Comme un téléfilm de Noël… en pire

Une comédie de Jean-Pierre Martinez

10 ou 11 comédiens

10 : 6H/4F ou 5H/5F ou 4H/6F
11 : 7H/4F ou 6H/5F ou 5H/6F ou 4H/7F

Kimberley a hérité de sa grand-mère la recette secrète de ses fameux cookies. À la veille de Noël, avec sa meilleure amie Jennifer, Kimberley s’apprête à ouvrir un salon de thé au pied de l’immeuble où habitait Mamy Yoyo. Un projet qui lui tient à cœur, dans lequel elle a investi toutes ses économies. Mais un promoteur sans scrupule est prêt à tout pour racheter sa boutique, afin de raser le bâtiment pour construire à la place une résidence de luxe. Kimberley parviendra-t-elle à surmonter ces épreuves, et à trouver enfin l’amour ? Un vrai scénario de téléfilm de Noël… en pire.

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Téléfilm

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Comme un téléfilm de Noël… en pire !

Le pire scénario de Jean-Pierre Martinez

 

Les 11 personnages 

Kimberley : l’héroïne
Jennifer : la bonne copine
Cindy : la rivale garce
Kevin : le fiancé officiel
Brian : l’improbable soupirant
Georges: le père bienveillant
Samantha : la mère abusive
William : le facteur
Podevin : le (ou la) promoteur
Ramirez : l’inspecteur (ou l’inspectrice)
Sanchez : l’enquêteur (ou l’enquêtrice)

Les rôles de Sanchez et de Georges peuvent être interprétés par un même comédien.
Les rôles du promoteur et des deux policiers sont indifféremment masculins ou féminins.

Distributions possibles

à 10 comédiens : 6H/4F ou 5H/5F ou 4H/6F
à 11 comédiens : 7H/4F ou 6H/5F ou 5H/6F ou 4H/7F

***

Un salon de thé, façon bonbonnière, avec pour l’heure une seule table et trois chaises. Dans un coin, un sapin décoré. On entend une musique de Noël plutôt kitch. Cette comédie étant un pastiche des téléfilms de fin d’année dans ce qu’ils ont de plus caricatural, tout dans le décor et les costumes évoque un univers de romance populaire. Les comédiens pourront surjouer, surtout lorsqu’il s’agit de débiter les phrases toutes faites constituant l’essentiel des dialogues de ce genre de nanars. Kimberley entre, monte sur un tabouret, et parachève la décoration du sapin en fixant une énorme étoile à son sommet. Jennifer arrive. La musique s’arrête.

Jennifer – Alors ça y est ? C’est le grand jour !

Kimberley – Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit…

Jennifer – Moi non plus.

Kimberley – Le trac avant la première, comme moi…

Jennifer – Oui… et aussi le type avec qui j’ai passé la nuit.

Kimberley – Ah oui…

Jennifer – Un Italien que j’ai rencontré hier soir…

Kimberley – Tu vas le revoir ?

Jennifer – C’est un livreur de pizzas… Il suffit de téléphoner… Je te passerai le numéro, si tu veux… Je t’assure que pour le prix d’une quatre fromages… tu n’es pas déçue.

Kimberley – D’accord…

Jennifer aperçoit le sapin.

Jennifer – Oh mon Dieu, il est vraiment magnifique !

Kimberley – Dommage que Mamy Yoyo ne puisse pas le voir cette année.

Jennifer – Un an déjà que ta grand-mère nous a quittées. J’ai l’impression que c’était hier…

Kimberley – Et pourtant, c’était il y a exactement 365 jours.

Jennifer – C’est dingue… alors tu as compté les jours.

Kimberley – Oui, enfin… Un an, quoi…

Jennifer – Le 25 décembre…

Kimberley – Dans la nuit du 24 au 25 en tout cas. On l’a trouvée là au petit matin, toute bleue, affalée au pied du sapin.

Jennifer – Au milieu des paquets déposés pendant la nuit par le Père Noël… Tu parles d’un cadeau… On n’a jamais vraiment su ce qu’il s’était passé…

Kimberley (montrant l’étoile en haut de l’arbre) – Elle serrait encore dans sa main l’étoile qu’on a l’habitude de fixer en haut du sapin…

Jennifer – Et il y avait un tabouret renversé à ses pieds.

Kimberley – Elle aura glissé, en voulant raccrocher cette étoile tombée du ciel.

Jennifer – Ou alors… elle voulait se pendre au fil de la guirlande électrique, et le sapin n’aura pas résisté à son poids. Noël, c’est tellement déprimant.

Kimberley – Et puis sur la fin, elle pesait quand même dans les deux cents kilos…

Jennifer – Et dire qu’à vingt ans, elle avait été Miss Picardie.

Kimberley – Miss Pas-de-Calais. Miss Picardie, c’était moi.

Jennifer – J’espère que tu ne finiras pas comme elle…

Kimberley – Obèse, tu veux dire ?

Jennifer – Ou pendue… Quoi qu’il en soit, au lieu de cette comète, c’est elle qui s’est écrasée par terre. Heureusement qu’il n’y avait personne en dessous…

Kimberley – Tu ne peux pas savoir ce que je m’en veux…

Jennifer – Mais enfin, tu n’y es pour rien !

Kimberley – Si j’avais mieux accroché cette putain d’étoile…

Jennifer – Je suis sûre qu’aujourd’hui Mamy Yoyo est remontée au ciel, et qu’elle nous regarde de là-haut.

Kimberley – Je ne sais pas si elle approuverait mes projets…

Jennifer – J’en suis certaine. Elle adorait nous régaler tous de ses fameux cookies.

Kimberley – Ils sont tellement bons.

Jennifer – Et tellement nourrissants…

Kimberley – C’est vrai… Depuis qu’elle est morte, je n’ai pas seulement perdu une grand-mère… J’ai aussi perdu cinq kilos…

Jennifer – Ouvrir ce salon de thé, ce sera l’occasion de faire connaître les cookies de Yolande dans toute la ville. Et pourquoi pas dans tout le pays !

Kimberley – Mais j’y pense… Je cherchais encore un nom pour notre établissement… Et pourquoi pas tout simplement : « Les cookies de Mamy Yoyo » ?

Jennifer – Quelle merveilleuse idée ! Ce sera une façon de rendre hommage à ta grand-mère, qui t’a légué avant de mourir la recette secrète de ses célèbres biscuits.

Kimberley – Heureusement, elle m’a aussi légué ce petit appartement en rez-de-chaussée, dans un quartier qui devient très à la mode.

Jennifer – Un logement insalubre dont nous allons faire le salon de thé le plus chic de tout Beauconville.

Kimberley – J’espère qu’on va y arriver… Parce que j’ai investi toutes mes économies pour refaire la déco.

Jennifer – La vie, c’est comme le Père Noël, Kimberley ! Ou la petite souris. Il suffit d’y croire pour qu’elle nous apporte des cadeaux et de l’argent.

Kimberley – Tu as raison ! J’ai juste besoin d’un peu d’encouragement de temps en temps, quand j’ai un petit coup de pompe…

Jennifer – Bien sûr ! Tu ne peux pas te contenter de siffler du whisky en cachette…

Kimberley – Parfois, j’aimerais pouvoir compter un peu plus sur le soutien de Kevin. On est fiancés, tout de même…

Jennifer – Il ne faut pas trop lui en vouloir. Il a son travail lui aussi. Mais je suis là pour t’aider, Kimberley.

Kimberley – Je sais… Depuis la maternelle, tu as toujours été ma meilleure amie. Sans toi, je n’aurais jamais eu la force de me lancer dans une telle aventure.

Jennifer – Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné l’occasion de rebondir, Kimberley. La vie n’a pas été facile pour moi, depuis que je suis sortie de prison… Et si tu n’avais pas eu la gentillesse de payer ma caution, je serais encore derrière les barreaux…

Kimberley – Tu me rembourseras petit à petit avec tes premiers salaires.

Jennifer – Tu vas réussir, j’en suis sûre. Tu as toujours tout réussi, dans ta vie ! Tandis que moi…

Kimberley – Oui… Mais pour y arriver, il faut que je puisse racheter la boutique d’à côté, pour nous agrandir un peu. Ici, c’est beaucoup trop petit…

Jennifer – Le magasin de fleurs ! Il est au bord de la faillite ! La fleuriste a accepté de te le revendre à bon prix, et tu viens de signer le compromis.

Kimberley – Oui… mais je n’ai pas encore la réponse de la banque pour le crédit…

Jennifer – Je suis sûre que ça va aller. On va faire un tabac !

Kimberley – Un tabac…? Je pensais plutôt à un salon de thé…

Jennifer – Un tabac ! Un méga succès, si tu préfères…

Kimberley – Ah oui… Je me disais aussi… Un bureau de tabac… En tout cas, pour l’instant, les clients ne se bousculent pas.

Jennifer – On est supposées ouvrir à huit heures, et il n’est que huit heures moins cinq. Ne sois pas aussi inquiète !

Kimberley – Tu as raison, il faut que je me calme. Je n’ai pas dormi de la nuit, mais au moins, je n’ai pas perdu mon temps. Les cookies sont encore chauds. J’en ai fait plus de mille !

Jennifer – Mille ?

Kimberley – Tu crois que c’est trop ?

Jennifer – Si on a dix clients dans la journée et qu’ils en prennent cent chacun…

Kimberley – Ou alors cent clients, et qu’ils en prennent dix…

Jennifer – Ou alors cinquante clients et qu’ils en prennent… Combien ils doivent en prendre dans ce cas-là ?

Kimberley – Attends, je sors ma calculette, parce que tu sais, moi, les chiffres…

On entend le tintement de la clochette fixée à la porte d’entrée pour signaler l’arrivée d’un client.

Jennifer – Ah… Voilà ton premier client !

Entre Brian, homme jeune au physique avantageux, mais portant des vêtements visiblement trop grands pour lui.

Kimberley – Oh mon Dieu ! Et rien n’est encore prêt…

Jennifer – Allons, calme-toi. Il suffit de lui servir une tasse de café… et de lui demander s’il accepte les cookies.

Kimberley – Notre premier client ! Il faut tout faire pour le satisfaire…

Jennifer (émoustillée) – Tout ? Vraiment ?

Kimberley – Je n’ai même pas eu le temps de me coiffer.

Jennifer – Tu veux que je m’en occupe ?

Kimberley – Non… C’est à moi de le faire.

Elle fait un effort sur elle-même pour se calmer, met un peu d’ordre dans ses cheveux, bombe la poitrine, et s’avance vers Brian.

Brian – Bonjour.

Kimberley – Bienvenue dans notre modeste salon de thé… appelé à devenir dans les années qui viennent une chaîne internationale franchisée, sous le nom de… « Les cookies de Yoyo ».

Brian (pris de court) – Merci… Je… Je peux avoir un café ?

Kimberley – Bien sûr. Souhaitez-vous quelque chose pour accompagner votre café ?

Brian – Non, merci, ça ira… Je suis un peu pressé…

Kimberley – Vous n’allez pas partir sans goûter les cookies de Yolande…

Brian – Vous vous appelez Yolande ?

Kimberley – Non… Yolande est décédée, hélas.

Brian – J’espère que ce n’est pas après avoir consommé un de ces fameux cookies…

Kimberley – C’était ma grand-mère… Elle s’est pendue au sapin… Je veux dire… C’était un accident. Enfin, je crois…

Brian – Je suis vraiment désolé…

Kimberley – Ne vous excusez pas, vous n’y êtes pour rien… Tant que la police n’aura pas prouvé le contraire, en tout cas… Alors ?

Brian – Pardon ?

Kimberley – Vous avez une préférence, pour les cookies ? Nous avons plus de trente parfums différents… (Sur le ton de la confidence) Mais rassurez-vous, ils contiennent tous du chocolat…

Brian – C’est-à-dire que…

Kimberley – Très bien. Cadeau de la maison. Vous ne paierez que le café…

Brian – Vraiment ?

Kimberley – Nous venons d’ouvrir, vous êtes mon premier client. (Se redressant pour mettre son généreux décolleté en avant) Considérez ça comme une offre de lancement…

Brian – Dans ce cas… Je vous laisse choisir le parfum… Puisqu’ils sont tous au chocolat…

Kimberley sourit et s’éloigne pour préparer la commande.

Kimberley – Alors, j’étais comment ?

Jennifer – Très sobre…

Kimberley – OK, j’en ai fait un peu trop…

Jennifer – On peut attendre un peu avant de dévoiler notre stratégie à l’international. Pour l’instant on n’a qu’une seule table…

Kimberley – Tu le connais, ce type ?

Jennifer – Non…

Kimberley – Sa tête me dit vaguement quelque chose… C’est le corps qu’il y a en dessous qui ne me dit rien…

Jennifer – C’est vrai qu’il est habillé comme un sac… En tout cas, ce n’est pas quelqu’un de Beauconville. Je l’aurais remarqué…

Kimberley – Ah oui ?

Jennifer – Il est quand même pas mal fait de sa personne.

Kimberley – Oui…

Jennifer – Tu n’as pas remarqué ?

Kimberley – Je te rappelle que je suis fiancée…

Jennifer – Ça n’empêche pas d’avoir des yeux ! Ce n’est pas parce qu’on a déjà un gâteau sec à la maison, qu’on ne peut pas s’émerveiller devant la vitrine d’une pâtisserie…

Kimberley – Vas-y toi… Ça te changera des livreurs de pizza…

Jennifer – Oui… mais visiblement, ce n’est pas moi qui l’intéresse…

Kimberley – Je me demande ce qu’il peut bien faire ici.

Jennifer – Tu n’as qu’à lui demander.

Kimberley – Enfin, Jennifer… Ce serait indiscret.

Kimberley sert Brian.

Brian – Merci…

Kimberley – Celui-là est au gingembre. D’après ma grand-mère, c’est aphrodisiaque. Vous m’en direz des nouvelles… Bonne dégustation…

Kimberley revient vers Jennifer.

Jennifer – Bonne dégustation…?

Kimberley – En tout cas, il a l’air de les apprécier. Mamy avait raison quand elle disait que le gingembre, c’est aphrodisiaque. Regarde, il a l’air beaucoup plus souriant qu’en arrivant…

Brian lance un regard vers Kimberley avec un large sourire.

Jennifer – Oui… C’est limite s’il ne bave pas en te regardant… Tu es vraiment sûre de savoir ce que veut dire le mot « aphrodisiaque ».

Kimberley – Comme un gros pétard ? Qui redonne le sourire…

Jennifer – Un gros pétard ? Tu veux dire un joint ?

