur redonner figure humaine… Et pour ce qui est des potins du monde, et bien croyez-moi, en cas de décès d’une célébrité, je suis souvent au courant avant la presse…

Elle – Intéressant…

Lui – Ben forcément, quand quelqu’un meurt, célèbre ou pas, après la police, c’est nous qui arrivons les premiers sur les lieux… On sait quand, où, comment, avec qui…

Elle – Ah, oui… Je n’avais jamais pensé à contacter des croquemorts comme informateurs pour un magazine people féminin, mais j’avoue que c’est tentant… Vous me laisserez votre carte…

Lui – Mais attention, on est tenu au secret professionnel ! Comme les médecins, les juges ou les prostituées.

Elle – Bien sûr… Mais vous savez qu’en tant que journalistes, nous avons nous aussi le droit et le devoir de protéger le secret de nos sources.

Lui – C’est quand même incroyable qu’on soit assis l’un à côté de l’autre dans cet avion, non ? Vous croyez au destin ?

Elle – Le destin… C’est le nom que les gens superstitieux donnent au hasard, non ?

Lui – C’est beau, ce que vous dites… Ça ressemble à un proverbe japonais…

Elle – Oui, je… Il arrive que sous Xanax, j’en invente quelques uns…

Lui – J’ai bien envie de téléphoner à ma mère pour lui dire à côté de qui je suis assis en ce moment. C’est une lectrice très fidèle de Sensationnelle, vous savez… Ça ne vous dérange pas de lui dire deux mots ? Sinon, elle ne va jamais me croire…

Il sort son portable.

Elle – J’en serais ravie… Mais je crains que vous ne deviez attendre d’être arrivé à Tokyo pour appeler votre maman.

Lui – Et pourquoi ça ?

Elle – Mais parce que le portable ne passe pas en avion !

Lui – Ah, bon… ? Alors là… C’est vraiment la Quatrième Dimension… Je ne savais pas…

Il range son portable.

Elle – Douze heures sans pouvoir passer un appel ou envoyer un SMS… Pour certaines, croyez-moi, c’est pire que douze heures sans manger et sans boire…

Lui – Eh oui… Surtout pour la rédactrice en chef d’un magazine à sensations, j’imagine… Alors si vous appreniez quelque chose de sensationnel, là, tout de suite, vous ne pourriez le dire à personne ?

Elle – Quelque chose de sensationnel… ?

Lui – Un scoop, comme on dit dans votre métier.

Elle – En même temps, je ne vois pas trop quel genre de scoop on pourrait apprendre dans un avion totalement coupé du monde.

Lui – Ah… Allez savoir…

Lui – À part si le pilote nous annonce qu’on vient de perdre un réacteur, et qu’on est sur le point de se crasher au milieu de la Sibérie, évidemment.

Lui (mystérieux) – Hun, hun…

Elle – Et encore, il faudrait qu’il y ait au moins une ou deux célébrités à bord pour que ça puisse intéresser les lecteurs et les lectrices de Sensationnelle.

Lui – Qui vous dit qu’il n’y en a pas ?

Elle – Vous m’intriguez…

Lui – Et si moi, je vous racontais quelque chose que personne ne sait encore…

Elle – Vous ?

Lui – Je vous l’ai dit… Il y a certaines choses qu’un croquemort est parmi les premiers à savoir…

Elle – Dites toujours…

Lui – Vous me promettez qu’il n’y a aucun moyen pour vous de faire sortir ce scoop de cet avion tant qu’il ne s’est pas posé à Tokyo ?

Elle – Malheureusement… Même si c’est le scoop du siècle…

Lui – Croyez-moi, c’est du lourd… Quelque chose que les médias n’apprendront que dans une douzaine d’heures.

Elle – J’avoue que vous êtes parvenu à exciter ma curiosité… Je vous écoute…

Lui – Tenez-vous bien : Mireille Mathieu n’est plus de ce monde.

Elle – Mireille Mathieu ?

Lui – Mireille Mathieu.

Elle – C’est ça, votre scoop ?

Lui – Mireille Mathieu !

Elle – Elle ne chante plus depuis au moins trente ans.

Lui – En France, oui.

Elle – Ben oui, en France.

Lui – Elle a quand même chanté Place de la Concorde le jour de l’élection de Sarkozy.

Elle – La mort de Mireille Mathieu… Si on fait la couverture de Sensationnelle là dessus, c’est sûr que nos lecteurs vont être très surpris. Les plus jeunes se demanderont qui est mort, et les plus vieux se diront : « Ah bon, je croyais qu’elle était déjà morte ».

Lui – En France, oui.

Elle – Ben oui, en France.

