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Burlesque

On entendra ici par burlesque un comique principalement visuel reposant sur la mise en scène de personnages caricaturaux dans leur composition (costume, grimage, maquillage, gestuelle, attitude) et sur un décor lui-même parodique dans son exagération, le tout résultant en une succession de tableaux rappelant le cinéma muet (Charlie Chaplin) voire le dessin animé (Tex Avery). Le burlesque peut évidemment être associé à divers autres types de comiques (notamment le comique de situation). Il peut être inscrit dans l’œuvre elle-même (Ubu Roi), ou résulter d’un choix de mise en scène. Il va de soi cependant que certaines œuvres se prêtent mieux que d’autres à une mise en scène burlesque.

Dans son célèbre ouvrage Le rire, essai sur la signification du comique, Bergson donne comme principal ressort de la comédie le fait de plaquer un fonctionnement mécanique sur un comportement humain. En quelque sorte, c’est quand la machine humaine se grippe, s’emballe, tourne à vide ou se met en boucle (bref devient incontrôlable) que surgit le comique. Si cette vision est juste, elle ne rend compte que d’un aspect de la comédie (le burlesque justement) et de l’un de ses ressorts (principalement visuel). Peut-être parce que cet ouvrage a été écrit à une époque (1900) où d’autres formes de comédies n’avaient pas encore vu le jour. Un spectacle contemporain comme « Garden Party » de la Compagnie n°8 – Quartier Libre, d’une durée de plus d’une heure, totalement muet mais au plus haut point théâtral, relève pleinement du burlesque. 


Au répertoire de La Comédiathèque

APERO TRAGIQUE A BEAUCON-LES-DEUX-CHATEAUX

CAFE DES SPORTS

COUP DE FOUDRE A CASTELJARNAC

CRISE ET CHATIMENT

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Théâtre et télévision

Ayant travaillé à la fois pour la télévision (en tant que scénariste) et pour le théâtre, Jean-Pierre Martinez connaît bien ces deux univers, et les petits personnages un peu ridicules qui y gravitent. Si on mettait les cons en orbite… les gens de théâtre et plus encore de télé ne seraient pas les derniers à tourner.

Si l’univers des médias est à juste titre l’objet de toutes les critiques, parce qu’il organise la manipulation des foules au profit de quelques uns, le monde du théâtre n’est pas non plus exempt de travers, qu’il est a priori mal placé pour dénoncer lui-même. Mais on peut toujours s’y risquer...

Au répertoire de La Comédiathèque

Pièces

LE CONTRAT
LES PYRAMIDES
PILE OU FACE
LA REPRÉSENTATION N’EST PAS ANNULÉE
REVERS DE DECORS
SUR UN PLATEAU
Y A-T-IL UN AUTEUR DANS LA SALLE ?
Y A-T-IL UN CRITIQUE DANS LA SALLE


 

Sketchs

Tout le portrait de son fils
Panne de télé
Sans titre

 

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Arrivisme

Au moins depuis « Le bourgeois gentilhomme », l’arrivisme des nouveaux riches ou de ceux qui voudraient le devenir, le cynisme des anciens riches mais toujours nobles qui aspirent à redorer leur blason, et le snobisme des privilégiés ou de ceux qui rêvent d’en faire partie, fournit l’argument de nombreuses comédies de mœurs. L’arrivisme, cependant, peut être décliné selon le contexte dans lequel il s’exerce : la famille (arriver par un mariage intéressé), les affaires (arriver en écrasant ses collègues et ses concurrents), la politique (arriver en trompant ses rivaux et ses électeurs)…

***

Au répertoire de La Comédiathèque

APERO TRAGIQUE A BEAUCON-LES-DEUX-CHATEAUX

NOS PIRES AMIS

UN BOULEVARD SANS ISSUE

COUP DE FOUDRE A CASTELJARNAC

 

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Adultère

L’adultère (ou plus précisément comment faire pour éviter le flagrant délit en la matière) est le principal argument de la comédie de boulevard, un classique du théâtre de divertissement qui peut à l’infini être modernisé dans sa facture. Dans le domaine de la comédie, l’adultère conduit rarement à la rupture. Encore moins au crime passionnel. Il est traité comme un léger accroc au contrat de mariage. L’adultère est un jeu certes dangereux, mais l’essentiel est de ne pas se faire prendre. Pour pouvoir éventuellement recommencer.