Kimberley – Oui, aussi…

Jennifer – Je crois que tu confonds aphrodisiaque avec euphorisant.

Kimberley – Ah oui ? (Regardant sa montre) Oh mon Dieu, il faut que je rappelle la banque… Je te laisse t’occuper de lui. Sois aimable, mais essaie de garder une certaine distance, si tu vois ce que je veux dire…

Elle sort. Jennifer s’approche de Brian.

Jennifer – Alors comme ça… vous acceptez les cookies.

Brian – Ma mère m’a toujours dit de refuser les petites gâteries de la part d’une inconnue. Mais la serveuse est tellement charmante.

Jennifer – Kimberley est la patronne de cet établissement.

Brian – Et apparemment, elle ne manque pas d’ambition.

Jennifer – Ici c’est trop petit. Il va falloir qu’on s’étende.

Brian – À l’international, donc…

Jennifer – On va commencer par le local d’à côté. Ça nous permettra déjà de mettre une ou deux tables de plus.

Brian – Méfiez-vous. Hitler a commencé par envahir la Pologne, et regardez où ça nous a menés…

Jennifer – C’est un projet qui nous tient à cœur. Pour elle comme pour moi, ce sera un nouveau départ.

Brian – Un nouveau départ, vraiment…?

Jennifer – Je sors de taule.

Brian – Tiens donc… Pourtant à vous voir, comme ça… On vous donnerait le bon Dieu sans confession…

Jennifer – Je me suis mariée très jeune, et je n’ai pas choisi la bonne personne.

Brian – Ça arrive, malheureusement.

Jennifer – Il m’a raconté qu’il était commercial. Quand je me suis aperçue que c’était de l’héroïne qu’il commercialisait, c’était déjà trop tard.

Brian – Vous étiez déjà accro…

Jennifer – Surtout, j’étais déjà en cloque. La police a perquisitionné chez nous. Ils ont trouvé de la drogue dans un pot de lait maternisé.

Brian – Mais c’est affreux…

Jennifer – Je suis en liberté conditionnelle. J’ai un bracelet électronique. Vous voulez le voir ?

Elle lui montre le bracelet qu’elle porte à la cheville.

Brian – Je vous conseille de ne pas montrer ça à n’importe qui… Moi j’ai plutôt l’habitude des bars louches. Mais ça pourrait effrayer la clientèle d’un salon de thé…

Kimberley revient.

Kimberley – Tout va bien ?

Brian – Oui, oui… Je bavardais avec…

Jennifer – Jennifer. Et vous, c’est quoi votre petit nom ?

Brian – Brian.

Jennifer – Et qu’est-ce qui vous amène dans le coin, Brian ?

Kimberley la fusille du regard.

Brian – Un rendez-vous de travail. Je suis architecte.

Jennifer – Architecte ?

Brian – Je conçois des maisons, des immeubles, des bureaux…

Jennifer – En tout cas, vous aussi vous avez l’air de voir grand… surtout pour la taille de vos vêtements.

Kimberley (pour changer de sujet) – Et alors, ces cookies ? Ça vous a plu ?

Brian – Excellent, vraiment. Mais je crains qu’après en avoir mangé quelques-uns, je ne puisse plus m’en passer. C’est une drogue dure, non ? (Il lance un regard embarrassé à Jennifer.) Je veux dire… Je crains que ce ne soit très addictif…

Jennifer (aguicheuse) – Je vous laisse. J’ai à faire à la cuisine… Alors à bientôt ! Puisque vous ne pouvez déjà plus vous passer de nous…

Jennifer sort.

Kimberley – Elle voulait dire de nos cookies, bien sûr.

Brian – C’est vrai que c’est une personne très attachante.

Kimberley – Vous voulez dire un peu collante, j’imagine.

Brian (regardant sa montre) – Il faut vraiment que je file… Mais je vous promets qu’on se reverra.

Kimberley – Avec plaisir.

Il se lève pour partir.

Brian – En fait, j’ai habité dans le coin pendant quelques années. Il y a très longtemps.

Kimberley – À Beauconville ?

Brian – Oui… À Beauconville. Et vous ?

Kimberley – J’y suis née.

Brian – Qui sait… Nous nous sommes peut-être déjà rencontrés…

Kimberley – En tout cas, je n’en ai pas le souvenir. Et donc vous…

Brian – Après le lycée, je suis allé tenter ma chance ailleurs.

Kimberley – Remarquez, je comprends. Vous savez ce qu’on dit des habitants de Beauconville…

Brian – Non…

Kimberley – Beauconvillois, beaux et cons à la fois !

Brian – Il faut croire que je n’étais ni assez beau ni assez con pour faire mon trou dans un trou pareil.

Kimberley – Bon… Alors à bientôt !

Brian – Je reviendrai goûter à ces délicieux biscuits aphrodisiaques.

Brian lui fait un petit signe d’adieu. Kimberley lui répond d’un sourire poli. Il part. Samantha, la mère de Kimberley, arrive. Elle est vêtue dans le style BCBG, et tout dans son attitude respire le snobisme.

Samantha – Eh ben… Ça ne se bouscule pas, on dirait, pour un jour d’inauguration…

Elles s’embrassent plutôt froidement.

Kimberley – Bonjour maman. Papa n’est pas avec toi ?

Samantha – Il est en train de garer la Mercedes. Il faut dire que dans le quartier, pour trouver une place… Il faudra prévoir un service de voiturier.

Kimberley – C’est un salon de thé, maman ! Pas un restaurant étoilé…

Samantha – C’est qui, ce beau jeune homme si mal habillé qui vient de sortir d’ici ?

Kimberley – Mon premier client.

Samantha – Ma pauvre chérie… Une femme du monde comme toi, encore célibataire, ne devrait pas avoir de clients… Seulement des prétendants. Tu es vraiment sûre de vouloir tenir un saloon ?

Kimberley – Un salon de thé, maman ! Pas un saloon… Et pourquoi pas ?

Samantha – Je suis baronne. J’ai hérité ce titre de mon père. Et c’est à toi que je le léguerai un jour.

Kimberley – Et alors ?

Samantha – Une baronne ne peut pas être serveuse, même dans un salon de thé ! Lorsqu’une baronne prend le thé, c’est elle qui se fait servir !

Kimberley – Grand-père était peut-être baron, mais Yolande, ta mère, était domestique, je te le rappelle. Avant d’épouser Papy…

Samantha – Épouser sa bonne… Je préfère ne pas parler de cette mésalliance…

Kimberley – Ne dis pas de mal de Yolande, s’il te plaît… J’aimais beaucoup ma grand-mère.

Samantha – Je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir infligé ce prénom…

Kimberley – Samantha ? C’est très joli.

Samantha – Pour une roturière, peut-être, mais la Baronne Samantha de Casteljarnac, tu avoueras…

Kimberley – Toi aussi, tu as épousé un roturier, je te signale.

Samantha – Au moins ce n’était pas mon domestique…

Kimberley – C’était ton garagiste !

Samantha – Oui… Mais lui, il avait de l’argent !

Kimberley – Et il payait pour les réparations de la Déesse…

Samantha – Quand tu dis les réparations de la déesse, tu parles bien de la voiture que j’avais à l’époque ?

Kimberley – C’est vrai qu’il payait aussi pour tes opérations de chirurgie esthétique…

Samantha – Que veux-tu…? Il fallait bien redorer le blason de la famille. Pour t’offrir une éducation convenable et te permettre de faire des études décentes. Tout ça pour qu’aujourd’hui…

Georges, son père, arrive. Il est habillé de façon beaucoup plus ordinaire, et son attitude générale rappelle ses origines populaires.

Georges – Bonjour Kimberley !

Samantha – En tout cas, si toi non plus tu n’aimes pas ton prénom, sache que c’est ton père qui l’a choisi…

Kimberley – Bonjour papa.

Kimberley et son père s’embrassent de façon beaucoup plus chaleureuse.

Georges – Chapeau, c’est magnifique. Bravo pour la déco. On ne reconnaît plus du tout l’appartement de Mamy Yoyo.

Samantha – Heureusement, c’était un taudis…

Kimberley (à son père) – Merci. Jennifer m’a beaucoup aidée.

Georges – Alors, comment se présente le bébé ?

Samantha – Le bébé ? Quelle horreur ! Ne me dis pas que je vais être grand-mère ! Pas à mon âge…

Georges – Mais non ! Le bébé… Je parlais de cette première journée ! De l’inauguration de ce salon de thé. Comment ça se passe ?

Kimberley – Pour l’instant, tu sais, on est plutôt en phase de test.

Samantha – Oui, avec une seule table… Il vaut mieux ne pas avoir deux clients à la fois…

Kimberley – On fait aussi la vente à emporter.

Georges – Je suis sûr que tu vas faire un malheur, avec les cookies de Mamy Yoyo. Moi aussi, je les adorais…

Samantha – Pour l’instant, elle fait déjà le malheur de sa mère… Tu ferais mieux de te trouver un mari.

Georges – Je te rappelle qu’elle a déjà un fiancé…

Kimberley – Maman, on est au vingt-et-unième siècle !

Samantha – Oui, et c’est bien dommage. De mon temps, les femmes du monde n’avaient pas besoin de travailler. Et apparemment, ce n’est pas ton expert-comptable qui va pouvoir t’entretenir. D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas ton argent qui l’intéresse…

Kimberley – Mon argent ?

Samantha – Disons ton héritage, alors.

Kimberley – Oui, pas ma dot en tout cas.

Georges – Que veux-tu ? Les temps changent, Samantha. Il faut bien vivre avec son époque. Je trouve ça très bien que notre fille crée sa propre entreprise. Tu ne voudrais pas qu’elle soit obligée d’épouser un garagiste, comme toi… ou de se marier avec son patron, comme ta mère.

Samantha – Bon, de toute façon, on passait juste en coup de vent.

Georges – Enfin, Samantha, nous n’allons pas repartir sans avoir goûté aux cookies de Yoyo. Ou plutôt aux cookies de Kimberley, car je suis sûr que tu as ajouté ta touche personnelle, n’est-ce pas ?

Kimberley lui répond par un sourire complice.

Samantha – Bon, d’accord, mais alors vite fait.

Kimberley leur présente un plateau.

Georges – Merci ma chérie… Ils ont vraiment l’air très appétissants… Celui-ci est à quoi ?

Kimberley – Au gingembre. D’après Mamy, c’est aphrodisiaque. Ou tchécoslovaque, je ne sais plus. Moi tu sais, les mots compliqués…

Georges lui lance un regard surpris, mais prend un cookie en souriant. Samantha décline la proposition.

Samantha – Pas pour moi, merci. C’est vrai qu’ils sont très bons, mais pas pour la ligne. J’essaie de faire un peu attention… Et Georges, n’exagère pas toi non plus… Si tu ne veux pas devenir aussi énorme que ta défunte belle-mère.

Georges, qui s’apprêtait à en prendre un deuxième, se ravise. Richard, homme d’allure prospère, arrive.

Richard – Messieurs-dames…

Samantha – On va te laisser. Sinon ton deuxième client ne pourra pas s’asseoir…

Georges – Au revoir ma chérie.

Il lui glisse un billet dans la main.

Kimberley – Enfin, papa… C’est offert par la maison…

Georges – Pas question. Les affaires sont les affaires.

Samantha – Alors, tu viens, Georges ?

Georges – J’arrive…

Samantha et Georges sortent.

Kimberley – Bonjour. Je vous en prie, installez-vous ici, c’est notre meilleure table…

Richard regarde autour de lui, surpris de constater qu’il n’y en a pas d’autres.

Richard – Merci, mais… je ne suis pas venu pour consommer. Je voulais m’entretenir un instant avec vous.

Kimberley – M’entretenir ? Comme c’est joliment dit… Vous êtes journaliste, c’est ça ? Vous voulez faire un article sur l’ouverture de ce nouveau salon de thé ? Je serai ravie de répondre à tous vos désirs…

Richard – Vraiment ?

Kimberley – Je veux dire à toutes vos questions…

Richard – Je ne suis pas journaliste, je travaille dans l’immobilier.

Kimberley – D’accord… C’est au sujet du compromis que j’ai signé pour l’achat du local d’à côté. Je viens d’avoir ma banque au téléphone. Hélas, je n’ai pas encore de réponse définitive pour le prêt…

Richard – Je suis promoteur… Je suis venu vous proposer une affaire…

Kimberley – Je vous écoute…

Richard – Il y a quelques années, j’ai commencé à racheter tous les appartements de cet immeuble. Seule votre grand-mère a toujours refusé de me vendre le sien.

Kimberley – Et… pourquoi vouloir acheter tous ces appartements ? Plutôt vétustes, il faut bien le dire…

Richard – Je suis promoteur, je vous l’ai dit. J’ai un projet immobilier.

Kimberley – Un projet ?

Richard – Construire un autre immeuble à cet endroit. Beaucoup plus haut, bien sûr. Et beaucoup plus beau. Des appartements de standing.

Kimberley – Ce qui suppose de détruire celui-ci.

Richard – Cela va de soi.

Kimberley – Ça ne m’étonne pas que ma grand-mère ait refusé.

Richard – Mais votre grand-mère n’est plus là. Et je suis venu vous proposer de vous racheter cet appartement.

Kimberley – Il n’en est pas question.

Richard – Je tiens beaucoup à ce projet. Je peux vous offrir un bon prix. Supérieur à celui du marché.

Kimberley – Comme vous le voyez, j’ai moi aussi des projets pour ce lieu, que j’ai hérité de ma grand-mère. Et je viens de signer un compromis pour racheter le local d’à côté.

Richard – Je suis également prêt à vous dédommager si vous renoncez à racheter ce magasin de fleurs.

Kimberley – Cindy n’a pas voulu vous vendre son magasin non plus ?

Richard – Son affaire est en faillite. Je pensais qu’elle ne ferait pas de difficultés.

Kimberley – Vous attendiez qu’elle mette la clef sous la porte pour lui racheter son local contre une bouchée de pain.

Richard – Quoi qu’il en soit, j’ai appris trop tard qu’elle avait signé un compromis avec vous…

Kimberley – Et quel projet avez-vous pour ces deux locaux en rez-de-chaussée ?

Richard – Vous comprenez bien que pour un immeuble de standing, et vu le prix auquel nous escomptons louer ces espaces commerciaux, une grande chaîne nationale serait plus appropriée qu’un simple salon de thé à l’ancienne.

Kimberley – Une grande chaîne nationale ?

Richard – Starfucks est intéressé.

Kimberley – Starfucks ? Plutôt me passer sur le corps.

Richard – Ne me tentez pas.