Lui – Vous savez ce que représente Mireille Mathieu au Japon ?

Elle – Quoi ?

Lui – C’est tout simplement la célébrité française la plus connue des Japonais. Ils lui vouent un véritable culte de la personnalité. Mireille Mathieu, pour les Japonais, c’est comme… Kim jong il pour les Nord Coréens.

Elle – Peut-être parce qu’elle lui ressemble un peu… C’est vrai qu’avec la mèche et les lunettes de soleil, il y a quelque chose…

Lui – Vous ne vous rendez pas compte ! Lorsque les Japonais vont apprendre la disparition de Mireille Mathieu, ils vont décréter trois jours de deuil national !

Elle réfléchit et semble prendre conscience de l’importance de la nouvelle.

Elle – C’est vrai qu’elle est très populaire là bas… Beaucoup plus qu’en France, en tout cas.

Lui – C’est la seule chose que la France a réussi à exporter au Japon ! Vous imaginez le scoop pour le lancement de la version japonaise de votre magazine Sensationnelle !

Elle – Vous avez raison… Ce serait un truc énorme… Un coup de pub extraordinaire… Et totalement gratuit… Un véritable scoop… Un scoop japonais, en tout cas.

Lui – Un scoop planétaire, vous voulez dire. Parce qu’elle est aussi très populaire en Russie. Même en Sibérie !

Elle – Et vous êtes sûr qu’elle est morte ?

Lui – J’ai fait sa toilette moi-même, avant de l’incinérer. Croyez-moi, je suis bien placé pour savoir qu’elle est vraiment morte.

Elle – Et pourquoi est-ce qu’on cacherait son décès, alors ?

Lui – Quelques heures seulement. C’est très courant, vous savez. Le temps que la famille puisse faire son deuil tranquillement. Et organiser les obsèques en évitant les débordements. Savoir si on l’enterre au Panthéon ou…

Elle – Ou… ?

Lui – Ça, c’est le deuxième scoop.

Elle – Mireille Mathieu va être enterrée au Panthéon ?

Lui – Justement non. Pour remercier le public japonais de sa fidélité sans faille pendant toutes ces années, où le public français l’avait déjà enterrée, elle a expressément demandé dans son testament à ce que ses cendres soient dispersées au dessus du Mont Fukushima.

Elle – Vous voulez dire du Mont Fujiyama, j’imagine… Alors on va transférer ses cendres au Japon ?

Lui – Et c’est là que j’en arrive au troisième et dernier scoop…

Elle – Ah, parce que ce n’est pas fini… ?

Lui – Je vous conseille de boucler votre ceinture de sécurité pour ne pas sauter au plafond, parce que c’est du lourd… Du super lourd…

Elle – Quoi encore ?

Lui – Elle est à bord de cet avion !

Elle – Qui ?

Lui – Mireille Mathieu !

Elle – Je croyais qu’elle était morte ! Faut que j’arrête le Xanax, moi…

Lui – Ses cendres !

Elle – Ah, d’accord…

Lui – C’est sûrement aussi pour empêcher ses fans français de s’opposer à ce transfert que son impresario a décidé de garder le secret jusqu’à l’arrivée au Japon de l’urne contenant ses cendres.

Elle – Comme ce train transportant nos déchets nucléaires en Allemagne, vous voulez dire, bloqué par les écolos…?

Lui – Mireille Mathieu, ça fait quand même partie du patrimoine national ! C’est un monument historique ! En ruine, peut-être, mais un monument historique !

Elle – Bien sûr…

Lui – Et puis vous imaginez les scènes d’hystérie collectives à l’aéroport de Tokyo si les Japonais savaient qu’elle était à bord de cet avion ?

Elle (prise d’un doute) – Vous n’êtes pas en train de vous foutre de moi ?

Lui – Ses cendres sont dans la soute de cet appareil, je vous dis ! Juste là, sous nos pieds !

Elle – Sous nos pieds…?

Lui – Sur la tête de ma femme.

Elle – Sur la tête de votre femme ?

Lui – Je veux dire, je vous le jure sur la tête de ma femme !

Elle – Et comment vous avez appris qu’elle était à bord de cet avion ?

Lui – Ça en revanche, c’est tout à fait par hasard. J’ignorais complètement qu’elle prenait le même avion que moi. Mais quand j’ai enregistré mes bagages, j’ai reconnu son impresario juste devant moi. Et surtout, j’ai reconnu le paquet !

Elle – Le paquet ?

Lui – L’urne ! Je l’ai emballée moi même. Vous pensez bien que c’est quand même assez fragile. Et pas question de prendre ça en bagage accompagné…

Elle – Ils vont la faire tourner sur le tapis roulant à l’arrivée comme une vulgaire valise ?