Le thème de l’adultère, s’il reste éternel, doit aujourd’hui être sérieusement dépoussiéré. L’amant dans le placard n’est plus d’actualité à l’époque d’Ikéa et de l’union libre. Dans le format court « Scènes de ménage » par exemple (sur M6), on retourne le cliché en mettant en scène un adultère voulu par consentement mutuel (pour rebooster la libido du couple), mais qui s’avère impossible à réaliser. Et si ce n’était pas si facile que ça de tromper son conjoint, même avec sa bénédiction ?


Au répertoire de La Comédiathèque

STRIP POKER

LE BOCAL

MENAGE A TROIS

UNE SOIREE D’ENFER

UN MARIAGE SUR DEUX

UN ENTERREMENT DE VIES DE MARIÉS

 

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Comédie dramatique

La comédie dramatique mêle à la légèreté de l’humour le poids de la tragédie. Il résulte de ce mariage entre la contingence de l’accident comique et la permanence d’un destin dramatique un humour grinçant. Ainsi, tandis que les personnages sont aux prises avec une situation de pure comédie, ils révèlent chacun par leur façon d’y faire face les fractures irréductibles qui les caractérisent tout en les contraignant. Alors que la comédie a généralement une fin heureuse, dans la comédie dramatique, les personnages sont condamnés d’avance, comme dans la tragédie, même si leur destin est moins funeste. Pour ce qui est du théâtre contemporain, on pourrait citer comme maîtres de la comédie dramatique le tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (avec « Un Air de famille » ou « Cuisines et dépendances », par exemple), Yasmina Réza (« Art » ou « Le Dieu du carnage ») ou encore Nathalie Sarraute (« Pour un oui ou pour un non »).


Au répertoire de La Comédiathèque

PHOTO DE FAMILLE

LE COMPTOIR

LE BISTROT DU HASARD

CRASH ZONE

LES REBELLES

LA CORDE

REPENTIR

UNE VOCATION CONTRARIÉE

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Absurde

Inauguré par Eugène Ionesco avec La Cantatrice chauve, le théâtre de l’absurde met en scène la difficulté de l’homme à faire correspondre le monde dans lequel il vit à la grille de lecture qu’il voudrait lui imposer. Il existe cependant de multiples façons de faire surgir le comique de cette impossibilité pour la raison à soumettre le réel. Entre un monde dépourvu de sens a priori et une humanité en quête d’une signification illusoire à son existence s’ouvre le gouffre sans fond du non-sens et de l’absurdité. Un propos absurde est un propos qui ne rend pas compte de la réalité, un comportement absurde est un comportement qui n’a pas de prise sur elle. Raymond Devos peut aussi être cité comme un des grands maîtres de l’humour absurde.


Au répertoire de La Comédiathèque


Pièces

SENS INTERDIT – SANS INTERDIT

MORTS DE RIRE

CRISE ET CHATIMENT

FLAGRANT DÉLIRE

CRASH ZONE

DES VALISES SOUS LES YEUX

DÉJÀ VU

LES PYRAMIDES


Sketchs

Salle d’attente
L’homme à l’oreille coupée
Autodérision
Paître
Georges
JC
Au bout de la rue
Comme sur des roulettes
Virgule
Trompe-l’œil
L’oubliée
À l’unisson

Absurde Lire la suite »

Mariage

Fondement et consécration du couple traditionnel, le mariage (le nôtre, celui de nos parents, celui de nos enfants, celui de nos amis) est l’un des piliers de notre organisation sociale. Le mariage (et son corollaire le divorce) peut servir d’argument à toutes sortes de comédies, principalement de boulevard. Comment trouver le conjoint idéal ? Comment le faire accepter par sa famille ou se faire accepter de la sienne ? Comment réussir la cérémonie ? Comment faire durer son couple malgré la routine ou malgré les entorses plus ou moins graves au contrat de mariage ? Comment mettre fin à son mariage ? Comment réussir son divorce ? Comment gérer sa relation avec son ex ?


