Rimes Orphelines

Recueil de poèmes à lire, à dire ou à jouer… 

Point ici d’alexandrins académiques, de rimes faciles et d’images éculées. La poésie de Jean-Pierre Martinez, à la manière de celle d’un René Char, puise à la source de l’indicible pour le donner à entendre malgré tout. La fonction de la poésie n’est pas d’embellir le réel en le décorant, mais de révéler une réalité plus profonde en «redonnant un sens plus pur aux mots de la tribu» (Mallarmé). Seul ce qui ne peut être exprimé autrement mérite d’être donné à entendre par la poésie. Une rime orpheline est un mot qui ne peut rimer avec aucun autre que lui-même. C’est donc une rime à rien. Une rime impossible, qui symbolise parfaitement l’utopie de l’entreprise poétique et la solitude du poète refusant de s’inscrire dans une lignée. « Rimes orphelines » ne traite pas d’un univers particulier, même si certains thèmes apparaissent de façon récurrente (la mer, le voyage, l’exil…). La forme est parfois classique, parfois totalement libre. Et si l’interrogation du réel est toujours présente, l’humour n’est jamais loin, pour signifier que la vérité se niche plus souvent dans la sincérité voire la naïveté de la question que dans le caractère indiscutable de la réponse.

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LIRE UN EXTRAIT

 

Le coquelicot

Le coquelicot rêve au bord du chemin, hors champ,

là où nulle moisson ne l’attend.

Imparfait comme une ébauche de fleur,

il est déjà couvert de la poussière du monde,

comme d’une farine.

Son produit n’est pas de bon pain blanc,

mais de croissant de lune.

 

Liberté

J’étais champ de décombres, je suis un champ de blé.

La mémoire des combats et les blessures au front

ensemencent mes plaies, je ne suis qu’un sillon.

Les moissons à venir vous diront ma revanche.

La vie coule de mes veines, et irrigue mon chant.

Sur les ruines des batailles, j’ai construit ma maison,

dans le fond des tranchées assis mes fondations.

Du feuillage de mes branches j’ai réchauffé les miens.

Et enfin de ma sève dans un coin de jardin.

J’ai signé l’armistice avec ma part de l’autre.

Et si la nuit réveille ma crainte de l’ennemi,

si la douleur m’aiguille tapie dans les ténèbres,

j’ai survécu. J’ai fait la paix avec moi-même.

Seuls au ciel les corbeaux connaissent ma destinée.

J’en ai fini avec la culpabilité.

 

Légèreté

Poussé par le hasard de destins en déroutes,

j’ai couru les chemins de l’exil sur la terre,

et foulé les déserts pour revenir à toi.

Ma Méditerranée, jusqu’à la dernière goutte,

le sel de tes larmes sera ma patrie, la mer.

Je ne suis qu’une plume emportée par le vent,

je veux être ta course et ton essoufflement.

Je serai légèreté et si tu penses à moi,

que jamais en mon nom pierre ne soit baptisée.

Je veux être ce vent qui vivant m’a porté.

Et si la pesanteur doit encore me lester,

si par-delà ma vie je dois encore peser,

quand je serai poussière de grâce épargnez-moi

une sombre demeure, je veux n’être que sable

soulevé par la brise, et bercé par les vagues.

 

Terrasse

Au soir sera conté ce qui reste d’aimer,

les horizons tout neufs au regard qui s’efface,

de l’amertume ancienne aux plaisirs du café,

et des instants infimes la culture en terrasse.

 

Ici et las

Ma place était l’ailleurs, j’étais de nulle part.

Je rêvais de voyages, et jamais d’arriver.

Je ne sais maintenant quels chemins emprunter

pour sentir à nouveau l’ivresse du départ.

Je suis d’un peu partout, d’avoir trop voyagé,

où que j’aille, je reviens, au revers du décor.

Mes Illiades ne sont plus qu’une seule Odyssée

dont je connais trop bien et la route et le port.

Je n’ai plus de saisons qu’un pays pour chacune,

je n’ai de compagnie que ma ligne aérienne,

j’ai perdu mon amour et au clair de la lune,

je n’ai de souvenir que ta main dans la mienne.

  

Poète, nouvelliste, scénariste et dramaturge, Jean-Pierre Martinez a écrit une soixantaine de comédies pour le théâtre, régulièrement montées en France et à l’étranger. 

 

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