Lui – Elle a beau voyager incognito, je pense qu’ils prennent des dispositions spéciales…

Elle – Je vois… Comme quand on transporte un organe à transplanter d’urgence, par exemple, dans une petite glacière. Un cœur ou un rein…

Lui – Oui, enfin, là, c’est des cendres, quand même… C’est pas des tranches de foie ou des steaks hachés surgelés…

Elle semble digérer peu à peu toute la portée de ces informations.

Elle – Ah, oui, là c’est un sacré scoop, en effet.

Lui – C’est sûr que pour le premier numéro de votre magazine au Japon, ça cartonnerait… 130 millions d’habitants, vous vous rendez compte ? Deux fois plus qu’en France…

Elle – Ce serait un numéro collector, c’est sûr. Un truc qui n’arrive qu’une fois dans la vie d’un magazine. Alors sortir un scoop pareil dès le premier numéro de Sensationnelle au Japon…

Lui – Malheureusement, pas de téléphone, pas de scoop… Vous n’avez aucun moyen de transmettre l’info à votre rédaction… Pas avant notre arrivée à Tokyo, dans une dizaine d’heures…

Elle – À ce moment-là, le magazine sera déjà imprimé. Ils sont en plein bouclage à l’heure qu’il est. C’est maintenant qu’il faudrait que je puisse les joindre… Dans dix heures, il sera trop tard !

Lui – Et puis dans une dizaine d’heures, ce ne sera probablement plus un scoop…

Elle – Vous croyez…?

Lui – Vous pensez bien qu’on ne peut quand même pas garder un truc comme ça secret pendant très longtemps…

Elle semble complètement déprimée.

Elle – Il doit bien y avoir un moyen…

Lui – En même temps, si je vous ai dit ça, c’est parce que j’étais sûr que ça ne sortirait pas d’ici… Je vous l’ai dit, je suis lié par le secret professionnel. Je risque mon boulot, moi…

Elle – Mmm…

Lui (se levant) – Bon, vous m’excuserez, mais il faut que je passe aux toilettes.

Elle (ailleurs) – Hun, hun…

Lui (désignant le fond de la salle) – Je vais aller à celles qui sont au fond là bas, comme ça je pourrais voir au passage à quoi ça ressemble en deuxième classe…

Il se lève.

Elle – Quel est le crétin qui a décidé qu’on ne pourrait pas téléphoner en avion, surtout sur les vols longs courriers.

Lui – Au théâtre non plus, on n’a pas le droit de téléphoner. Et parfois ça dure aussi pendant des heures…

Il traverse la salle en observant au passage les rangées de spectateurs avec un air curieux et un peu narquois. Suit une adresse au public qui peut être partiellement modifiée ou complétée par une improvisation en fonction de l’inspiration du comédien et des réactions de la salle.

Lui – Ah, oui, tout le monde a réussi à s’asseoir, finalement… (À un spectateur) Ça va, vous n’êtes pas trop serrés ? (À un autre) Ne vous dérangez pas, je ne fais que passer. Je vais aux toilettes. (À un troisième) Vous avez le droit de les utiliser, vous, ou bien…? (À un quatrième) J’espère que vous avez pris vos précautions avant d’embarquer… (À un cinquième) Ah, il faudra penser à rattacher votre ceinture, vous. Non, non, pas la ceinture de sécurité, votre ceinture quoi… (À un sixième) Ah, vous c’est la braguette…

Il sort.

Elle (avec une tête de folle) – Mireille Mathieu… Mais c’est dément ! (Elle avale un autre cachet) Je crois que ce n’était pas le bon jour pour arrêter les antidépresseurs…

Noir.

 

ACTE 2

La lumière revient, tandis qu’une voix d’hôtesse se fait entendre dans un haut parleur :

Hôtesse (avec une extrême amabilité) – Nous allons bientôt traverser une zone de turbulences. Tous les passagers sont invités à regagner leurs sièges, à boucler leurs ceintures de sécurité, et à rester assis jusqu’à extinction du signal lumineux. Merci pour votre compréhension.

Il retraverse la salle, feignant de tanguer un peu. Il tient à la main une coupe de Champagne, avec laquelle il nargue les spectateurs.

Hôtesse (sèchement) – Eh, vous là-bas, vous comprenez le français ? Vous retournez à votre place et vous la bouclez, d’accord !

Il presse le pas et, titubant encore en raison des mouvements supposés de l’appareil, il renverse un peu du précieux liquide sur un des spectateurs.

Hôtesse (à nouveau aimable) – Ah… Excusez-moi Monsieur, je n’avais pas vu que vous étiez un passager de la classe affaires…

Il revient s’asseoir à côté d’elle.