Au répertoire de La Comédiathèque

DES BEAUX-PARENTS PRESQUE PARFAITS

LE GENDRE IDEAL

UN MARIAGE SUR DEUX

UN ENTERREMENT DE VIES DE MARIÉS

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Couple

Le couple (marié ou non, hétérosexuel ou pas, avec ou sans enfant) est un des éléments fondamentaux de la vie en société. Le couple moderne, cependant, constitue le cadre privilégié d’une communication libérée de ces conventions sociales toujours de mise avec les voisins, les amis voire le reste de la famille. En couple, on peut (presque) tout se dire. Dans le couple fusionnel, on n’est finalement plus qu’un, et parler avec l’autre, c’est un peu se parler à soi-même. Le partenaire est alors un confident ou un confesseur, un allié ou un adversaire. Mais dans les deux cas sur le mode de la franchise. On pensera notamment à la série culte « Scènes de ménage » diffusée sur M6. L’humour de cette série repose avant tout sur le caractère totalement désinhibé des échanges au sein du couple, que cette désinhibition relève d’une confiance un peu naïve dans la bienveillance supposée de l’autre à l’égard des faiblesses qu’on lui révèle, ou d’un certain sadisme dans la critique systématique d’un partenaire devenu souffre douleur.

Mais le ménage peut aussi être le lieu de tous les mensonges lorsque la trahison de l’adultère menace l’existence même du couple. C’est l’argument de la plupart des comédies de boulevard.

La difficulté, la grandeur et les petites bassesses de la vie en couple peuvent servir de prétexte à d’innombrables comédies, soit dans le huis-clos un peu absurde du ménage à deux, soit par l’irruption perturbatrice des « autres » dans l’intimité de ce huis-clos, à la fois rassurant et mortifère…


Au répertoire de La Comédiathèque

ELLE ET LUI, MONOLOGUE INTERACTIF

STRIP POKER

VENDREDI 13

ALBAN ET ÈVE

LA MAISON DE NOS RÊVES

 

 

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Le Bistrot du Hasard

The ways of chance –  Cosas del Azar (español) – Coisas do acaso (português)

Une comédie de Jean-Pierre Martinez

1 homme / 2 femmes

Au Bistrot du Hasard, Thelma et Louise, en panne de voiture, croisent Paul et le fantôme de Virginie. Drôle d’endroit pour une drôle de rencontre, aux allures de retrouvailles et de règlements de comptes. Car le hasard ne fait pas toujours bien les choses…


Ce texte est offert gracieusement à la lecture. Avant toute exploitation publique, professionnelle ou amateur, vous devez obtenir l’autorisation de la SACD.

 


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LE BISTROT DU HASARD. Paroles et Musique Jean-Pierre Martinez

Utilisation possible de ces chanson dans le cadre d’une mise en scène, sur simple demande à l’auteur et sans supplément de droits. Fichier sur demande mais seulement après avoir obtenu l’autorisation de la SACD pour ce qui est de l’utilisation du texte de la pièce.

Ces chansons peuvent aussi être interprétées en live par les comédiens de la pièce ou par des chanteurs, accompagnés par des musiciens présents sur scène, ou chantant sur une version d’accompagnement instrumentale enregistrée, fournie sur demande par l’auteur.

Nous vous invitons à découvrir l’ensemble du répertoire des chansons de Jean-Pierre Martinez sur son site dédié.

jeanpierremartinezmusic.com

 

 

 

 

 


Une comédie à suspense sur le hasard et les fantômes du passé

Le Bistrot du Hasard réunit trois voyageurs dans un bar isolé après que leurs voitures ont été immobilisées sur la route. Très vite, le lieu leur semble étrangement familier. Des souvenirs reviennent, des liens anciens se révèlent, et cette rencontre apparemment fortuite prend peu à peu l’allure d’un rendez-vous avec le passé.

La pièce offre trois rôles très vivants, avec des caractères bien différenciés et un rapport de force qui évolue sans cesse. Louise paraît d’abord la plus candide, Thelma la plus méfiante et imprévisible, tandis que Paul entretient longtemps le doute sur son identité et ses intentions. L’humour, souvent noir, accompagne une intrigue riche en révélations et en retournements, qui glisse progressivement de la comédie vers le suspense et le fantastique.

Pour le public, l’intérêt vient autant de l’atmosphère que de l’histoire : pourquoi ces trois personnages se retrouvent-ils précisément ici, tant d’années après ? Le Bistrot du Hasard joue avec les coïncidences, les souvenirs et les conséquences lointaines de nos actes. Avec trois personnages, un décor unique et une intrigue qui ménage ses surprises jusqu’au bout, la pièce offre aux comédiens un jeu très varié et au public une comédie étrange, drôle et inquiétante.