Kimberley – Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Richard – En l’état, votre projet n’est pas viable. En acceptant mon offre, vous pourriez faire vous aussi une belle opération.

Kimberley – Je tiens beaucoup à ce salon de thé.

Richard – Si vous rêvez à ce point de tenir un café, je pourrais intercéder en votre faveur auprès de la direction de Starfucks. Je suis sûr qu’ils examineraient favorablement votre candidature pour la gérance de leur établissement à Beauconville.

Kimberley – Vraiment ?

Richard – Avec votre enthousiasme… et votre physique, je suis sûr que vous feriez très bien l’affaire. Évidemment, vous ne pourriez pas garder votre personnel… Ni vos cookies maison.

Kimberley – Jamais !

Richard – Réfléchissez. Pour vous, c’est une proposition inespérée.

Kimberley – C’est tout réfléchi.

Richard – Vous pourriez regretter un jour de ne pas avoir accepté mon offre.

Kimberley – C’est une menace ?

Richard – C’est un conseil d’ami.

Kimberley – Maintenant, je vous prie de sortir. Je vous préviens, je peux être capable de violence, et je suis ceinture jaune de judo.

Richard – Je vous laisse ma carte. Au cas où vous changeriez d’avis…

Il pose la carte sur la table et sort. Kimberley semble très perturbée. Arrive Kevin, bel homme à l’élégance austère.

Kevin – Tout va bien, ma chérie ? J’ai l’impression que tu viens de voir le diable.

Kimberley – Tu n’es pas loin de la vérité…

Kevin – Ta mère est passée ?

Kimberley – Pire…

Kevin – Pire ?

Kimberley – Un promoteur immobilier. Il veut racheter l’immeuble pour le raser, et construire des appartements de luxe à la place.

Kevin – Non ?

Kimberley – Il projette même d’ouvrir un Starfucks au rez-de-chaussée.

Kevin – Génial ! (Voyant à la tête de Kimberley que ce n’est pas la réponse qu’elle attendait) Enfin, je veux dire… Et qu’est-ce que tu lui as dit ?

Kimberley – Que je n’étais pas à vendre !

Kevin – Bien sûr, ma chérie… Enfin, tout dépend du prix…

Kimberley – Il s’est montré très insistant… Il m’a presque menacée.

Kevin – Ça ne m’étonne pas que cet emplacement attire les convoitises des promoteurs. Le quartier est en pleine rénovation.

Kimberley – C’est bien pour ça que je crois à notre projet.

Kevin (sceptique) – Les cookies de Yoyo…

Kimberley – Je sais que tu n’as jamais cru à mon idée, mais cette fois je te demande de me faire confiance, Kevin. Si tu m’aimes…

Kevin – Mais bien sûr que je t’aime ! On va se marier, non ?

Il la serre un instant dans ses bras pour la réconforter.

Kimberley – J’ai besoin que tu crois en moi, tu comprends ?

Kevin – Je crois en toi, Kimberley, mais on peut tout de même examiner calmement cette offre. Il t’a proposé combien, exactement ?

Kimberley – Je ne sais pas, je ne lui ai pas demandé. De toute façon, il est hors de question que j’accepte. Ce n’est pas une question d’argent. Comme dit papa, l’argent, il n’y a pas que ça dans la vie…

Kevin – Ça, c’est plus facile à dire pour quelqu’un comme ton père. Avec son garage, il est plein aux as. S’il pouvait nous donner un peu d’argent pour nous aider à nous installer…

Kimberley – Papa ne serait pas contre, j’en suis sûre. C’est ma mère qui ne veut pas que je me lance dans les affaires…

Kevin – Les affaires… À propos, la banque t’a donné une réponse, pour ton prêt ?

Kimberley – Non, pas encore.

Kevin – Sans ce prêt, ton projet n’est pas viable, tu le sais.

Kimberley – Tu parles comme un expert-comptable.

Kevin – Mais enfin, Kimberley… je suis expert-comptable !

Kimberley – Aujourd’hui, j’ai besoin du soutien de l’homme qui m’aime. Pas de l’avis de l’expert-comptable.

Kevin – C’est par mes conseils que je te soutiens, ma chérie. Et mon conseil, c’est de ne pas rater la proposition en or que vient de te faire ce promoteur. Ce serait une occasion pour nous de rebondir !

Kimberley – C’est en ouvrant ce salon de thé que je compte rebondir, Kevin.

Kevin – En le revendant, nous aurions assez d’argent pour que je puisse ouvrir mon propre cabinet d’expertise comptable.

Kimberley – Et moi ? Qu’est-ce que je deviens, dans tout ça ?

Kevin – Tu pourrais travailler pour moi ! Je veux dire, avec moi…

Kimberley – Pas question. Ce que j’aime, moi, c’est le contact avec les gens. Pas les chiffres. Et puis renoncer à ce projet, ce serait licencier ma meilleure amie.

Kevin – Jennifer ? Elle trouvera un autre job !

Kimberley – Pas avec son casier judiciaire, je t’assure…

Kevin – Quoi ? Jennifer a un casier judiciaire ?

Kimberley – En tout cas, elle a un bracelet de cheville. Et il n’a pas l’air de venir de chez le bijoutier du coin.

Kevin – Tu ne m’avais jamais parlé de ça ! Alors tu comptes ouvrir un coffee shop avec une repris de justice ?

Kimberley – Il n’y a pas que Jennifer… J’ai fait une promesse à ma grand-mère, il y a six mois.

Kevin – Ta grand-mère est morte il y a un an.

Kimberley – On peut aussi faire des promesses aux gens qui sont déjà morts.

Kevin – Des promesses qu’il est beaucoup plus facile de ne pas tenir…

Kimberley – Je lui ai juré que je ferai connaître ses merveilleux cookies dans le monde entier.

Kevin – Rien que ça…

Kimberley – Starfucks aussi a commencé avec une seule boutique.

Kevin – Tu es vraiment sûre de ça ?

Kimberley – Non… mais c’est tout ce qui m’est venu à l’esprit.

Kevin soupire.

Kevin – D’accord… On va essayer de trouver une solution. Ensemble… Mais là il faut que je retourne travailler. Parce que pour l’instant, j’ai encore un patron… Promets- moi tout de même de réfléchir à cette proposition…

Kevin sort, laissant Kimberley songeuse et déprimée. Brian revient.

Brian – Kimberley…?

Elle sursaute en l’apercevant.

Kimberley – Vous m’avez fait peur…

Brian – Si vous ouvrez un commerce, il faudra vous habituer à ce que des inconnus franchissent le seuil de cette porte de temps en temps.

Kimberley – Vous avez raison, c’est idiot.

Brian – D’ailleurs, nous ne sommes pas tout à fait des inconnus.

Kimberley – C’est vrai, vous êtes déjà passé tout à l’heure.

Brian – Nous nous connaissons depuis bien plus longtemps que ça.

Kimberley – Vraiment ?

Brian – Vous ne vous souvenez pas de moi ?

Kimberley – Je devrais…?

Brian – Je vous l’ai dit, j’ai habité cette ville il y a quelques années. Nous étions au collège ensemble !

Kimberley – Excusez-moi… On a sûrement beaucoup changé tous les deux…

Brian – Pas vous, je vous assure… Vous étiez déjà ravissante à l’époque, et vous êtes toujours aussi jolie…

Kimberley – Désolée, je ne me souviens pas de vous…

Brian – Ça ne m’étonne pas. À l’époque, je mesurais un mètre trente et j’avais un certain embonpoint.

Kimberley – Ah oui…? Mais quand vous dites un certain embonpoint…

Brian – On me surnommait Bouboule.

Kimberley (se souvenant tout à coup) – Bouboule !

Kevin – Je préférerais que ça ne s’ébruite pas trop… J’ai mis des années à me débarrasser de ce surnom ridicule…

Kimberley – C’est incroyable… En même temps… on n’était pas vraiment amis, si ?

Kevin – Je n’aurais jamais osé vous adresser la parole au collège. Nous deux, c’était plutôt… la Belle et la Bête.

Kimberley – Vous exagérez.

Kevin – En tout cas, ça m’a fait plaisir de vous revoir. Histoire de rompre le charme.

Kimberley – Rompre le charme ? Je serais presque déçue…

Kevin – Je me suis mal exprimé. Je veux dire… maintenant que j’ai enfin osé vous adresser la parole… je me sens… comme délivré d’un sortilège.

Kimberley – Tant mieux…

Kevin – Je vais devoir vous laisser. Mais je crois que nous aurons bientôt l’occasion de nous revoir.

Kimberley – Pourquoi pas ? Avec plaisir…

Brian s’en va. Cindy arrive. Elle est habillée de façon outrageusement sexy, et peut porter une perruque assez voyante, par exemple rousse.

Cindy – Salut !

Kimberley – Ah, bonjour Cindy.

Cindy – Alors comment ça se passe, cette première journée ?

Kimberley – C’est calme… Enfin pour ce qui est des clients… parce que pour le reste…

Cindy – Il faut le temps de te faire connaître. Mais je suis sûre que ça va marcher.

Kimberley – Tu crois ?

Cindy – On est amies depuis la maternelle, et tu as toujours tout réussi. Sauf tes études, c’est vrai… On te surnommait « la Reine du Lycée ».

Kimberley – La Reine du Lycée…? Je ne savais pas…

Cindy – Ah si… Il y avait même eu un vote à bulletin secret. Je m’en souviens encore, je n’avais pas recueilli une seule voix sur 437 votants…

Kimberley – Tu n’avais même pas voté pour toi ?

Cindy – Seuls les garçons avaient le droit de vote, évidemment. C’était eux qui avaient organisé ce plébiscite.

Kimberley – Je suis vraiment désolée…

Cindy – Et puis ensuite, tu as été élue Miss Pas-de-Calais.

Kimberley – Miss Picardie. Miss Pas-de-Calais, c’était ma grand-mère.

Cindy – Tu aurais même pu faire une carrière de mannequin.

Kimberley – Tu vois… Finalement, je n’aurais pas tout réussi.

Cindy – Pour moi, rien n’a changé, malheureusement… J’ai ouvert mon magasin de fleurs il y a trois ans, et aujourd’hui, je dois mettre la clef sous la porte… Si tu ne m’avais pas proposé de le racheter…

Kimberley – Ça n’a pas toujours été facile pour moi non plus, tu sais. Etre la plus belle fille du lycée, c’est un boulot à plein temps. Du coup, j’ai raté mon bac trois années de suite…

Cindy – Tu avais tous les garçons à tes pieds ! Aujourd’hui encore, d’ailleurs. Enfin ceux qui ne sont pas encore mariés…

Kimberley – À propos, tu te souviens de Bouboule ?

Cindy – Bouboule…?

Kimberley – Un petit gros avec des lunettes. On était dans la même classe au collège. Figure-toi qu’il vient de sortir d’ici !

Cindy – Et alors ? Tu comptais me le présenter ?

Kimberley – Si tu le voyais maintenant, je t’assure que tu ne serais pas contre… Là on peut vraiment dire que le crapaud s’est transformé en prince charmant.

Cindy – J’ai du mal à le croire. Dans le règne animal, il arrive que des chenilles se transforment en papillons. Mais chez les humains, à part dans les contes de fées, c’est généralement l’inverse.

Kimberley – C’est vrai. Malgré les progrès de la cosmétologie, les princesses finissent avec une peau d’âne… et les princes avec une taille de citrouille.

Cindy – Ou l’inverse… Donc, tu as revu Bouboule…

Kimberley – Oui… Figure-toi qu’il est devenu architecte…

Cindy – Fantastique…

Kimberley – Hélas, j’ai eu une visite beaucoup moins sympathique.

Cindy – Ah oui ?

Kimberley – Richard Podevin… Un promoteur…

Cindy – Richard Podevin ? Encore un nom prédestiné. Et qu’est-ce qu’il venait faire à Beauconville ?

Kimberley – Il a racheté presque tout l’immeuble et il veut le raser pour construire à la place une résidence de luxe.

Cindy – Non ?

Kimberley – Grâce à Dieu, ma grand-mère a préféré me léguer cet appartement plutôt que de lui vendre.

Cindy – Donc il aurait voulu me racheter mon magasin de fleurs aussi ?

Kimberley – Heureusement que je venais de signer le compromis…

Cindy – Oui, comme tu dis… Heureusement… J’imagine qu’il propose un bon prix ?

Kimberley – Plus que le prix du marché, d’après lui. Mais l’argent, il n’y a pas que ça dans la vie, non ?

Cindy – Non… Enfin… surtout si on en a déjà suffisamment…

Kimberley – C’est ce que me disait Kevin… Je crois que vous vous entendriez bien, tous les deux…

Cindy – C’est aussi mon avis. Malheureusement, là encore, tu es passée avant moi… Tu sais que j’étais très amoureuse de lui, au collège…

Kimberley semble un peu embarrassée.

Kimberley (pour changer de sujet) – Tu veux un cookie ?

Cindy – Les fameux cookies dont ta grand-mère t’a légué le secret… en plus de son appartement.

Kimberley – Je vais te chercher ça… Ils sortent à peine du four… C’est un délice, tu verras.

Kimberley sort.

Cindy – Toi aussi, je te mettrais bien la tête dans le four, salope. Si tu pouvais t’étrangler, avec tes cookies…

À peine Kimberley est-elle sortie que Richard revient sur la pointe des pieds, avec des airs de conspirateur.

Richard – Je vous ai aperçue à travers la vitrine… (Lui tendant une carte de visite) Richard Podevin… Je suis promoteur immobilier…

Cindy – Ah oui… Monsieur Podevin… Mon amie Kimberley m’a parlé de vous… En bien, d’ailleurs…

Richard – Je suis prêt à vous racheter votre boutique. Et j’offre un prix bien supérieur au sien.

Cindy – C’est très tentant, bien sûr… Malheureusement, c’est trop tard. Je viens de signer le compromis…

Richard – Je sais… Mais si ce salon de thé venait à fermer, cela vous libérerait de votre engagement, n’est-ce pas ?

Cindy – Qu’est-ce qui vous fait penser que ce salon de thé pourrait fermer ?

Richard – Disons… une intuition. Vous pourriez peut-être m’aider à faire en sorte que cette intuition devienne une réalité ?

Cindy – Vous aider à couler le salon de thé de Kimberley ? Mais je vous l’ai dit, c’est une amie…

Richard – Je vous offre le double de ce qu’elle vous propose pour votre boutique de merde qui est au bord de la faillite.

Cindy – En même temps… Je la connais depuis la maternelle et depuis la maternelle j’ai envie de la tuer… Qu’est-ce que je dois faire ?