Lui – Vous avez raison, ce n’est pas très différent de la première classe. Mais alors un monde ! Ils sont tous serrés comme des sardines, là-dedans. Les fauteuils sont tout petits et il n’y a pas moyen d’allonger les jambes.

Elle – Hun, hun…

Lui – Tenez, je vous ai quand même rapporté une coupe de Champagne. Enfin, ce que j’ai pu en sauver. Je vous avoue que c’était surtout pour le plaisir de traverser toute la deuxième classe avec une coupe de Champagne à la main.

Ailleurs, elle saisit machinalement la coupe de Champagne qu’il lui tend.

Elle – Merci…

Lui – Vous pensez toujours à ce que je vous ai dit, c’est ça… J’aurais mieux fait de ne pas vous en parler…

Elle – Il y a beaucoup de magazines comme le mien qui paieraient cher pour avoir un scoop comme ça avant tous les autres, vous savez ?

Lui – Et moi qui vous ai donné l’info gratuitement…

Elle (hystérique) – Mais si je ne peux pas la publier, ça ne vaut rien ! (Se calmant) C’est la pire torture qu’on peut infliger à la directrice d’un journal à sensations ! Lui donner un scoop sensationnel qu’elle est dans l’incapacité de publier…

Lui – Oui, j’imagine… Un véritable supplice japonais… (Elle lui lance un regard incendiaire) Vous devriez essayer de dormir un peu…

Elle (à nouveau hystérique) – Parce que vous croyez que maintenant, je vais réussir à dormir ? (Se calmant) Il doit bien y avoir un moyen…

Lui – À part vous faire larguer en parachute au dessus de la Sibérie… en espérant atterrir sur le toit d’une cabine téléphonique. Parce que je ne suis pas sûr que la couverture réseau soit excellente dans ce genre de contrées désertiques.

Elle – Vous croyez que le pilote serait d’accord pour ouvrir la porte de l’appareil en plein vol ?

Lui – Vous avez déjà sauté en parachute ?

Elle – Ça ne doit pas être très compliqué…

Lui – Je ne suis même pas sûr qu’il y ait des parachutes à bord… C’est idiot, d’ailleurs, parce que c’est vrai que dans un avion, au dessus de la Sibérie, ce serait plus utile en cas d’avaries que des bouées de sauvetage…

Elle – Et si l’avion faisait une escale quand même ?

Lui – À moins d’une situation d’urgence, ça ne va pas être facile de convaincre le pilote de poser son appareil à Irkoutzk ou à Novossibirsk.

Elle – Je pensais plutôt… à un détournement.

Lui – Détourner un avion et forcer le pilote à se poser, seulement pour passer un coup de fil ? C’est peut-être un peu excessif, non ?

Elle – Vous trouvez aussi…

Lui – Et puis avec quoi vous comptez menacer le pilote ? Avec la petite cuillère en plastique que vous a donné l’hôtesse tout à l’heure pour tourner votre café ?

Elle réfléchit.

Elle – Vous vous souvenez de ce barbu qui avait planqué une bombe dans ses chaussures ?

Lui – Oui…

Elle – Je pourrais dire au steward que j’ai une bombe dans ma culotte et que je suis prête à la faire exploser si l’avion ne se pose pas immédiatement.

Lui – Ouais… mais vous n’êtes pas barbue. Pourquoi la rédactrice en chef de Sensationnelle détournerait un avion pour se poser en Sibérie ?

Elle – Je ne sais pas, moi… Pour demander l’asile politique…

Lui – Même si on vous croyait… Vous seriez immédiatement arrêtée dès votre descente de l’avion, avant même d’avoir pu passer un coup de fil à votre avocat…

Elle – C’est pas faux…

Lui – Ah, le signal lumineux vient s’éteindre !

Elle – Et si c’était vous, le terroriste ?

Lui – Pardon ?

Elle – C’est vous qu’on arrête, et comme ça, je peux appeler ma rédaction tranquillement !

Lui – Eh, oh ! Je n’ai pas envie de passer les vingt prochaines années de ma vie au Goulag ou à Guantanamo, moi ! Seulement pour que vous puissiez faire votre une de demain sur la disparition de la plus grande chanteuse japonaise de tous les temps.

Elle – C’est pourtant vrai qu’elle a un petit air japonais, non ?

Lui – Physiquement, vous voulez dire ?

Elle – La coupe de cheveux. La couleur anthracite. Les yeux bridés. Ça c’est sûrement à force de se faire tirer, mais bon…

Lui – Se faire tirer…?

