| Like a fish in the air – Como un pez en el aire – Como um peixe no ar |
Journal intime d’un comique ordinaire
Monologues poétiques, psychanalytiques et néanmoins humoristiques
La vie, ce n’est pas la mer à boire, mais on s’en fait souvent une montagne. De ces montagnes à l’envers que sont les gouffres les plus profonds et qui, alimentés par des cascades de rires et des torrents de larmes, en reviennent encore et toujours à la mer. Sans être philosophe, et sans s’allonger sur le divan d’un psy, à nos moments perdus, chacun d’entre nous s’interroge sur le sens de la vie. En tout cas le sens de la sienne. L’existence ordinaire d’un être qu’on voudrait moins banal. À travers ces monologues croisés qu’on appelle dialogue, nous nous posons ainsi de petites questions sans grandes réponses. Ou même de grandes questions sans un petit début de réponse. À moins que le train train quotidien ne vienne soudain à dérailler pour nous précipiter, pris de vertige, au bord du vide insondable du sens. Comme le décrit Freud dans son célèbre essai « Psychopathologie de la vie quotidienne », c’est à partir d’un simple coq à l’âne qu’un fond tourmenté peut remonter à la surface, pour laisser entrevoir entre les vagues, tel un monstre marin, un sens interdit… qui constitue l’essence tragi-comique de nos existences ordinaires.
Ce texte est offert gracieusement à la lecture. Avant toute exploitation publique, professionnelle ou amateur, vous devez obtenir l’autorisation de la SACD.
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Festival d’Avignon Off 2018
INSOMNIA, la chanson. Paroles et Musique Jean-Pierre Martinez
PERSONNE, la chanson. Paroles et Musique Jean-Pierre Martinez
LE BON TEMPS, la chanson. Paroles et Musique Jean-Pierre Martinez
Utilisation possible de ces chanson dans le cadre d’une mise en scène, sur simple demande à l’auteur et sans supplément de droits. Fichier sur demande mais seulement après avoir obtenu l’autorisation de la SACD pour ce qui est de l’utilisation du texte de la pièce.
Ces chansons peuvent aussi être interprétées en live par les comédiens de la pièce ou par des chanteurs, accompagnés par des musiciens présents sur scène, ou chantant sur une version d’accompagnement instrumentale enregistrée, fournie sur demande par l’auteur.
Nous vous invitons à découvrir l’ensemble du répertoire des chansons de Jean-Pierre Martinez sur son site dédié.
7 – Il était une dernière fois
8 – Définition de l’amour (par défaut)
15 – Notre père qui êtes en nous
Le vertige comique d’être au monde
Comme un poisson dans l’air réunit vingt-trois monologues dans lesquels un individu apparemment ordinaire tente de comprendre ce qu’il fait là — sur scène comme dans l’existence. Une insomnie, un trajet en voiture, une séance chez le psy, une conversation sur l’amour ou un simple souvenir de voyage suffisent à déclencher une réflexion qui déborde rapidement son point de départ. Il ne s’agit pas de proposer des réponses philosophiques, mais de donner à entendre une conscience en mouvement, cherchant un sens à sa vie tout en doutant qu’il puisse réellement en exister un.
L’écriture avance par associations d’idées, glissements de sens et rapprochements inattendus. Une expression familière est prise au pied de la lettre, une anecdote quotidienne ouvre soudain sur l’infini, puis une plaisanterie ramène brutalement la pensée à sa trivialité. Le ménage conduit ainsi à une théorie politique, une boule à neige devient un modèle réduit de l’univers et une panne de projection une métaphore de l’existence. Cette pensée digressive semble toujours sur le point de perdre le fil, mais ses détours dessinent peu à peu une cohérence secrète. Le rire naît précisément de ce passage incessant du dérisoire au métaphysique.
Derrière l’humour se révèle une inquiétude constante : comment habiter un monde auquel on ne se sent pas tout à fait adapté ? Le titre détourne l’expression « comme un poisson dans l’eau » pour évoquer un être privé de son élément naturel, condamné à chercher l’air qui lui permettra de respirer. Les monologues interrogent ainsi l’identité, le vieillissement, l’amour, la solitude, la mort, Dieu, les inégalités sociales et la mémoire. Le voyage y occupe une place centrale, mais il conduit rarement vers une destination certaine. On roule pour retarder l’arrivée, on traverse le monde pour manquer un rendez-vous, on tente de revenir vers une origine qui n’existe peut-être que dans le récit que l’on s’en fait.
La forme du monologue transforme le public en partenaire silencieux. Selon les textes, il devient psychanalyste, auto-stoppeur, classe d’élèves, assemblée de citoyens ou simple confident. La parole solitaire prend ainsi la forme paradoxale d’un dialogue : le personnage questionne les spectateurs, devine leurs réactions et utilise leur silence pour relancer sa propre pensée. Le dernier texte donne à l’ensemble une résonance plus intime en faisant de l’écriture une patrie et du retour vers soi une odyssée. Parti de la crainte de n’être personne, le locuteur finit par se reconnaître comme « l’auteur de ses jours ». Entre ces deux points, Comme un poisson dans l’air transforme le désarroi existentiel en matière théâtrale : une manière de rire de l’absurde pour parvenir malgré tout à respirer.