Richard – Il faudrait qu’on puisse en discuter tranquillement…

Cindy – Quand ?

Richard – Tout de suite, si vous voulez. Mais pas ici…

Cindy – Je retourne à ma boutique. Vous n’avez qu’à m’y rejoindre…

Richard – Très bien… Je file avant qu’elle ne revienne… Je préfère autant ne pas la croiser. Nous ne nous sommes pas quittés en très bons termes…

Richard sort, Kimberley revient avec des cookies.

Kimberley – Et voilà !

Cindy – Merci, mais je vais plutôt les emporter… Il faut absolument que je file. J’ai un rendez-vous… pour un boulot.

Kimberley – Un boulot ?

Cindy – Puisque je vends mon magasin, il faut bien que je trouve un nouveau travail.

Elle part en emportant les cookies. Kimberley est un peu déstabilisée. Elle ramasse quelque chose par terre, qui s’avère être une touffe de cheveux.

Kimberley – Elle perd ses cheveux, c’est dingue..

William arrive, en facteur.

William – Bonjour Kimberley. C’est le facteur !

Il lui tend quelques lettres.

Kimberley – Bonjour William. Alors, voyons ça… (Regardant le courrier) Facture, facture, facture…

William – Désolé… Je préférerais vous apporter des chèques…

Kimberley – C’est gentil. Ah, il y a aussi une lettre… 

William – Une bonne nouvelle, j’espère.

Kimberley ouvre la lettre et tandis qu’elle lit son sourire se fige.

Kimberley – « Vous finirez comme votre grand-mère »…

William – Quelqu’un qui vous souhaite bonne chance, sans doute… Pour le lancement de votre salon de thé…

Kimberley – Ce n’est pas signé et c’est écrit avec des lettres découpées dans un journal…

William – Je connaissais bien votre grand-mère. C’est moi qui lui apportais son courrier tous les jours. (Nostalgique) Et elle ne manquait jamais de m’offrir à chaque fois un café, avec un de ses célèbres cookies.

Kimberley – Et bien maintenant, c’est moi qui vous inviterai à tremper votre biscuit tous les matins.

Elle lui sert un café et un cookie.

William – Ah non, mais je ne disais pas ça pour ça… Enfin, si mais… Maintenant que c’est un salon de thé, je tiens à payer.

Il laisse un billet sur la table, et croque dans le biscuit.

Kimberley – Alors ?

William – Ils sont toujours aussi bons… Je suis sûr que votre grand-mère aurait été très heureuse que vous preniez la relève.

Kimberley – Merci… Elle me parlait souvent de vous… Elle vous appelait Willy…

William – C’était une bonne amie… Sa disparition m’a fait beaucoup de peine… (Pour cacher son trouble) Il va falloir que j’y aille. Ma tournée…

Kimberley – Votre tournée… Comme les artistes ! Allez, votre public vous réclame. Revenez quand vous voulez…

William – Je reviendrai demain ! C’est moi qui vous apporte le courrier…

Kimberley – Bien sûr ! Je suis bête…

William (ailleurs) – Oui…

Kimberley – Oui ?

William – Non, je veux dire… Allez, à demain Kimberley…

Kimberley – Attendez ! Vous oubliez votre monnaie !

William – C’est pour me faire pardonner de ne vous avoir apporté que des factures.

Kimberley – Et une lettre anonyme… Merci quand même !

William s’en va. Brian arrive.

Kimberley – Déjà de retour ?

Brian – Je vous l’ai dit. Vos cookies sont vraiment addictifs. Je préfère ne pas savoir ce que vous mettez dedans.

Kimberley – Tout est bio, vous savez…

Brian – Dans ce cas…

Kimberley – Vous en voulez encore quelques-uns ?

Brian – Ils sont peut-être bio, mais ils ne sont pas vraiment allégés en matières grasses… Je vous rappelle qu’on m’appelait Bouboule…

Kimberley – Bouboule… C’est incroyable ce que vous avez changé. Je ne vous aurais pas reconnu.

Brian – Je pèse toujours le même poids… mais j’ai pris soixante centimètres. Du coup, les kilos se voient moins. À l’époque, je n’avais aucune chance avec les filles…

Kimberley – C’est vrai que vous n’étiez pas très…

Brian – Sexy ? Alors vous pensez que si c’était à refaire, aujourd’hui j’aurais mes chances ?

Kimberley – Si je n’étais pas déjà fiancée peut-être… Je parlais de vous tout à l’heure avec Cindy. Vous vous souvenez de Cindy ?

Brian – Cindy… Ah, oui, je me souviens… Une rousse, non ? Qui perdait ses cheveux…

Kimberley – Il lui en reste encore quelques-uns, heureusement… Elle tient la boutique de fleurs juste à côté… Malheureusement, les affaires ne marchent pas très bien pour elle…

Brian – Oui, ça ne m’étonne pas.

Kimberley – Et pourquoi ça ?

Brian – Déjà au collège, on la surnommait…

Kimberley – Oui ?

Brian – Euh… Non, ça ne me revient plus, là… Et puis aujourd’hui, plus personne n’offre des fleurs, non ?

Kimberley – En tout cas, mon fiancé ne m’en offre jamais… Mais qu’est-ce qui vous amène dans le coin, Bouboule ? Je veux dire Brian…

Brian – Je suis architecte, je vous l’ai dit. On m’a sollicité pour faire les plans du nouvel immeuble qui remplacera bientôt celui-ci.

Le sourire de Kimberley se fige.

Kimberley – Vous travaillez pour ce salopard qui veut m’expulser de chez moi et détruire l’immeuble où ma grand-mère a passé toute sa vie ?

Brian – Mais enfin… Je n’y suis pour rien… Faire des plans, c’est mon métier !

Kimberley – Pourquoi ne pas m’avoir dit la première fois que vous veniez pour raser ma boutique ?

Brian – Parce que je l’ignorais ! C’est lors de ce rendez-vous avec mon client que…

Kimberley – Sortez d’ici immédiatement !

Brian – Bon… Mais on se reverra forcément…

Il sort.

Kimberley – Bouboule… J’aurais dû me méfier… Le fourbe…

Jennifer revient.

Jennifer – Ce n’est pas notre premier client qui vient de sortir d’ici ? Le beau Brian. Qu’est-ce que tu lui as dit pour qu’il s’enfuit comme ça ? Ou qu’est-ce que tu lui as fait…

Kimberley – Bouboule, tu te rappelles ?

Jennifer – Bouboule ?

Kimberley – Le petit gros qui était avec nous au collège.

Jennifer – Ah oui… Bouboule… On se moquait tous de lui…

Kimberley – Eh bien Bouboule est devenu Brian.

Jennifer – Comment c’est possible ?

Kimberley – En suivant un régime, probablement… Et tu sais pourquoi il est revenu ?

Jennifer – Pour te sauter ?

Kimberley – Pour faire sauter l’immeuble !

Jennifer – Non ? Pour se venger des brimades qu’on lui a fait subir à l’époque ?

Kimberley – Va savoir…

Jennifer – Bouboule… Terroriste… C’est dingue… Et tu as prévenu la police ?

Kimberley – Terroriste ? Mais non… Il travaille pour ce promoteur qui veut raser l’immeuble pour construire une résidence de luxe à la place !

Jennifer – Ah d’accord… Bouboule… Ah les boules… Et qu’est-ce que tu vas faire ?

Kimberley – À propos de quoi ?

Jennifer – Je ne sais pas… En général…

Kimberley – Tout de suite, là, j’aurais juste envie de me pendre au sapin avec la guirlande électrique… Comme ma grand-mère…

Jennifer – Ne fais pas ça… Ça leur ferait trop plaisir.

Kimberley – Oui, ce n’est pas faux…

Jennifer – Pour l’instant, on va aller se vider quelques verres dans un bar pour oublier tous nos soucis…

Kimberley – Tu as raison. Moi aussi, je m’enfilerais bien quelque chose de raide.

Jennifer – On peut aussi acheter quelques bouteilles et se faire livrer une pizza à la maison, si tu veux…

Kimberley – Quatre fromages ?

Elles échangent un sourire, et sortent en éteignant la lumière.

Noir

Richard et Cindy arrivent, en s’éclairant avec une lampe torche.

Cindy – Vous êtes sûr qu’on ne risque rien ?

Richard – Ne vous inquiétez pas. J’ai des amis dans la police, et des relations à la mairie.

Cindy – Vous connaissez personnellement Monsieur le Maire ?

Richard – Pour obtenir ce permis de démolir, je lui ai fait construire une piscine à l’œil pour sa maison de campagne. Ça crée des liens, croyez-moi. Et puis après tout, on n’a fracturé aucune porte pour entrer ici. Il n’y a même pas effraction…

Cindy – Je ne savais pas qu’il y avait une porte de communication dans la cave entre ma boutique et celle de Kimberley…

Richard – Personne ne la connaît. Elle était cachée derrière une armoire. C’est en regardant les plans de l’immeuble que j’ai appris son existence. La cuisine, c’est par là. Suivez-moi…

Cindy – Si on nous surprenait, on nous prendrait pour des cambrioleurs.

Richard – Mais on ne va rien voler ! Au contraire…

Cindy – Vous croyez que ça va marcher ?

Richard – Faites moi confiance. (Brandissant un sachet) Un peu de cette résine de cannabis dans le chocolat qui sert à confectionner ces cookies, et nous en ferons de délicieux space cakes…

Cindy – Et on ne va pas nous soupçonner ?

Richard – La serveuse de ce coffee shop a déjà été condamnée pour trafic de drogue. Je pense que les flics commenceront par regarder de ce côté-là…

Cindy – Vous êtes vraiment diabolique.

Richard – Je suis promoteur immobilier… Et un promoteur immobilier ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

Cindy – Comme les cons, vous voulez dire ?

Richard – Il ne faut jamais sous-estimer ni les cons ni les promoteurs. Regardez Donald Trump : c’était le plus con des promoteurs, et il a fini par être élu président des États Unis.

Cindy – Je vous suis…

Ils sortent vers la cuisine avec des mines de conspirateurs.

Noir

Assise à la table, Kimberley fait les comptes, tandis que Jennifer met un peu d’ordre.

Kimberley – C’est incroyable ! Le salon de thé ne désemplit pas depuis trois jours. Et les ventes à emporter ont explosé !

Jennifer – Je savais que ça allait marcher, mais à ce point-là… Ce matin, une heure avant l’ouverture, il y avait déjà la queue devant la boutique…

Kimberley – Et beaucoup de lycéens aussi. Je ne pensais pas qu’on toucherait ce genre de clientèle.

Jennifer – Non, moi non plus… Je craignais un peu qu’on fasse surtout dans le troisième âge.

Kimberley – Je demanderai à Kevin de faire les comptes. Mais ça devrait rassurer la banque. Si avec ça ils ne m’accordent pas mon crédit…

Jennifer – Tu as parlé à Kevin de cette lettre anonyme ?

Kimberley – Pas encore. Je n’ai pas voulu l’inquiéter avec ça. Il a tellement de travail en ce moment…

Jennifer – Il ne t’aide pas beaucoup, quand même.

Kimberley – Il s’occupe des comptes, c’est déjà ça. Sans lui je n’aurais jamais réussi à constituer ce dossier de prêt pour la banque.

William, le facteur, arrive. Il porte un jean et une chemise à fleurs, façon vieux baba des années 70.

William – Salut les filles ! Aujourd’hui pas de factures, ni de lettres anonymes, c’est promis. Rien que des chèques et une lettre d’amour.

Kimberley et Cindy cachent mal leur surprise.

Kimberley – Bonjour William… Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ?

William – Les factures, je les ai brûlées. Et les chèques, je les ai signés moi-même. (Brandissant une lettre) Pour la lettre d’amour, je ne suis pas certain. Mais croyez-en mon expérience… En tant que facteur, j’ai le flair pour ces choses-là…

Jennifer – Vous êtes sûr que ça va ?

William – Super ! Je ne sais pas ce que j’ai, mais depuis que j’ai dégusté vos cookies au chocolat, je vois tout en rose.

Jennifer – Mais quand vous dites en rose… c’est une façon de parler, j’imagine ?

William – Ils sont encore meilleurs que ceux de Yolande.

Jennifer – Et apparemment, ils ont vraiment un effet antidépresseur.

Kimberley – C’est ce que je voulais dire par aphrodisiaque…

William – Vous pourrez m’en mettre une douzaine à emporter ?

Kimberley – Bien sûr. Jennifer, tu peux t’en occuper ?

Jennifer – J’y vais tout de suite…

Jennifer sort. Kimberley ouvre la lettre.

William – Alors ? Cette lettre d’amour…

Kimberley (lisant) – C’est signé Bouboule…

William – Au moins ce n’est pas une lettre anonyme. Et qu’est-ce qu’il dit, Bouboule ? Si ce n’est pas indiscret, bien sûr…

Kimberley – Il s’excuse et il m’invite à dîner…

William – Eh ben vous voyez ! C’était bien une lettre d’amour ! Vous allez accepter ?

Elle froisse la lettre.

Kimberley – Certainement pas !

William prend un cookie sur la table et le mange.

William – Vous mettrez celui-là sur mon compte. Je ne peux plus m’en passer. Chaque fois que j’en mange un, je repense à Yoyo… Et quand je pense à Yolande…

Kimberley semble surprise de cette familiarité.

Kimberley – Yoyo ? Vous étiez à ce point familier avec ma grand-mère ?

William (avec un air entendu) – À vrai dire… je ne faisais pas que lui apporter son courrier.

Kimberley – Ah oui…?

William – Yolande a fait un beau mariage. Mais le baron avait trente ans de plus qu’elle. Et quand il l’a épousée, il était déjà très diminué.

Kimberley – Et alors ?

William – Votre grand-mère était encore une jeune femme. Elle avait des besoins, vous savez…

Kimberley – Euh… non. Et à vrai dire, je préférerais ne pas savoir. On parle de ma grand-mère, là.

William – Ça ne vous a pas étonnée qu’ils puissent avoir un enfant ensemble.

Kimberley – Un enfant ?

William – Votre mère !

Jennifer revient avec un petit sac qu’elle tend à William.

Jennifer – Voilà votre dose quotidienne, William. Je vous avais prévenu, ça peut être addictif…

William – Merci. Il faut que je continue ma tournée. En espérant que soit bientôt ma tournée d’adieux.

Jennifer – Vous allez nous quitter ?

William – Je prends ma retraite… Mais avant, je voudrais mettre quelques petites choses en ordre dans ma vie. Je vous en parlerai plus tard…

William s’en va.