Elle – Les liftings ! Ça tire la peau…

Hôtesse (enjôleuse) – Monsieur Jacques Dumortier est invité à se présenter auprès de l’une de nos hôtesses pour la prestation de son choix.

Lui (excité) – C’est moi ! Je vais devoir vous abandonner à nouveau un instant. Ça fait partie du voyage que j’ai gagné…

Elle – Vous avez gagné le droit de vous taper une hôtesse ?

Lui – Malheureusement, je suis seulement invité à faire un tour dans la cabine de pilotage…

Elle – Elle a parlé de la prestation de votre choix…

Lui – Je pouvais choisir entre tenir un moment le manche du pilote ou une cartouche de pipes détaxées. Mais comme j’ai arrêté de fumer…

Elle – Ah, d’accord…

Lui – C’est vous qui l’avez organisé, ce concours ! Vous ne vous souvenez pas ?

Elle – Nom de Dieu, le pilote !

Lui – Quoi…?

Elle – Lui, il peut communiquer avec le sol !

Lui – Ah, oui, évidemment.

Elle – Il pourrait faire passer un message à la tour de contrôle.

Lui – Quel genre de message ? Allo Papa Tango Charlie ! Mireille Mathieu est morte !

Elle – Pourquoi pas ?

Lui – Si elle n’est pas morte dans l’avion… Ça risque de ne pas trop intéresser la tour de contrôle…

Elle – Vous avez raison… (Elle réfléchit) Bon, alors on dit au pilote qu’on a besoin de joindre d’urgence notre famille à Tokyo… et on en profite pour faire passer l’info.

Lui – Notre famille ?

Elle – Je me fais passer pour votre femme.

Lui – À Tokyo ?

Elle – Vous leur dites que vous êtes marié avec une japonaise.

Lui – Vous, vous n’avez pas tellement l’air d’une japonaise, hein ?

Elle – Vous trouvez ?

Lui – Et puis ils savent bien que je ne voyage pas avec ma femme : c’est pour ça qu’ils m’ont surclassé en première !

Elle – Dans ce cas, vous y allez seul. Je vous donne le numéro à appeler de ma part à Tokyo. Vous faites comme si vous appeliez votre mère pour lui faire un petit coucou depuis la cabine de pilotage…

Lui – Ma mère habite Clermont Ferrand !

Elle – Vous leur dites que votre mère a déménagé ! Qu’elle est exilée fiscale au Japon. Et vous en profiter pour glisser discrètement dans la conversation que Mireille Mathieu est morte.

Lui – Ça ne va pas être évident à placer dans la conversation. Ma mère déteste Mireille Mathieu. Presqu’autant qu’elle détestait ma femme…

Elle – Mais ce n’est pas votre mère, que vous aurez au bout du fil, c’est la rédactrice en chef de la version japonaise de Sensationnelle !

Lui – Ah, oui, c’est vrai…

Elle – Vous croyez que vous pouvez vous en sortir ?

Lui – Combien ?

Elle – Pardon ?

Lui – Vous m’avez dit que n’importe quel magazine serait prêt à payer une fortune pour avoir cette info avant les autres…

Elle – C’était quand je pensais qu’il n’y avait aucun moyen de transmettre ce scoop au magazine…

Lui – Alors ?

Elle – Mille ? (Il n’a pas l’air satisfait). Dix mille ?

Lui – Il s’agit de la réussite ou de l’échec du lancement de votre magazine au Japon.

Elle – Ok, j’irai jusqu’à cinquante mille, mais pas plus.

Lui – Pour ce prix là, je suis prêt à poser moi-même cet avion sur le toit d’une cabine téléphonique.

Elle prépare le chèque, mais elle est soudain prise d’un doute avant de lui donner.

Elle – Et comment je saurai que vous avez vraiment transmis le message ? Si je ne peux pas venir avec vous dans la cabine de pilotage…

Lui – Je peux être très persuasif, quand je veux, croyez-moi… C’est à prendre ou à laisser.

Elle lui donne le chèque. Puis elle griffonne quelque chose sur une carte de visite avant de lui tendre aussi.

Elle – Vous appelez ce numéro de ma part, et vous dites à la personne que vous aurez au bout du fil de préparer d’urgence la nécro de Mireille Mathieu. Elle comprendra.

Lui (philosophe) – C’est triste, mais après tout, nous allons tous mourir un jour, pas vrai ? (Elle lui lance un regard impatient) J’y vais…

Il repart, cette fois vers les coulisses. Elle l’interpelle avant sa sortie.

Elle (à voix basse) – Et pas un mot aux passagers de deuxième classe, hein ?

Dans un état second, passablement survoltée, elle vide cul sec la coupe de Champagne pour faire passer un autre cachet.