LIRE LE TEXTE INTÉGRAL DE LA PIÈCE

Le Bistrot du Hasard

Au Bistrot du Hasard, Thelma et Louise, en panne de voiture, croisent Paul et le fantôme de Virginie. Drôle d’endroit pour une drôle de rencontre, aux allures de retrouvailles et de règlements de comptes. Car le hasard ne fait pas toujours bien les choses…

Personnages

Louise

Thelma

Un bar au décor assez sommaire. Au centre un comptoir, et devant trois tables avec chacune sa chaise. Au-dessus du comptoir, une enseigne : Le Bar Hasard. Une femme arrive. Ne connaissant visiblement pas l’endroit, elle est en outre étonnée de le trouver désert. Elle fait quelques pas, et toussote pour signaler sa présence.

Louise (timidement) – Il y a quelqu’un ? (Elle fait quelques pas supplémentaires, avant de répéter, plus fort.) Il y a quelqu’un ? Apparemment, il n’y a personne… Voilà que je me mets à parler toute seule, maintenant… (Elle hésite un peu, puis s’assied à l’une des tables, avant de sortir son portable et de regarder l’écran.) Toujours pas de réseau… (Relevant la tête et regardant autour d’elle) C’est quoi, ce trou ? (Elle se dirige vers le comptoir.) Il doit bien y avoir un téléphone, dans ce bistrot… (Elle regarde sur le comptoir, mais ne voit rien, et soupire.) Je prendrais bien un café, au moins… C’est dingue ! N’importe qui pourrait entrer ici et se barrer avec la caisse… (Elle avise une bouteille et trois verres posés sur le comptoir.) Je peux toujours prendre un petit remontant en attendant… (Elle se sert un verre, qu’elle avale cul sec, en manquant de s’étrangler.) Ouah… C’est plutôt le genre agricole… (Ragaillardie, hurlant presque) Il y a quelqu’un ? Ce n’est pas vrai, il y a sûrement un téléphone quelque part… 

Elle passe derrière le comptoir et, farfouillant dans les étagères, laisse tomber un portrait dans un cadre. Elle se baisse pour le ramasser, disparaissant ainsi à la vue des spectateurs. Une deuxième femme entre. Ne voyant personne, elle fait le même manège que la première, mais plus énergiquement.

Thelma (hurlant) – Il n’y a personne ? (L’autre femme, surprise, émerge de sous le comptoir avec le portrait à la main, l’air ahurie.) Ah, bonjour ! J’ai cru qu’il n’y avait personne. Je vais prendre un café, s’il vous plaît.

Louise – Ah, non… C’est-à-dire que…

Thelma – Non mais ça ne fait rien, un thé si vous préférez… Vous avez un téléphone ? Il n’y a pas de réseau, chez vous…

Louise – Oui, je sais… Non, mais… C’est un malentendu… Je ne suis pas la patronne…

Thelma – Bon, mais… vous pouvez quand même me servir un café… ou un thé ?

Louise – Je ne suis pas non plus la serveuse… Je suis une cliente, comme vous.

Thelma – D’accord… Et… qu’est-ce que vous faites derrière ce comptoir, alors ?

Louise – Je cherchais un téléphone, justement.

Thelma – Et vous l’avez trouvé ?

Louise – Non…

Thelma – Bon… Et la patronne, elle est où ?

Louise – Aucune idée…

Thelma – Aucune idée ?

Louise – Comment voulez-vous que je le sache ?

Thelma – Je ne sais pas… Vous venez de dire que vous n’étiez pas la patronne. Donc vous savez déjà qu’il y a une patronne.

Louise – Mais pas du tout ! Je voulais simplement dire que la patronne, ce n’était pas moi. Mais je ne sais pas… La patronne… C’est peut-être un patron…

Thelma – Je vois… Donc, en somme, vous n’êtes pas de la maison…

Louise – Voilà…

Thelma – Comme je vous ai vue derrière le comptoir…

Louise – Bon, on ne va pas y passer la nuit, non plus.

Thelma – J’espère… Je suis crevée…

Louise – Oui, moi aussi…

Thelma – Non, je veux dire, je suis crevée… J’ai crevé. Crevé un pneu. Enfin, deux, plus exactement. Sur la nationale, là… Bon, je ne sais pas ce que c’est. Certainement pas une nationale. Une départementale, peut-être. Et encore. Un chemin vicinal, plutôt. Bref, j’ai crevé sur la route. Et figurez-vous que je n’ai qu’une roue de secours.

Louise – Ah, vous aussi ?