Jennifer – Il avait l’air un peu bizarre, non ?

Kimberley – Oui… Il m’a presque dit qu’il était l’amant de ma grand-mère.

Jennifer – Le facteur ! L’amant de Tata Yoyo ?

Kimberley – Tu veux dire de Mamy Yoyo ?

Jennifer – Bien sûr… Remarque pour les frères et sœurs de ta mère, ce serait Tata Yoyo.

Kimberley – Oui… Heureusement, ma mère est fille unique.

Jennifer – Je crois que je commence à dire un peu n’importe quoi.

Kimberley – Moi aussi… Tu les trouves comment ces cookies au chocolat ?

Elles croquent chacune dans un cookie.

Jennifer – Je ne sais pas, ceux-là ont un petit arrière goût de… Tu as changé la recette ?

Kimberley – Non… Un arrière-goût de quoi ?

L’inspecteur Ramirez et son adjoint Sanchez arrivent, et jettent un regard inquisiteur autour d’eux, sans même dire bonjour. Kimberley et Jennifer échangent un regard étonné.

Jennifer – C’est curieux… j’ai l’impression de les avoir déjà vus quelque part ces deux-là ?

Kimberley – Ne me dis pas qu’eux aussi, ils étaient au collège avec nous…

Jennifer – Va savoir… C’est une petite ville…

Kimberley – Beauconvillois, beaux et cons à la fois.

Jennifer – Ces deux là ont l’air surtout très cons.

Kimberley – Messieurs ? C’est pour emporter sur place ou pour consommer ?

Les deux hommes ne répondent pas tout de suite et continuent d’explorer les lieux.

Jennifer – Vous voulez voir la carte ?

Ramirez (montrant sa carte) – Je préfère vous montrer la mienne… Inspecteur Ramirez, et voici mon adjoint Sanchez.

Jennifer – Ça y est, je me souviens où je les ai vus… On jouait bien aux gendarmes et aux voleurs, mais ce n’était pas à l’école…

Kimberley – La police ?

Jennifer – Je vous assure que j’ai respecté à la lettre mon contrôle judiciaire, Inspecteur…

Sanchez – On s’occupera de vous plus tard.

Kimberley – Dans ce cas… que puis-je faire pour vous, messieurs ?

Ramirez – On nous a signalé qu’il se passait des choses étranges dans le quartier, depuis que vous avez ouvert ce coffee shop.

Kimberley – C’est un salon de thé, inspecteur, pas un coffee shop.

Jennifer – Quelles choses étranges ?

Sanchez – Certains habitants de Beauconville ont un comportement bizarre.

Kimberley – Beaucoup de gens font des choses bizarres, vous savez. Sans que pour autant la police débarque pour enquêter. Moi-même, hier soir, j’ai commandé une pizza quatre fromages, et ça s’est fini en…

Jennifer (la coupant) – Bon, Kimberley, ce n’est pas le sujet… Je ne crois que ces messieurs soient là pour ça non plus.

Kimberley – Mais quand vous dites bizarre…?

Jennifer – Vous pourriez nous donner un exemple ?

Ramirez – Par exemple… le curé de la paroisse s’est mis à chanter une chanson paillarde en pleine homélie.

Kimberley – Tiens donc… Quelle chanson ?

Sanchez – Le curé de Camaret… Vous voulez que je vous rappelle les paroles ?

Jennifer – Je crois que je m’en souviens vaguement. (Fredonnant) Le curé de Camaret…

Kimberley – Ça me rappelle une chanson que me chantait ma grand-mère…

Ramirez – Après quoi, au moment de la communion, il a distribué des cookies au chocolat à ses ouailles au lieu des hosties habituelles.

Kimberley – Vraiment ?

Ramirez – Des cookies qu’il avait achetés dans votre boutique, et dont il avait fait lui-même une consommation abusive.

Sanchez – Pour ne pas parler d’overdose…

Kimberley – Monsieur le curé est un de nos meilleurs clients, en effet.

Jennifer – Vous savez ce que c’est, depuis qu’ils n’ont plus le droit aux enfants de chœur… ils se rattrapent sur le péché de gourmandise.

Kimberley – Des chansons paillardes pendant la messe et des cookies à la place des hosties… C’est peut-être un blasphème, mais ce n’est pas un délit réprimé par la loi.

Sanchez – Juste après l’office, on a coffré une dizaine de ces drôles de paroissiens qui se baignaient nus dans le bassin juste en face de l’église.

Ramirez – Et ça c’est un trouble à l’ordre public.

Kimberley – C’est étrange, bien sûr. Mais qu’avons-nous à voir dans cette histoire ?

Sanchez – Après enquête, toutes les personnes qui ont été prises dans ce vent de folie ont un point commun.

Ramirez – Elles ont toutes le jour même consommé vos cookies au chocolat.

Jennifer – Et comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion, inspecteur Colombo ?

Ramirez – Ramirez. Inspecteur Ramirez.

Sanchez – Nous avons reçu une lettre anonyme.

Kimberley – Ah vous aussi…

Ramirez – Nous allons donc devoir saisir la marchandise pour analyse. Où se trouve la cuisine ?

Kimberley – C’est par là…

Ramirez – Sanchez, vous pouvez y aller.

Sanchez – Bien chef…

Sanchez sort.

Kimberley – Je ne comprends pas, Inspecteur… Pour fabriquer ces cookies, j’utilise la recette que m’a transmise ma grand-mère.

Ramirez – Et vous pouvez affirmer que cette recette ne comporte pas de cannabis dans ses ingrédients ?

Kimberley – Vous pensez vraiment que ma grand-mère mettait de la drogue dans ses cookies ?

Ramirez – Votre grand-mère, je ne sais pas… Ce que je sais, c’est que cette jeune femme a déjà été condamnée pour trafic de stupéfiants.

Jennifer – Je vous jure, inspecteur… Kimberley, je t’assure que…

Kimberley – Je te crois, Cindy.

Sanchez revient avec les cookies dans un carton. Il mâche quelque chose.

Ramirez – On va analyser ça, et on verra bien. (Sanchez croque dans un cookie.) Et arrêtez de manger ces pièces à conviction, Sanchez !

Sanchez – Pardon, chef, je n’arrive pas à m’en empêcher.

Kimberley – Attendez, Inspecteur… Moi aussi, j’ai reçu une lettre anonyme.

Ramirez – Tiens donc…

Sanchez – Montrez-moi ça.

Kimberley lui tend la lettre qu’elle a reçue et il l’examine.

Sanchez – Ce n’est pas signé, chef.

Jennifer – Évidemment, puisque c’est une lettre anonyme.

Sanchez – Ah, d’accord…

Ramirez lui prend la lettre des mains.

Ramirez (lisant) – « Vous finirez comme votre grand-mère »…

Kimberley – C’est une menace de mort, non ?

Sanchez – Ça dépend de quoi est morte votre grand-mère, parce que si elle est morte de vieillesse, par exemple. Ou d’une crise cardiaque. Ou d’un accident de la route. Ou d’un accident domestique…

Ramirez lui lance un regard exaspéré, et il s’arrête.

Ramirez – Votre grand-mère est morte assassinée ?

Kimberley – Je ne sais pas… C’est à vous de me le dire.

Ramirez – Tata Yoyo…

Kimberley – Mamy Yoyo. Mais je préfère que vous l’appeliez Yolande.

Ramirez – Tata Yolande… Oui je me souviens… On avait ouvert une enquête à l’époque… On avait envisagé la piste de l’assassinat, mais comme on n’avait constaté aucune effraction…

Sanchez – On avait conclu à un suicide.

Ramirez (à Sanchez) – Faites voir la lettre anonyme qu’on a reçue au commissariat pour nous informer de cette affaire de space cakes…

Sanchez (lui tendant la lettre) – Tenez chef.

Ramirez compare les deux lettres anonymes.

Ramirez – C’est la même police.

Sanchez – Comment ça, la même police ? Parce qu’il y en a plusieurs, chef ?

Ramirez – La même police d’imprimerie ! Les mêmes caractères.

Jennifer – Les lettres doivent avoir été découpées dans la même revue…

Ramirez – On va examiner tout ça… et on vous tiendra au courant. En attendant, je vous demanderais de ne pas quitter la ville.

Kimberley – Je peux continuer à vendre mes cookies en attendant ?

Sanchez – Qu’est-ce que vous en pensez, chef ?

Ramirez – Après tout… tant que le labo n’aura pas prouvé que ce sont des space cakes, ces cookies bénéficient de la présomption d’innocence…

Sanchez – Évitez d’en vendre aux mineurs, quand même…

Jennifer – C’était notre clientèle la plus fidèle, mais bon…

Ramirez et Sanchez sortent.

Kimberley – Il ne manquait plus que ça… Tu es sûre que tu n’as rien à voir avec ça ?

Jennifer – Pourquoi j’aurais fait une chose pareille ?

Kimberley – Si c’était pour booster les ventes, c’est réussi. Mais maintenant on risque une fermeture administrative. Et même la prison…

Jennifer – Je te jure sur la tête de ta grand-mère que je n’y suis pour rien.

Kimberley – Ma grand-mère est morte !

Jennifer – C’est vrai… Dans des circonstances plutôt mystérieuses, d’ailleurs…

Kimberley – On n’a plus qu’à attendre les résultats de l’enquête. Ni toi ni moi n’avons mis de drogue dans ces cookies.

Jennifer – Et tu es la seule à avoir les clefs d’ici.

Kimberley – Je ne vois pas comment ces analyses pourraient nous accuser.

Jennifer croque dans un des biscuits.

Jennifer – Mais c’est vrai que ceux-là ont un drôle de goût…

William revient.

Kimberley – William ? Vous avez encore du courrier pour moi ?

William – Non…

Jennifer – Alors vous aussi, vous êtes déjà accro à nos cookies…

William – Ce n’est pas non plus la raison de ma visite.

Kimberley – Alors qu’est-ce qui se passe ?

William – C’est à propos de Yolande. Je ne vous ai pas tout dit…

Kimberley – Ce n’est pas vraiment le moment, vous savez…

William – J’étais l’amant de votre grand-mère… quand elle était jeune.

Kimberley – Écoutez, William… Je comprends très bien que ma grand-mère ait pu être une femme avant de devenir Mamy Yoyo, mais je vous l’ai dit, je ne suis pas sûre de vouloir connaître les détails de sa vie amoureuse… Ni le nom de ses amants.

William – J’ai de bonne raisons de penser que je suis le père de votre mère.

Kimberley – Le père de ma mère ? Vous voulez dire que je serais votre petite-fille ?

Jennifer – Et donc que vous seriez son grand-père.

William – Oui, en effet, c’est ce que je voulais dire.

Kimberley accuse le coup.

Jennifer – Je vous laisse en famille…

Elle sort.

Kimberley – Mais enfin… si c’est vrai, pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ?

William – Lorsque j’ai connu Yolande, elle n’était pas encore mariée. Mais moi, je l’étais…

Kimberley – Et elle est tombée enceinte de vous.

William – Je n’ai pas eu le courage de quitter ma femme. Yolande voulait garder l’enfant. Elle a accepté d’épouser le baron, chez qui elle était déjà employée comme domestique.

Kimberley – Il savait qu’elle était enceinte lorsqu’il lui a demandé sa main ?

William – Oui. Elle ne lui a rien caché. Mais il l’aimait. Et elle avait de l’affection pour lui. Il a accepté de donner son nom à l’enfant qu’elle portait.

Kimberley – Et après ?

William – Après… le temps a passé… Yolande était mariée. Je n’ai pas voulu la compromettre.

Kimberley – Mais à la mort de mon grand-père, vous auriez pu…

William – Votre mère était tellement fière d’être la descendante d’un baron de Casteljarnac. Je n’ai pas eu le cœur de lui dire qu’elle était la fille du facteur…

Kimberley – C’est vrai que ça pourrait lui faire un choc…

William – Vous êtes quand même ma petite fille. Je n’aurais jamais pensé pouvoir vous le dire un jour. Je ne sais pas pourquoi je le fais aujourd’hui…

Kimberley – Ça doit être sous l’effet de ces space cakes…

Samantha revient et salue le facteur.

Samantha – Monsieur…

William (embarrassé) – Bonjour Samantha… Je vous laisse…

Il sort. Samantha a l’air bizarre elle aussi. Sa tenue est beaucoup plus décontractée que la première fois.

Samantha – Il m’a l’air bien familier, ce facteur… Comment sait-il que je m’appelle Samantha ?

Kimberley – Va savoir… C’est peut-être lui qui t’a choisi ce prénom à la con…

Samantha – Je l’ai toujours détesté…

Kimberley – Le facteur ?

Samantha – Mon prénom ! Mais pourquoi tu dis que c’est le facteur qui aurait choisi mon prénom ?

Kimberley – Laisse tomber… Ça va ? Tu as l’air bizarre…

Samantha – Je ne sais pas. Depuis que j’ai regoûté à ces cookies…

Kimberley – Oh non, pas toi…

Samantha – Je n’ai pas toujours été une bonne mère, je sais…

Kimberley – Je ne t’en veux pas, rassure-toi. Et là, je n’ai pas trop le temps…

Samantha – D’ailleurs, je n’ai pas été une bonne fille, non plus.

Kimberley – Ah oui…

Samantha – Je voulais que tu saches que malgré tout, j’aimais beaucoup ta grand-mère.

Kimberley – Ta mère donc… C’est tellement difficile à dire ?

Samantha – C’est vrai que j’avais un peu honte d’elle. Pour tout le monde, c’était la bonne du baron. Qu’elle avait épousé malgré son grand âge pour capter son héritage.

Kimberley – Tu parles… Il était ruiné, le baron. Dis plutôt qu’il avait épousé sa bonne pour ne plus avoir à la payer…

Samantha – En tout cas, elle a toujours été très gentille avec moi.

Kimberley – Et…?

Samantha – Aujourd’hui, je regrette de ne pas lui avoir assez dit que je l’aimais…

Kimberley – Ce n’est pas ce que tu disais il y a encore quelque temps…

Samantha – Je ne sais pas, ça doit ces cookies. Ma petite madeleine à moi…

Kimberley – Madeleine ? C’est qui encore, celle-là ?

Samantha – Au départ, c’est pour moi qu’elle avait inventé cette recette de cookies, tu sais ? Je n’en avais pas goûté depuis si longtemps…

Kimberley soupire.