Elle (au public) – Vous avez bien éteint vos portables, au moins ? Non parce que c’est une question de sécurité ! Ça peut être très dangereux, vous savez. Ça perturbe la régie… On risque une coupure d’électricité ! Et je ne vous raconte pas les conséquences d’une panne d’électricité à l’altitude où on est. Parce que ça vole haut, là. Très haut ! Si ça disjoncte, on va tous péter tous les plombs…

Noir.

 

ACTE 3

Elle somnole, son magazine sur les genoux, et se réveille quand des bruits confus se font entendre dans le haut parleur. Des bruits de lutte sourde, des coups, des cris étouffés, suivis d’un crachouillis de micro, puis le silence. L’autre revient, les vêtements en désordre et passablement ébouriffé.

Elle – Ne me dites pas que finalement, vous vous êtes quand même tapé l’hôtesse de l’air sans son consentement ?

Lui – Non, non, c’est pas ça, malheureusement…

Elle – Le pilote n’a pas voulu vous laisser téléphoner ?

Lui – Si, si… J’ai appelé ma mère à Clermont Ferrand pour lui faire un petit coucou depuis la cabine de pilotage, comme convenu…

Elle – À Clermont Ferrand ?

Lui – Et je lui ai bien dit que Mireille Mathieu était morte. Rassurez-vous, elle était en train de regarder les nouvelles sur France 3 et personne n’est encore au courant…

Elle – Non, mais dites moi que c’est pas vrai ! Dites-moi que je rêve ! C’est un cauchemar !

Lui – C’est après que je me suis rendu compte que je n’avais pas appelé le bon numéro…

Elle – Et alors ?

Lui – J’ai demandé au pilote si je pouvais passer un autre appel… Il m’a dit que c’était une cabine de pilotage, pas une cabine téléphonique. C’est à partir de là que ça a un peu dégénéré.

Elle – Dégénéré ?

Lui – Il a mal parlé de maman…

Une hôtesse fait une nouvelle annonce.

Hôtesse – Mesdames et Messieurs, votre attention s’il vous plaît. Le pilote et le copilote ont eu… un petit malaise. Mais ne vous inquiétez pas, on va certainement réussir à en ranimer un avant d’avoir perdu trop d’altitude. S’il y a un médecin dans la salle, il est prié de se manifester sans tarder auprès de nos hôtesses. (Un temps) S’il y a un pilote dans la salle, il est prié de se manifester aussi. D’urgence…

Elle – Oh, mon Dieu !

Lui – J’ai peut-être eu la main un peu lourde… Mais c’est de votre faute aussi. Cinquante mille euros, c’est une somme… Ça m’est un peu monté à la tête, forcément. Avec ça, j’aurais pu acheter un énorme congélateur…

Elle – Un congélateur…?

Lui – Pour maman… En attendant de la décongeler dans quelques années… Il paraît qu’on vient de tester sur les rats une enzyme qui ouvrirait la voie vers l’immortalité !

Hôtesse – Mesdames et Messieurs, en l’absence de pilotes opérationnels pour le moment, je vais tenter moi-même un atterrissage d’urgence à Novossibirsk. Mais je vous préviens, accrochez-vous, parce que je ne sais déjà pas faire un créneau avec ma Fiat Uno… (Pour elle-même) C’est où la pédale de frein…? Ah, non, celle ça doit être l’embrayage… Je confonds tout le temps… Au moins, j’ai le manche du pilote bien en main… Gloups… Ah, non, c’est pas ça non plus…

Elle (hystérique) – Un atterrissage d’urgence ! Mais c’est génial ! Je vais pouvoir enfin passer mon coup de fil à ma rédaction !

Lui – Je crois que là, c’est le moment ou jamais de mettre nos bouées de sauvetage.

Ils sortent des bouées en forme de canard et les passent autour de leur taille. Bruit d’un avion qui part en piqué.

Noir.

 ACTE 4

Premières notes du générique de la Quatrième Dimension. La lumière se fait sur un décor apocalyptique. Désordre général. Sièges renversés. Tenues chamboulées. Fumée si possible. La voix de l’hôtesse se fait à nouveau entendre dans le haut parleur.

Hôtesse (sirupeuse) – Le vol 714 en provenance de Paris et à destination de Tokyo vient d’atterrir… quelque part. Le metteur en scène et son équipage vous souhaitent un bon séjour. Nous espérons que vous avez passé un excellent voyage, et prions pour vous revoir bientôt à nouveau en vie sur nos lignes.

Ils reprennent connaissance peu à peu.

Lui – Vous croyez qu’on est morts ?

Elle essaie de téléphoner avec son portable.

