Deux personnages. L’un s’approche de l’autre avec un petit bouquet.
Un – Voilà, en témoignage de mon amour, je t’offre ce modeste bouquet…
Deux – Ah oui… Modeste, tu peux le dire…
Un – Tu connais la chanson : L’amour est un bouquet de violettes.
Deux – Non, d’accord, mais… Tu l’as trouvé où, ce bouquet ?
Un – Et bien… Je l’ai cueilli dans la forêt… C’est la saison des violettes.
Deux – La saison des violettes ? D’accord… Donc en fait, tu ne l’as pas acheté, ce bouquet. Tu l’as ramassé dans la forêt…
Un – Oui, enfin…
Deux – Donc, il ne t’a rien coûté, en fait.
Un – Il m’a coûté deux heures d’embouteillage pour revenir de la forêt de Rambouillet.
Deux – Ouais, bon, on ne va pas jouer sur les mots. Il ne t’a rien coûté.
Un – Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a aucune valeur.
Deux – Ah oui ?
Un – Je pourrais le revendre.
Deux – Le revendre ? Ça se vend, les bouquets de violettes ?
Un – En tout cas, quand c’est la saison, il y a toujours des Roumains qui en vendent près des bouches de métro.
Deux – Et combien tu crois pouvoir en tirer, de ton bouquet de violettes ?
Un – Je ne sais pas… Eux ils les vendent deux euros…
Deux – Tu a l’air vachement au courant des prix, dis donc. Tu ne l’aurais pas acheté à des Roumains, ton bouquet de violettes ?
Un – Qu’est-ce que ça change ? Ça vient toujours de la forêt !
Deux – Deux euros ?
Un – En fait, c’était des bouquets tout petits. J’en ai acheté deux. Pour que la botte soit plus grosse.
Deux – La botte ? Non mais tu aurais dû m’offrir une botte de radis, plutôt. Au moins, j’aurais pu les bouffer !
Un – Certes, mais… L’amour n’est pas une botte de radis… En tout cas ce n’est pas ce que dit la chanson.
Deux – Putain, un bouquet de violettes. Achetés deux euros à des Roms.
Un – En tout, ça fait quatre euros…
Deux – À des Roms !
Un – Je me suis dis qu’en même temps, je ferais une bonne action…
Deux – Tu ne t’es pas dit plutôt que tu économiserais le prix d’un vrai bouquet, acheté chez un vrai fleuriste hors de prix ?
Un – Oui, peut-être un peu, aussi… Je me suis dis qu’avec la différence, je pourrais t’inviter dans un bon resto…
Deux – Un bon resto ? C’est quoi, un bon resto pour toi ? La dernière fois que tu m’as invité au resto, c’était chez Burger King !
Un – Eh, oh ! Ça va bien, maintenant ! Tu sais que je pourrais aussi l’offrir à quelqu’un d’autre, ce bouquet de violettes ! Quelqu’un qui saurait davantage en apprécier le prix…
Deux – Deux euros.
Un – Quatre !
Deux – Le prix d’une grande portion de frites chez Burger King.
Un – Non mais tu ne penses qu’à bouffer, ma parole !
Deux – Ah ouais ? Bon, ben tu sais ce que j’en fais, de ton bouquet de violettes ?
Il arrache le bouquet des mains de l’autre, et se met à manger les violettes en les prenant une par une comme dans un cornet de frites.
Deux – Tu en veux ?
Un – C’est bon ?
Deux – C’est mangeable.
Il lui tend le bouquet et l’autre prend quelques violettes qu’il porte à sa bouche.
Un – Merci.
Deux – De rien.
Ils mastiquent tous les deux. Noir