Kimberley – Moi aussi, j’aimais beaucoup Mamy Yoyo… À chaque fois que je mange un de ces cookies, c’est comme si j’entrais en communion secrète avec elle. Comme une hostie à la messe, tu vois…

Samantha – Ah oui, quand même…

Kimberley – Je sens sa présence un peu partout dans cette boutique. Un jour, j’ai même cru l’apercevoir à la cave…

Samantha – Là ça devient carrément flippant…

Kimberley – À propos, tu sais comment elle est morte, la grand-mère ?

Samantha – On n’a jamais su. Mais j’ai toujours pensé que sa disparition n’était peut-être pas un accident.

Kimberley – Tiens donc…

Samantha – Juste avant son décès, un promoteur était venu la voir. Il voulait racheter tous les appartements de cet immeuble, et ta grand-mère ne voulait pas lui vendre le sien…

Kimberley – La police sort d’ici, justement.

Samantha – La police ? Qu’est-ce qu’ils voulaient ?

Kimberley – Ça, c’est une autre histoire… Il faut me laisser maintenant, j’ai beaucoup de problèmes à régler.

Samantha – Tu sais que tu peux compter sur moi, ma chérie. Je suis ta mère après tout.

Kimberley – Ah oui ? Tu es sûre de ça, au moins ?

Samantha – Mais enfin, Kimberley…

Kimberley – Je te rappelle, c’est promis…

Kimberley pousse sa mère dehors. Kimberley soupire. Mais son soulagement est de courte durée. Kevin revient.

Kevin – Je viens de croiser ta mère. Ce n’est pas souvent qu’elle vient te voir. Qu’est-ce qu’elle voulait ?

Kimberley – Je te raconterai ça une autre fois…

Kevin – Ça tombe bien, parce que je n’ai pas trop le temps… Tu as réfléchi à la proposition de ce promoteur ?

Kimberley – Il m’envoie des menaces de mort, et tu voudrais que je cède à ce chantage ?

Kevin – Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Kimberley – J’ai reçu une lettre anonyme.

Kevin – Si c’est une lettre anonyme, comment tu sais que c’est lui qui l’a envoyée ?

Kimberley – Ma mère le soupçonne aussi d’avoir assassiné ma grand-mère.

Kevin – Je croyais que ta grand-mère était morte accidentellement en tombant d’un tabouret alors qu’elle essayait de se pendre…

Kimberley – Qui est-ce qui t’a raconté ça ?

Kevin – Mais enfin, Kimberley, c’est toi !

Kimberley – Ah oui, peut-être… Eh ben je me trompais, figure-toi. Tout le monde peut se tromper, non ?

Kevin – Mais alors elle serait morte comment ?

Kimberley – Je penche pour un assassinat déguisé en suicide accidentel.

Kevin – Ah oui… C’est tout de suite plus crédible…

Kevin prend machinalement un cookie, croque dedans et fait la moue.

Kimberley – Tu ne les aimes pas ?

Kevin – Il y a un cheveu dedans. Et quand je dis un, il faudrait dire plusieurs… Tu devrais faire attention…

Kimberley – Moi ? Mais je ne perds pas mes cheveux !

Ramirez et Sanchez reviennent.

Ramirez – Nous venons d’avoir les résultats du labo.

Kevin – Le labo ? (À Kimberley) Tu es malade, ma chérie ? Ce n’est pas grave, au moins… (Plus inquiet) Ne me dis pas que tu es enceinte…?

Ramirez – Désolé, nous ne faisons pas les tests de grossesse.

Sanchez – Vous trouvez qu’on a des têtes de gynécologues ?

Kevin – Vous auriez plutôt des têtes d’assassins… Alors qui êtes-vous ?

Kimberley – Ces messieurs sont de la police.

Kevin – La police ?

Ramirez – Inspecteur Ramirez. Nous enquêtons sur une affaire de stupéfiants.

Kevin – Et alors ?

Sanchez – Le labo est formel : les produits analysés contiennent, en plus du chocolat, une très forte dose de résine de cannabis.

Ramirez – En d’autres termes, les cookies de Tata Yoyo sont des space cakes.

Kevin – Tata Yoyo ?

Kimberley – Mais ce n’est pas possible. Il doit y avoir une explication !

Ramirez – En attendant que notre enquête soit bouclée, cet établissement sera très prochainement fermé. Nous attendons la décision du juge…

Kimberley – Fermer notre salon de thé qui vient à peine d’ouvrir ? Mais ce serait la faillite assurée…

Ramirez – Bien entendu, vous serez mise en examen pour trafic de stupéfiants.

Kevin – Mais enfin, Kimberley, dis-moi que c’est une plaisanterie…

Ramirez – Est-ce que j’ai l’air de plaisanter, cher monsieur ?

Sanchez – Malheureusement pour vous, nous ne sommes pas en Hollande. Les coffee shops ne sont pas encore légaux dans notre pays. C’est votre employée qui vous fournissait la drogue ?

Kimberley – Jennifer ?

Ramirez – Elle a déjà été condamnée dans une affaire de stups, et elle a un casier.

Kimberley – Mais puisque je vous dis que nous n’y sommes pour rien !

Sanchez – Dans ce cas, comment expliquez-vous la présence de drogue dans ces biscuits, que vous fabriquez vous-mêmes ?

Kimberley – Ça doit être un coup monté, pour obtenir la fermeture de mon établissement. Cherchez à qui profite le crime…

Sanchez – À propos de crime, nous allons rouvrir l’enquête sur la mort de votre grand-mère…

Kimberley – Pourquoi maintenant ?

Ramirez – Cette lettre anonyme que vous avez reçue insinue bien qu’elle a été assassinée, n’est-ce pas ?

Kimberley – Vous ne m’accusez pas d’avoir tué ma grand-mère, tout de même !

Sanchez – Comme vous dites, chère madame, cherchez à qui profite le crime. C’est bien vous qui avez hérité de la victime, non ?

Kimberley – Vous feriez bien de regarder aussi du côté de ce promoteur qui veut racheter l’immeuble. Ma grand-mère avait refusé de lui vendre son logement…

Ramirez – On n’y manquera pas. En attendant, tenez-vous à la disposition de la police…

Ramirez et Sanchez sortent.

Kevin – Alors te voilà impliquée dans une affaire de stupéfiants… Et dire qu’on prévoyait de se marier… Tu veux que ce soit l’aumônier de la prison qui célèbre notre union ?

Kimberley – Merci de ton soutien, ça fait plaisir.

Kevin – D’accord, j’ai toujours pensé qu’ouvrir ce salon de thé, ce n’était pas une bonne idée. Hélas, les faits me donnent raison. Maintenant, je crois que le plus simple serait que tu vendes, non ?

Kimberley – Vendre ? Au type qui a peut-être assassiné ma grand-mère ?

Kevin – Ne nous emballons pas. Ce type est peut-être un escroc, mais ce n’est pas forcément un assassin.

Kimberley – C’est un promoteur !

Kevin – Il y a aussi des promoteurs honnêtes…

Kimberley – Ah oui ? Qui par exemple ?

Kevin – Il n’y a pas de noms qui me viennent à l’esprit, là, mais ça doit bien exister.

Kimberley – Je te laisse réfléchir. J’ai des trucs à faire, tu m’excuses ?

Kevin – Kimberley, attends ! On peut parler, tout de même…

Kimberley sort. Cindy arrive.

Cindy – Bonjour, tu te souviens de moi ?

Kevin – Madeleine ?

Cindy – Cindy.

Kevin – Cindy…

Cindy – On était dans la même classe au collège. On est même sortis ensemble pendant quelque temps, tu te rappelles ?

Kevin – Non…

Cindy – C’est un peu vexant, mais bon… Je suis quand même fière d’être sortie pendant quelques heures avec le tombeur du lycée… Même si j’avais dû te faire boire avant pour en arriver là…

Kevin – Ah oui ?

Cindy – Bon, c’était avant que tu deviennes un bourreau des cœurs… Tu avais onze ans. Tu étais couvert de boutons. Forcément, tu avais moins le choix. Et c’était bien avant que tu rencontres Kimberley.

Kevin – Excuse-moi, je… Cindy… Ah oui, peut-être…

Cindy – Laisse tomber, ça devient embarrassant… J’ai appris les ennuis de Kimberley… Comment va-t-elle ?

Kevin – Mal… Elle s’est mise dans une situation très délicate.

Cindy – Mais quand tu dis délicate…?

Kevin – Elle risque la prison.

Cindy – Ah merde… Et son salon de thé ?

Kevin – Je lui ai conseillé de vendre. Pendant qu’il en est encore temps…

Cindy – Tu as raison… D’ailleurs, moi aussi je préférerais vendre ma boutique à ce promoteur plutôt qu’à Kimberley. Il me propose le double ! Malheureusement, j’ai signé un compromis. Alors c’est trop tard, non ?

Kevin – Sauf si c’est Kimberley qui renonce d’elle-même à honorer son engagement d’achat.

Cindy se rapproche de Kevin.

Cindy – C’est drôle, j’ai eu la même idée…

Kevin (troublé) – Les grands esprits se rencontrent.

Cindy – Oui… On pourrait faire de grandes choses ensemble… si tu n’étais pas amoureux de Kimberley.

Elle l’enlace.

Kevin – C’était une erreur d’aiguillage, je m’en rends compte maintenant…

Cindy – Alors laisse-moi te remettre dans le droit chemin. J’ai des projets pour nous deux. Tu ne vas pas rester comptable toute ta vie…

Kevin – Quels genres de projets ?

Cindy – Richard m’a proposé la direction du Starfucks qui s’installera au pied de cet immeuble…

Kevin – Je crois qu’on est faits pour s’entendre.

Jennifer arrive, entend la fin de la conversation, et les voient échanger un baiser. Kevin et Cindy sortent. Kimberley revient.

Kimberley – C’était qui ?

Jennifer (embarrassée) – Cindy. Elle a dit qu’elle repasserait…

Kimberley – C’est gentil d’être venue prendre de mes nouvelles. C’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses vraies amies.

Jennifer – Oui…

Kimberley ramasse à nouveau une touffe de cheveux par terre.

Kimberley – Elle perd vraiment beaucoup ses cheveux.

Jennifer – En tout cas, elle ne perd pas le nord.

Kimberley – Depuis tout ce temps, c’est à se demander comment elle en a encore quelques-uns sur la tête…

Brian arrive, avec un bouquet de fleurs.

Brian – Bonjour.

Kimberley ­– Qu’est-ce que c’est que ça ?

Brian – Ben vous voyez, des fleurs… Je les ai achetées juste à côté…

Kimberley – C’est une couronne que vous auriez dû m’apporter. En hommage à ce salon de thé qui va bientôt fermer ses portes. Grâce à vous…

Jennifer – Pour être remplacé par un Starfucks Café…

Silence embarrassé.

Brian – Vous avez reçu ma lettre ?

Kimberley – Laquelle ? Celle que vous avez signée, ou la lettre anonyme ?

Brian – Vous avez reçu une lettre anonyme ?

Kimberley – Je croyais vous avoir dit de ne plus jamais revenir.

Brian – J’ai appris ce qui vous arrive.

Kimberley – Ça arrange bien vos affaires, non ? Et celles de votre patron…

Brian – Je suis vraiment désolé. Il est évident que vous êtes victime d’une manipulation. Mais qui aurait bien pu faire ça, et pourquoi ?

Kimberley – Quelqu’un qui a intérêt à ce que cette boutique ferme au plus vite, par exemple…

Jennifer – Quelqu’un comme Richard Podevin, votre patron…?

Brian – Monsieur Podevin n’est pas mon patron. C’est juste un client. Un client important, mais seulement un client…

Kimberley – Ce que je ne comprends pas, c’est comment il a pu accéder à ma cuisine sans forcer la porte…

Brian – Je crois que j’ai mon idée…

Kimberley – Désolée, je n’ai pas le temps de jouer aux devinettes..

Le portable de Kimberley sonne et elle répond.

Kimberley – Oui ? Ah oui, j’attendais votre appel. Alors ? Refusé ? Comment ça, refusé ? Pour quelle raison ? Mes comptes sont dans le rouge ? Mais vous m’aviez dit que… Attendez ! Il a raccroché…

Jennifer – C’était qui ?

Kimberley – Le Crédit Solidaire… Mon crédit est refusé. Je ne comprends pas, pourtant on a fait un très bon chiffre d’affaires ces derniers jours…

Jennifer – Grâce aux space cakes…

Brian – Il y a d’autres banques, non ?

Kimberley – C’est la seule qui a bien voulu examiner notre dossier…

Brian – Je vois.

Kimberley – Du coup, je ne suis pas en mesure d’honorer le compromis que j’ai signé. Richard va pouvoir acheter la boutique de Cindy… Et comme mon salon de thé est sur le point d’être fermé sur ordre de justice.

Jennifer – C’est la fin…

Brian – Il ne faut pas désespérer. On va se battre. Je vais vous aider.

Kimberley – Bouboule va nous aider. Je me sens tout de suite plus rassurée…

Brian – Je peux voir les comptes de votre salon de thé ?

Jennifer – Vous êtes architecte ! Pas expert-comptable…

Brian – Je suis aussi chef d’entreprise. Je sais lire un bilan.

Kimberley et Jennifer échangent un regard dubitatif.

Noir

Brian finit d’examiner les comptes, en présence de Kimberley et de Jennifer.

Kimberley – Alors ?

Brian – Vos comptes ont été falsifiés.

Jennifer – Falsifiés ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Brian – Ça veut dire que votre comptable a minimisé les actifs et surestimé le passif. De sorte que votre bilan apparaît en déficit, alors qu’il est en léger excédent.

Kimberley – Habituellement, quand on trafique son bilan, c’est plutôt dans l’autre sens, non ?

Brian – En effet. C’est bien ce qui m’étonne.

Jennifer – Bon… Et alors ?

Brian – La bonne nouvelle, c’est que votre situation financière n’est pas si catastrophique.

Kimberley – Et la mauvaise ?

Brian – C’est qu’il est trop tard pour obtenir une nouvelle autorisation de la banque pour votre crédit, avant la date butoir du compromis pour l’achat de la boutique d’à côté…

Jennifer – Mais enfin… qui a bien pu faire ça ?

Brian – Qui s’occupe de vos comptes ?

Kimberley – C’est Kevin. Mon fiancé.

Brian – Bien entendu, il pourrait aussi s’agir d’une grossière erreur de sa part. S’il n’y connaît rien en comptabilité. Qu’est-ce qu’il fait comme métier votre… fiancé ?

Jennifer – Il est expert-comptable.

Brian – Dans ce cas, il est impossible qu’il ait fait ça par erreur.

Kimberley – C’est aussi lui qui a préparé le dossier pour la banque.