Elle – En tout cas, il n’y a pas de réseau…

Lui – On est peut-être dans la Quatrième Dimension…

Elle – Ou dans Lost…

Elle repère quelque chose dans le désordre ambiant et le prend dans ses mains. C’est l’urne contenant les cendres de Mireille Mathieu, avec sa photo dessus. Ils échangent un regard perplexe.

Lui – C’est désert, mais ça ne ressemble pas tellement à la Sibérie.

Elle – Vous croyez qu’on est les seuls survivants ?

Lui – Malheureusement, je ne crois pas…

Il lui fait un signe discret pour qu’elle regarde du côté du public.

Elle (à voix basse) – C’est qui tous ces gens, là-bas, dans le noir ?

Lui – C’est pas ceux de la classe affaire ?

Elle – La classe affaire ?

Lui – Ceux de la premième classe !

Elle – On dirait qu’ils nous regardent…

Lui – Ils ne bougent pas…

Elle – Vous croyez qu’ils sont morts, eux aussi ?

Lui – Ou alors ils sont profondément endormis.

Elle – Comme ça arrive, parfois, au théâtre…

Lui – Je crois qu’il vaudrait mieux éviter de les réveiller. Ou de les énerver…

Elle – Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Lui – Surtout pas de gestes brusques… On reste calme… Et on se dirige doucement vers la sortie…

Elle – Quelle sortie ? Cour ? Jardin ?

Lui – Je dirais la sortie de secours…

Elle (très perturbée) – Je crois que j’ai encore besoin d’un petit relaxant avant… (Elle fouille dans son sac) Oh, mon Dieu, on m’a volé tous mes cachets !

Lui (emphatique) – La vie est un théâtre, avec pas mal d’escrocs et de comédiens dépressifs… Il vaut mieux ne pas laisser traîner ses cachets n’importe où…

Elle – Où alors c’est le producteur qui nous a refilé un somnifère dans le Champagne avant de se barrer avec la caisse…

Lui – Vous croyez qu’on parlera de nous dans la presse ?

Elle – Il faudrait encore qu’il y ait un journaliste dans la salle.

Elle – J’espère au moins qu’il y a encore une hôtesse en régie.

Lui – Pour quoi faire ?

Elle – Pour tirer le rideau entre la première et la deuxième classe !

Ils battent prudemment en retraite vers les coulisses.

Hôtesse – Pourvu que ça ne disjoncte pas encore !

Noir.

Hôtesse – Et merde ! Ça a disjoncté

Éventuellement premières mesures d’une chanson de Mireille Mathieu ou de Piaf de préférence en japonais. Rideau si possible. 

ACTE 5

La lumière revient sur scène et/ou le rideau s’ouvre à nouveau, comme pour le salut des comédiens. Mais on découvre une mise en scène similaire à celle du premier acte : deux sièges côte à côte, qui pourraient aussi bien être ceux d’un théâtre. Il est assoupi à côté de la même femme que précédemment, mais qui a troqué son look de business woman contre une allure beaucoup plus banale. Au choix du metteur en scène et selon la dimension et les possibilités de la salle, elle et lui pourront aussi dans cet épilogue être assis parmi les spectateurs, comme au début du spectacle. Elle le secoue un peu pour le réveiller.

Elle – Michel… Eh Michel… (Comme il ne réagit pas, elle le secoue plus violemment) Michel ! 

Il se réveille en sursaut, comme s’il sortait d’un cauchemar. 

Lui (paniqué) – Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ?

Elle – Ben c’est fini !

Lui – On est mort ?

Elle – Ah… Je ne crois pas, non. (Plus bas) Ah moins qu’on puisse vraiment mourir d’ennui.

Lui – On est arrivé à Tokyo ?

Elle – À Tokyo…? On est au théâtre !

Lui – Au théâtre ?

Elle – Il faut qu’on s’en aille, Michel. La pièce est finie. Je ne te demande pas si ça t’a plu… 

Il regarde sa femme, revenant peu à peu à la réalité. 

Lui – Monique ! C’est toi ?

Elle – Ben oui, c’est moi… Ta femme… Qui veux-tu que ce soit ?

Lui – C’est dingue.

Elle – Quoi ?

Lui – J’ai rêvé que tu étais morte.

Elle – Ça fait toujours plaisir…

Lui – On avait gagné un concours. Un voyage à Tokyo. Comme tu étais morte, on m’avait surclassé en première, et je voyageais à côté de la rédactrice en chef d’un magazine féminin ! J’avais même droit au champagne, sans supplément.

Elle – Ah ouais…

Lui – Et au lieu de ça, je me réveille à côté de toi au théâtre…

Elle – Ben tu vois… Le rêve est terminé… Bon on y va ?