Jennifer – Il aurait présenté intentionnellement des comptes dans le rouge au Crédit Solidaire.

Brian – Ça y ressemble beaucoup…

Jennifer – Mais pourquoi ?

Brian – S’il avait voulu que votre prêt soit refusé, il ne s’y serait pas pris autrement…

Kimberley – Kevin a toujours essayé de me dissuader d’ouvrir ce salon de thé. Il voulait que je vende à ce promoteur, et qu’on utilise l’argent pour ouvrir son propre cabinet d’expert-comptable.

Brian – De là à vous trahir comme ça…

Kimberley – Qu’est-ce qui a bien pu le pousser à faire ça ?

Jennifer – Ou qui…?

Kimberley – Tu sais quelque chose ?

Jennifer – Je l’ai vu embrasser Cindy. Et j’ai entendu qu’ils trafiquaient quelque chose contre toi dans ton dos.

Kimberley – Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

Jennifer – Je n’ai pas osé ! C’est ton fiancé…

Kimberley encaisse le coup.

Kimberley – Plus maintenant, je t’assure…

Brian – Tant mieux… Je veux dire… Heureusement qu’on s’est aperçus de ça…

Kimberley – Oui…

Brian – Il faut prévenir la police.

Jennifer – Quand on parle du loup…

Sanchez et Ramirez reviennent.

Brian – Ah, vous tombez bien, inspecteur.

Ramirez – Merci pour vos encouragements. C’est une formule de bienvenue que nous entendons hélas trop rarement dans notre métier.

Kimberley – Le juge a pris sa décision ? Vous venez apposer les scellés sur la porte de cet établissement ?

Ramirez – Rassurez-vous, nous venons de boucler notre enquête, et les nouvelles sont plutôt bonnes. Pour vous en tout cas…

Sanchez – On a retrouvé plusieurs cheveux dans la pâte des cookies…

Ramirez – On pourrait même dire une grosse touffe.

Sanchez – Et cette grosse touffe appartient à une certaine Cindy.

Brian – Cindy ? La fleuriste d’à côté ?

Kimberley – C’est vrai qu’elle perd beaucoup ses cheveux, non ?

Sanchez – On a aussi retrouvé ses empreintes un peu partout dans la cuisine de votre salon de thé.

Ramirez – Du travail d’amateur…

Kimberley – Et alors ?

Ramirez – Cela prouve qu’en effet, vous avez été victime d’un coup monté.

Sanchez – D’ailleurs, après quelques coups de bottin sur la tête, cette Cindy a fait des aveux spontanés et complets.

Kimberley – Alors on ne ferme plus le salon de thé ?

Ramirez – Non. Vous êtes mises totalement hors de cause.

Jennifer – Et Cindy ?

Sanchez – Elle est en garde à vue. Et elle s’arrache les cheveux. C’est impressionnant, vous pouvez me croire…

Ramirez – Elle prétend avoir agi sur l’ordre du promoteur qui veut raser cet immeuble. Mais lui, il a bien pris la peine de ne laisser aucune trace…

Brian – Et il est plus résistant aux coups de bottin…

Ramirez – Disons plutôt qu’il a trop de relations haut placées pour qu’on puisse utiliser ce genre de méthodes avec lui.

Brian – C’est bien dommage. Enfin, au moins votre salon de thé va pouvoir rester ouvert !

Kimberley – Malheureusement, si je n’obtiens pas ce crédit pour m’agrandir, ça ne servira à rien. Cette boutique est beaucoup trop petite.

Brian – Les comptes de Madame ont été trafiqués par son expert-comptable… Du coup, son crédit a été refusé.

Ramirez – Vous pouvez toujours porter plainte, évidemment, mais ça prendra des mois, voire des années…

Kimberley – Je ne vois vraiment pas comment je vais m’en sortir.

Jennifer – On a beaucoup vendu ces jours-ci, mais il est évident que les ventes vont chuter si on en revient à la recette traditionnelle…

Ramirez – Je vous conseille pourtant de laisser tomber les space cakes…

Le portable de Sanchez sonne et il répond.

Sanchez – Oui ? OK, on arrive tout de suite… (Il range son portable) Il faut qu’on y aille, chef. Un braquage au Crédit Solidaire.

Kimberley – Le Crédit Solidaire ? C’est ma banque !

Ramirez – Et ça se trouve où ?

Kimberley – Juste en face.

Jennifer – J’espère au moins que vous n’allez pas nous mettre ce braquage sur le dos… Vous êtes témoins, on n’a pas bougé d’ici.

Ramirez – Veuillez nous excuser… Le devoir nous appelle… Protéger et servir, telle est notre devise…

Sanchez – Messieurs-dames…

Ramirez – Passez devant, Sanchez… Il me semble avoir entendu des coups de feu…

Ramirez et Sanchez s’en vont.

Brian – Je suis vraiment désolé… Si je pouvais, je vous prêterais moi-même l’argent dont vous avez besoin. Malheureusement, mes comptes à moi sont vraiment dans le rouge… J’ai lancé mon cabinet d’architecte il y a six mois… et je ne vais pas tarder à perdre un gros client. Tiens, le voilà, justement…

Richard revient.

Richard – Je suis très heureux de savoir que vous avez été innocentée dans cette affaire de drogue, chère Madame.

Kimberley – Une affaire que vous avez montée de toutes pièces pour m’obliger à fermer boutique.

Richard – Malheureusement, comme vous le savez, pour la banque il est trop tard. Le délai est dépassé. Et le compromis que vous aviez signé avec Cindy est caduc.

Kimberley – Ça vous arrange bien…

Richard – Je rachète le local d’à côté. Et je suis toujours acquéreur du vôtre… Vous feriez mieux de me le céder pendant que je suis encore disposé à vous en donner un bon prix. Soyez raisonnable…

Kimberley – Si vous permettez, je vais réfléchir encore un peu…

William revient.

William – J’ai appris vos difficultés. Je vous apporte mes économies. Ce n’est pas grand chose mais si ça peut aider…

Il pose un sac contenant des billets sur la table. Jennifer regarde à l’intérieur.

Jennifer – Il y a combien là-dedans ?

William – Vingt trois mille euros. J’ai vidé mon Livret A.

Kimberley – Mais vous êtes fou !

William – Je suis ton grand-père, après tout.

Samantha arrive, suivie de Georges. Samantha entend la dernière phrase.

Samantha – Ton grand-père ? Le facteur ? C’est une plaisanterie…

Kimberley – Je crains que non…

Samantha – Mais alors… qui est ta mère ?

Kimberley – Maman… Tu es bien placée pour savoir qui est ma mère, non ?

William – Je ne pensais pas te l’apprendre comme ça mais… je suis ton père, Samantha.

Samantha – Vous ? L’amant de ma mère ? Et vous seriez mon père ?

Georges – Et moi qui pensais avoir épousé la fille d’un baron de Casteljarnac.

Samantha – Oh, toi, ça va… Tout ça ne te regarde pas !

Georges – Eh, doucement, la baronne ! Ça ne me regarde pas ? Pendant vingt-cinq ans, c’est toi qui as décidé de tout. Parce que soi-disant tu avais du sang bleu. Même si tu n’étais que la fille de la bonne. Et j’apprends maintenant que tu es aussi la fille du facteur.

Samantha – Et alors ? Qu’est-ce que tu vas faire, gros malin ?

Georges – Ce que je vais faire ? Je vais commencer par aider ma fille en lui donnant l’argent dont elle a besoin ! Alors que tu m’interdisais de le faire jusque là. Mais dis-moi… c’est bien ma fille, au moins ?

Samantha – Enfin, Georges, bien sûr que c’est ta fille !

Richard – Quel touchant tableau de famille…

Georges sort son carnet de chèques.

Georges – Combien il te faut pour garder ton salon de thé, ma chérie ?

Samantha – Ne mets pas trop de zéros quand même, Georges…

Kimberley – Merci Papa, mais…

Richard – Mais tout cet argent ne lui servira à rien. C’est trop tard. Je viens d’acheter le local d’à côté. Et sans cette perspective d’agrandissement, ce projet de salon de thé n’a aucun avenir.

Georges s’approche de Richard, menaçant.

Georges – Qu’est-ce qu’il veut, lui, avec sa tronche de maquereau et ses yeux de poisson mort ?

Georges recule prudemment.

Kimberley – Laisse tomber, papa, ça ne servirait à rien.

Georges – Et puis d’abord, c’est qui ?

Kimberley – Un salaud, je t’expliquerai… Mais pour cette fois, il a gagné. Et il faut savoir reconnaître sa défaite.

Richard sort un contrat.

Richard – Il vous suffit de signer là…

Kimberley – J’ai l’impression de vendre mon âme au diable.

Elle signe.

Richard – Il ne me manquait plus que cette signature pour obtenir le permis de démolir cet immeuble…

Georges – Méfiez-vous quand même… Si vous touchez à un cheveu de ma fille, c’est moi qui vous démolirai. Avec ou sans permis…

Noir

Kimberley entre avec un carton contenant quelques objets personnels. Jennifer arrive avec un autre carton.

Kimberley – Eh voilà, c’est fini… Ce soir, cet immeuble ne sera plus qu’un tas de ruines…

Jennifer – C’est dingue… Jamais je n’aurais pu imaginer ça…

Kimberley – C’est toute ma jeunesse qui s’apprête à partir en poussière. Tous les jours, en sortant de l’école, avant de rentrer chez moi, j’allais prendre mon goûter chez Mamy Yoyo. Pour rien au monde je n’aurais manqué cette occasion de savourer ses fameux cookies…

Jennifer – Oui, moi aussi… J’étais très attachée à cet immeuble. Mes parents habitaient au troisième. Et le soir, après le goûter, je dealais un peu de shit dans le hall…

Kimberley – C’était le bon temps…

Jennifer – Et comment ils vont faire ?

Kimberley – Comment ils vont faire quoi ?

Jennifer – Pour le détruire !

Kimberley – Ils ont posé des charges de dynamite un peu partout sur la structure du bâtiment. Il n’y a plus qu’à actionner le détonateur. Mais ne t’inquiète pas, ils attendront qu’on soit parties pour appuyer sur le bouton.

Jennifer – Je me sens tout de suite plus rassurée…

Kimberley – Ce salaud m’a donné l’autorisation de venir récupérer quelques affaires avant de tout faire sauter.

Jennifer – Mieux vaut ne pas traîner ici… Ça sent le sapin, non ?

Kimberley – C’est l’arbre de Noël… Noël, ça sent toujours un peu la mort.

Jennifer – Qu’est-ce qu’on en fait, de ce putain de sapin ?

Kimberley – Je n’ai pas eu le cœur de retirer les décorations. On va le laisser là. En souvenir de Mamy Yoyo.

Jennifer – Il sera enseveli sous les décombres, comme tous les espoirs que nous avions placés dans ce projet…

Kimberley – C’est beau ce que tu dis. Ça me donne envie de pleurer…

Jennifer – Mamy Yoyo… Elle va se retourner dans sa tombe en entendant son immeuble s’effondrer…

Kimberley – C’est vrai… Même si elle n’est plus là, on sent tellement sa présence un peu partout ici. Chaque fois que je descends à la cave, je sens une sorte de courant d’air. Je ne sais pas d’où ça vient. Parfois j’imagine que c’est le fantôme de ma grand-mère.

Jennifer – Tu vas finir par me foutre les jetons… Je viens juste de remonter de la cave…

Kimberley – Je suis vraiment désolée de t’avoir entraînée dans cette histoire…

Jennifer – C’est moi… Je sais que ce projet comptait beaucoup pour toi.

Kimberley – Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant…?

Jennifer – Je ne sais pas… Je vais peut-être me remettre à dealer un peu…

Kimberley – Tu ne vas pas faire ça ?

Jennifer – Je plaisante, rassure-toi… Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

Kimberley – Papa m’a proposé de travailler avec lui au garage…

Jennifer – Je ne te vois pas faire les vidanges des clients. Tu ne sais même pas changer une roue…

Kimberley – Je travaillerai à la comptabilité. Moi qui avais tout fait pour éviter ça…

Jennifer – Au moins tu ne travailleras pas pour Kevin…

Kimberley – Qu’il aille au diable.

Jennifer – Et Brian ?

Kimberley – Je ne l’ai pas revu…

Jennifer – C’est dommage… Tu aurais pu lui donner des conseils pour renouveler sa garde-robe…

Kimberley – Tu as raison… Perdre quarante kilos, c’est bien, mais si c’est pour garder les mêmes vêtements…

Jennifer – Bon… Il faut partir, maintenant. Tu viens ?

Kimberley – Vas-y toi. Je reste encore une seconde. Pour dire un dernier adieu à Mamy Yoyo..

Jennifer – Si tu revois son fantôme, tu le salueras de ma part… Bonne chance Kimberley.

Kimberley – Toi aussi, Jennifer.

Jennifer s’en va. Kimberley regarde le sapin. Brian arrive. Il porte cette fois des vêtements à sa taille et bien coupés, qui le mettent beaucoup plus à son avantage.

Brian – Bonjour Kimberley… Je vous ai vue entrer… Mais qu’est-ce que vous faites encore ici ?

Kimberley – Les assassins reviennent toujours sur les lieux de leur crime…

Brian – Vous avez assassiné quelqu’un ?

Kimberley – Non… Je disais ça pour vous…

Brian – Ah, d’accord… Je n’avais pas compris…

Kimberley – Eh oui… Les Beauconvillois, beaux et cons à la fois… Mais à ce propos, je vous trouve quelque chose de changé…

Brian – Je me suis enfin décidé à faire le deuil de mes kilos perdus, et j’ai racheté des vêtements à ma taille. Mais il ne faut pas rester ici, vous savez…

Kimberley – C’est vous qui allez appuyer sur le détonateur ?

Brian – J’ai dénoncé le contrat que j’avais avec Podevin. Je ne travaille plus pour lui. Ça ne va pas arranger mes finances, mais au moins je serai en accord avec ma conscience…

Kimberley – Hélas, ça ne changera plus grand chose… Au moins, Yoyo ne verra pas cet immeuble s’effondrer.

Brian – J’aurais tout donné pour pouvoir éviter ça, croyez-moi.

Kimberley – Je vous crois.

Brian – Il faut partir, maintenant.

Elle se baisse et ramasse l’étoile tombée au pied du sapin.

Kimberley – Juste un instant, s’il vous plaît… L’étoile est encore tombée. C’est purement symbolique, mais je vais la remettre une dernière fois en haut du sapin. Comme un dernier défi…

Kimberley saisit l’étoile, et la regarde avec curiosité.

Brian – Qu’est-ce que c’est ?

Kimberley – Un mot griffonné derrière l’étoile… Je n’avais jamais remarqué. C’est l’écriture de ma grand-mère…

Brian – Un mot d’adieu ? Alors qu’elle était en train de vivre ses derniers instants ? C’est écrit quoi ?

Kimberley – Richard m’a tuée…

Brian – Richard ? Vous voulez dire…

Kimberley – C’est ce qui est écrit.

Brian – Je savais qu’il était prêt à tout pour mettre la main sur cet immeuble… mais je ne pensais pas qu’il aurait pu aller aussi loin.

Kimberley – Richard… Mais alors… ça change tout.

Brian – S’il est condamné pour assassinat, il ira en prison. La vente sera annulée. Et tout redevient possible !

Kimberley – Vous croyez ?

Brian – J’en suis sûr, Kimberley. Il est encore temps de suspendre la destruction de cet immeuble. Allons voir la police…

Kimberley – Merci Brian. Et pardon d’avoir été si injuste avec vous.

Ils s’étreignent un court instant.

Brian – Il n’y a pas de temps à perdre… Après nous aurons toute la vie devant nous…

Richard arrive, semblant surgir de nulle part.

Richard – Pas si vite !

Kimberley – Mais enfin… Par où êtes-vous entré ?

Brian – Il est entré comme les rats, par la cave…

Kimberley – Je sais que c’est vous qui avez tué ma grand-mère ! Vous n’échapperez pas à la justice !

Richard sort un pistolet.

Richard – Pas si vous emportez ce secret dans la tombe. Comme votre grand-mère. L’immeuble est miné. Je n’ai plus qu’à déclencher le détonateur.

Brian – Mais vous êtes fou !

Richard – Buvez ça…

Brian – Du poison ?

Richard – Juste un puissant narcoleptique.

Kimberley – Je vous en prie, restez correct ! Ou est-ce que je confonds encore avec aphrodisiaque…

Richard – On retrouvera vos cadavres dans les décombres… Et on croira à un accident. Après tout, vous n’avez absolument pas le droit d’être ici.

Kimberley – C’est vous qui m’y avez autorisée !

Brian – C’était pour vous piéger, Kimberley… Et je suis tombé dans le piège, moi aussi.

Kimberley – Vous êtes revenu pour me sauver… et maintenant vous allez mourir à cause de moi.

Richard – Assez bavardé… Buvez, je vous dis ! (À Brian) Vous d’abord.

Richard tend une fiole à Brian. Brian fait mine de la prendre mais, au ralenti, comme dans un mauvais film, il fait un mouvement pour saisir le pistolet. Un coup part. Brian s’effondre, toujours au ralenti. Retour au rythme normal.

Kimberley – Oh mon Dieu… Vous l’avez tué !

Richard – Peu importe, puisqu’il allait mourir de toute façon. Vous aussi, d’ailleurs. Buvez !

Retour au ralenti. Kimberley prend la fiole et s’apprête à boire. Surgit alors le fantôme de Yolande (silhouette énorme couverte d’un drap blanc ou d’une nappe de mauvais goût). Le fantôme sera interprété par un des comédiens (ou comédiennes) restés en coulisse.

Fantôme (voix d’outre-tombe au débit ralenti) – Tu croyais échapper à la justice des hommes, Podevin, mais tu n’échapperas pas à celle de Dieu !

Pétrifié, Richard lâche son arme. Retour à un rythme normal. Le fantôme saisit l’arme et la lance à Kimberley, qui l’attrape au vol.

Kimberley – Merci Mamy Yoyo ! Tu peux y aller maintenant, je maîtrise la situation…

Le fantôme s’en va avec un rire en écho semblant lui aussi venir de l’au-delà.

Richard – Vous avez vu ce que j’ai vu ?

Kimberley – Ça doit être l’effet de vos space cakes.

Richard – Sauf que moi, je n’en ai pas mangé…

Kimberley – Peu importe. Maintenant, vous allez rejoindre Mamy Yoyo dans l’au-delà, et je suis sûre qu’elle va bien s’occuper de vous…

Richard – Ne tirez pas, je suis sûr qu’on peut encore s’arranger.

Kimberley – Allez brûler pour l’éternité dans les flammes de l’enfer.

Elle le vise avec son arme.

Richard – Vous êtes vraiment sûre que vous ne voulez pas diriger ce Starfucks ?

Kimberley – Vous avez assassiné ma grand-mère, et vous avez tué l’homme que j’aimais. Vous allez mourir…

Richard – Réfléchissez ! Si vous me tuez, c’est vous qui irez en prison.

Kimberley – Ne vous inquiétez pas pour moi, je plaiderai la légitime défense et le crime passionnel.

Richard – Attendez, la légitime défense ou le crime passionnel ? Parce que ce n’est pas pareil.

Kimberley – N’essayez pas de m’embrouiller. Ce n’est pas parce que je confonds aphrodisiaque et narcoleptique qu’il faut me prendre pour plus conne que j’en ai l’air. Si vous avez une prière à faire, c’est maintenant.

Sanchez et Ramirez arrivent, armes à la main.

Ramirez – Ne tirez pas ! Et que personne ne bouge.

Sanchez désarme Kimberley et s’approche de Richard.

Sanchez – Au nom de la loi, je vous arrête.

Richard – Mais enfin… pour quel motif ? Cette femme est en train de me menacer avec une arme !

Ramirez – Laissez tomber. Cette fois vos relations ne vous protégeront plus, Podevin. Nous avons des preuves.

Richard – Des preuves ? De quoi ?

Ramirez – La lettre de menace que vous avez envoyée à Mademoiselle et celle que vous avez adressée à la police pour dénoncer son prétendu trafic ont été écrites avec des caractères découpés dans une même revue.

Sanchez – Le Bulletin Municipal de Beauconville… C’est sans doute en allant graisser la patte à Monsieur le Maire pour l’obtention de vos permis de construire qu’il vous a gratifié d’un exemplaire en guise de remerciement.

Ramirez – Quoi qu’il en soit, nous avons retrouvé dans la corbeille de votre bureau un numéro de cette revue. Les caractères qui ont servi à la rédaction de ces deux lettres étaient découpés aux ciseaux.

Richard – Je suis peut-être un corbeau, mais on n’envoie pas les gens en prison pour si peu. Sinon, la moitié de la France serait déjà derrière les barreaux…

Ramirez – Il s’agit tout de même d’une menace de mort. Je pense que cela suffira au juge pour vous mettre en examen.

Richard – Je propose qu’on reparle de tout ça dehors… Cet immeuble est miné, et j’ai actionné un compte à rebours qui prendra fin dans quelques minutes…

Sanchez – Rassurez-vous, on a débranché le détonateur… Enfin je crois…

Kimberley (tendant l’étoile) – Ce n’est pas tout, Inspecteur, j’ai ici la preuve que c’est lui qui a tué ma grand-mère !

Ramirez (lisant l’inscription) – « Richard m’a tuée »…

Sanchez – Ça a déjà été fait, patron, non ?

Ramirez – Au moins, là, il n’y a pas de faute d’orthographe. Passez lui les menottes, Sanchez.

Richard – Je me plaindrai à Monsieur le Préfet. Vous entendrez parler de moi !

Sanchez passe les menottes à Richard.

Kimberley – Hélas, il a aussi tué Brian… Tout est de ma faute, je ne me le pardonnerai jamais.

Mais Brian relève la tête.

Brian – Je ne suis que blessé, Kimberley, rassurez-vous.

Kimberley – Oh mon Dieu, il est vivant ! Il faut le soigner.

Sanchez examine Brian.

Sanchez – J’ai mon brevet de secourisme, ne vous inquiétez pas. Ce n’est qu’une blessure superficielle. La balle n’a fait que l’effleurer. Avec un petit pansement et un peu de sparadrap, tout ira bien.

Ramirez – Vous savez comment sont les hommes… Une égratignure et ils tombent dans les pommes.

Mais grâce à un habile truquage, une énorme tache de sang imbibe la chemise de Brian.

Kimberley – Il perd beaucoup de sang quand même, non ?

Brian – Je me sens partir, Kimberley… Mais je ne veux pas que vous vous sentiez coupable…

Kimberley – Vous avez risqué votre vie pour moi. Vous n’allez pas mourir maintenant…

Brian – J’ai entendu ce que vous disiez tout à l’heure à propos de moi, alors que vous me pensiez mort…

Kimberley – C’est vrai, je l’avoue… Je vous aime…

Brian – Et je vous aime aussi.

Ils s’embrassent, sous le regard attendri de tous les autres.

Cindy – Alors tout est bien qui finit bien.

Brian pisse toujours le sang.

Ramirez – On va tout de même appeler le SAMU…

Il s’éloigne un instant pour téléphoner.

Brian – Si je m’en sors malgré tout, Kimberley, j’ai une question à vous poser.

Kimberley – Je vous promets d’y répondre. Sauf s’il s’agit de la recette secrète des cookies de Mamy Yoyo.

Brian – Voulez-vous m’épouser, Kimberley ?

Kimberley – Oui, Bouboule.

Ramirez revient.

Ramirez – C’est pour ces moments-là, Sanchez, que je ne regrette pas d’avoir choisi ce métier.

Sanchez (la larme à l’œil) – Moi aussi, Chef…

Ramirez – Un vrai téléfilm de Noël…

Sanchez – En pire…

Brian – J’essaierai de tenir le coup jusqu’à l’arrivée des secours, Kimberley.

Kimberley – Je vous en supplie… Je ne pourrais pas vivre sans vous.

Brian – Au lieu de détruire cet immeuble insalubre, je participerai à sa rénovation, et je referai gratuitement la déco de merde de votre salon de thé.

Sanchez – C’est vrai que c’est émouvant, Chef.

Ramirez (troublé) – Vous avez un mouchoir ?

Sanchez lui tend un mouchoir sale. Ramirez regarde le mouchoir, fait la moue, lance un regard réprobateur à Sanchez, mais se mouche quand même. Brian se tourne vers Ramirez et Sanchez.

Brian – Je ne connais plus personne à Beauconville. Accepteriez-vous d’être mes témoins ?

Ramirez – Ce serait un honneur pour nous deux.

Sanchez – Vous connaissez notre devise : protéger et servir.

Kimberley – Si on m’avait dit qu’un jour je me marierais avec Bouboule…

Ramirez – Vous êtes sûr d’avoir débranché le détonateur, Sanchez ?

Sanchez – Moi, chef ? Mais pas du tout ! C’est vous qui deviez vous en charger…

Ramirez – Moi ? Mais je n’ai jamais dit ça ! C’est vous qui…

Sanchez – Je me demande si cette comédie ne va pas se terminer en drame, finalement…

On entend une sirène de SAMU.

Ramirez – Au moins le SAMU ne viendra pas pour rien…

Un grondement sourd se fait entendre, allant s’amplifiant, comme le bruit d’un immeuble qui s’effondre.

Noir

Fin

 

L’auteur

Né en 1955 à Auvers-sur-Oise, Jean-Pierre Martinez monte d’abord sur les planches comme batteur dans divers groupes de rock, avant de devenir sémiologue publicitaire. Il est ensuite scénariste pour la télévision et revient à la scène en tant que dramaturge. Il a écrit une centaine de scénarios pour le petit écran et plus de soixante-dix comédies pour le théâtre dont certaines sont déjà des classiques (Vendredi 13 ou Strip Poker). Il est aujourd’hui l’un des auteurs contemporains les plus joués en France et dans les pays francophones. Par ailleurs, plusieurs de ses pièces, traduites en espagnol et en anglais, sont régulièrement à l’affiche aux États-Unis et en Amérique Latine.

Pour les amateurs ou les professionnels à la recherche d’un texte à monter, Jean-Pierre Martinez a fait le choix d’offrir ses pièces en téléchargement gratuit sur son site La Comédiathèque (comediatheque.net). Toute représentation publique reste cependant soumise à autorisation auprès de la SACD.

Pour ceux qui souhaitent seulement lire ces œuvres ou qui préfèrent travailler le texte à partir d’un format livre traditionnel, une édition papier payante peut être commandée sur le site The Book Edition à un prix équivalent au coût de photocopie de ce fichier.

 

Pièces de théâtre du même auteur

 Alban et Ève, Apéro tragique à Beaucon-les-deux-Châteaux, Au bout du rouleau,

Avis de passage, Bed and breakfast, Bienvenue à bord, Le Bistrot du Hasard,

Le Bocal, Brèves de trottoirs, Brèves du temps perdu, Bureaux et dépendances, Café des sports, Cartes sur table, Come back, Comme un poisson dans l’air,

Le Comptoir, Les Copains d’avant… et leurs copines, Le Coucou,

Coup de foudre à Casteljarnac, Crash Zone, Crise et châtiment,

De toutes les couleurs, Des beaux-parents presque parfaits,

Des valises sous les yeux, Dessous de table, Diagnostic réservé,

Du pastaga dans le Champagne, Elle et lui, monologue interactif,

Erreur des pompes funèbres en votre faveur, Eurostar, Flagrant délire,

Gay friendly, Le Gendre idéal, Happy hour, Héritages à tous les étages,

L’Hôpital était presque parfait, Hors-jeux interdits,

Il était une fois dans le web, Le Joker, Mélimélodrames, Ménage à trois,

Même pas mort, Minute papillon ! Miracle au couvent de Sainte Marie-Jeanne,

Mortelle Saint-Sylvestre, Morts de rire, Les Naufragés du Costa Mucho,

Nos pires amis, Photo de famille, Le Pire village de France,

Le Plus beau village de France, Plagiat, Préhistoires grotesques, Primeurs,

Quatre étoiles, Réveillon au poste, Revers de décors, Sans fleur ni couronne, Sens interdit – sans interdit, Série blanche et humour noir, Sketchs en série, Spéciale dédicace, Strip poker, Sur un plateau, Les Touristes,

Un boulevard sans issue, Un bref instant d’éternité,

Un cercueil pour deux, Un mariage sur deux, Un os dans les dahlias,

Un petit meurtre sans conséquence, Une soirée d’enfer, Vendredi 13,

Y a-t-il un pilote dans la salle ?

 

Toutes les pièces de Jean-Pierre Martinez sont librement téléchargeables sur son site :

www.comediatheque.net

Ce texte est protégé par les lois relatives au droit de propriété intellectuelle.

Toute contrefaçon est passible d’une condamnation

allant jusqu’à 300 000 euros et 3 ans de prison.

Paris – Mars 2019

© La Comédi@thèque – ISBN 978-2-37705-262-2

Ouvrage téléchargeable gratuitement