Elle se lève.

Lui – Attends, ce n’est pas fini. Ça me revient maintenant… Mireille Mathieu était morte aussi !

Elle – Mireille Mathieu ?

Lui – Rassure-moi, elle n’est pas morte, au moins ?

Elle – Ne t’inquiète pas, Mireille Mathieu va très bien… Et moi aussi, je te remercie… Bon, tu viens ?

Il se lève, encore un peu secoué.

Lui – Mais qu’est-ce qu’on fout au théâtre ? On n’y va jamais, au théâtre !

Elle – C’est la femme de ton patron qui joue dans la pièce. C’est lui qui nous a invités.

Lui – Ah oui, c’est vrai, merde… Ça me revient maintenant…

Elle – Il faut dire que s’il n’avait pas invité tous ses employés, il n’y aurait pas grand monde dans la salle pour applaudir sa femme.

Lui – C’était si mauvais que ça ?

Elle – En tout cas, il faut qu’on se dépêche, il doit déjà nous attendre à la sortie pour savoir ce que tu as pensé de la pièce.

Lui – Non…?

Elle – Tu as intérêt à être inspiré, parce que je te rappelle qu’un plan de licenciement est en préparation dans ta boîte.

Lui – C’est un cauchemar… Mais tu n’aurais pas pu me réveiller, toi aussi ?

Elle – Je ne savais pas que tu dormais, moi ! D’habitude tu ronfles !

Lui – Oui et bien désolé. Je suis poli, moi. Au théâtre, je m’abstiens de ronfler.

Elle – C’est ça, oui.

Lui – Bon, et ça parle de quoi, cette pièce, en gros ?

Elle – En gros ?

Lui – Oui, en gros ! Tu me dis à peu près de quoi ça parle, et puis… j’improviserai !

Elle – Ouh la… C’est difficile à résumer, hein… C’est quand même assez compliqué…

Lui – Je ne sais pas, moi… Essaie quand même…

Elle – Je te dis que c’est une histoire très embrouillée…

Lui – Je te rappelle que je joue mon boulot, là. Fais un effort !

Elle (outrée) – Fais un effort ? Eh oh, c’est bien toi qui t’es endormi pendant la représentation, non ? Ou c’est moi qui ai rêvé…?

Lui – Alors ?

Elle – Je ne sais pas, moi… Je ne peux pas te résumer ça en trente secondes…

Lui – Très bien… Dans ce cas, tu n’as qu’à lui dire, toi !

Elle – Lui dire quoi ?

Lui – Ce que tu as pensé de la pièce ! Moi je me contenterai de dire que je pense comme toi.

Elle – Écoute, Michel, je vais te faire une confidence…

Lui – Quoi ?

Elle – Je n’ai rien compris…

Lui – Tu n’as rien compris ?

Elle – À vrai dire… Je me demande si moi aussi, je n’ai pas piqué un petit roupillon entre la fin du premier acte et le début du cinquième… Ou alors c’est que la pièce était vraiment très courte…

Lui – Bon sang, mais ce n’est pas possible… Dis-moi que ce n’est pas vrai ! Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?

Elle – Ben comme tu disais tout à l’heure…

Lui – Quoi ?

Elle – Tu n’auras qu’à improviser.

Lui – Et si je disais la vérité…

Elle – Quelle vérité ?

Lui – Que je me suis endormi !

Elle – Ah oui, je crois que ça, ça va beaucoup lui plaire, à ton patron. Sans parler de sa femme…

Lui – Sa femme ?

Elle – C’est elle qui joue dans la pièce, je t’ai dit !

Lui – Ah oui, c’est vrai…

Elle – Bon allez, il faut qu’on y aille, maintenant. On ne va pas les faire attendre, en plus.

Lui – C’est un cauchemar, je te dis… Je vais sûrement me réveiller…

Ils se dirigent vers la sortie.

Lui – En tout cas, je peux te jurer une chose : c’est la première et la dernière fois que je vais au théâtre…

Elle – Oui… Moi non plus…

Ils sortent.

Noir.

Fin.

  Scénariste pour la télévision et auteur de théâtre, Jean-Pierre Martinez a écrit une vingtaine de comédies régulièrement montées en France et à l’étranger.

Toutes les pièces de Jean-Pierre Martinez sont librement téléchargeables sur : 

www.comediatheque.net

 Ce texte est protégé par les lois relatives au droit de propriété intellectuelle. Toute contrefaçon est passible d’une condamnation allant jusqu’à 300 000 euros et 3 ans de prison

Paris – Novembre 2011

© La Comédi@thèque – ISBN 979-10-90908-24-6

Ouvrage téléchargeable gratuitement

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