Thelma – Ben, oui… On a beau être prudent… En général, personne ne se trimbale avec deux ou trois roues de secours dans son coffre, non ?

Louise – Non, je veux dire, vous aussi, vous êtes en panne ? Parce que moi aussi j’ai crevé.

Thelma – Vous avez crevé un pneu ?

Louise – Trois.

Thelma – Non ? Vous aussi ?

Louise – C’est ce que je me tue à vous dire.

Thelma – Ok… Et vous avez appelé un dépanneur ?

Louise – Ben… Comme vous disiez… Il n’y a pas de réseau ! Et je n’ai pas trouvé de téléphone fixe…

Thelma – Je vois…

Louise – Je ne sais pas ce qu’on va devenir… Encore heureux que vous aussi, vous avez crevé…

Thelma – Vous trouvez ?

Louise – Non, je veux dire… Au moins, je ne suis pas toute seule… Et vous non plus…

Thelma – Bon, restons calmes… Quelqu’un va bien finir par arriver…

Louise – Si vous le dites…

Thelma – C’est un café, non ? Et la porte est ouverte.

Louise – Oui… (Regardant l’enseigne) Le Bar Hasard… Drôle de nom pour un bistrot. Je ne sais pas si c’est très bon signe…

Thelma – Vous savez changer une roue, vous ?

Louise – Oui, quand même… Enfin, je crois… Je ne l’ai jamais fait, mais bon… Ça ne doit pas être très compliqué… Malheureusement, comme vous dites… Quand on n’a qu’une roue de secours, et plusieurs pneus crevés…

Thelma – C’est dingue…

Louise – La loi des séries…

Thelma – Cinq pneus crevés en cinq minutes, ce n’est plus la loi des séries… Et je ne crois pas au hasard…

Louise – Vous voulez dire que…

Thelma – Quelqu’un a dû placer des clous sur la route, ce n’est pas possible autrement… Ou des tessons de bouteilles…

Louise – Mais… pourquoi ?

Thelma – Est-ce que je sais, moi ! Peut-être un garagiste, pour augmenter son chiffre d’affaires…

Louise – Dans ce cas, c’est bizarre qu’il ne soit pas déjà là pour prendre les commandes…

Thelma – Qui ?

Louise – Le garagiste ! Et puis je n’ai vu aucun garage dans le coin, et vous ?

Thelma – Non… D’ailleurs, dans le coin, il n’y a pas grand chose…

Louise – Vous vous souvenez de ce film, L’Auberge rouge, avec Fernandel ?

Thelma – Non… Et je déteste Fernandel.

Louise – Vous voulez que je vous raconte ?

Thelma – Je préfère autant pas, non…

Louise – Mais si ! L’histoire d’une famille de nobles qui tiennent des chambres d’hôtes dans leur château en ruine. Ils sont en cheville avec le garagiste du coin, qui leur envoie des clients en s’arrangeant pour que les voyageurs de passage tombent en panne.

Thelma – C’est Le Diable par la queue.

Louise – Quoi ?

Thelma – Ce film-là ! Ce n’est pas L’Auberge rouge, c’est Le Diable par la queue, avec Yves Montand.

Louise – Ah, oui, peut-être…

Thelma – Remarquez, en ce qui nous concerne, je préfère autant…

Louise – C’est vrai que je ne suis pas très cinéphile… Au fait, je ne me suis pas présentée. (Lui tendant la main) Louise.

Thelma (lui serrant la main) – Thelma.

Louise – Bon… Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Thelma – Je ne sais pas… On attend, je suppose… Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ?

Thelma fait le tour de la pièce, et s’arrête devant une porte (qu’on ne voit pas forcément). Elle essaie d’ouvrir.

Thelma – Il y a une porte, mais elle est fermée…

Louise – On pourrait marcher jusqu’au prochain village…

Thelma – Le village le plus proche, je ne sais pas à combien de kilomètres il est… Et avec mes talons…

Louise – Et puis il va bientôt faire nuit…

Thelma regarde autour d’elle.

Thelma – C’est curieux, j’ai un drôle de pressentiment.

Louise – Vous voulez dire… un mauvais pressentiment.

Thelma – J’ai l’impression de connaître déjà cet endroit.

Louise – Ah oui…?

Thelma – De l’avoir connu autrefois, si vous préférez. Il y a très longtemps.

Louise – Vous voulez dire… dans une autre vie ?

Thelma – Du temps où il y avait une patronne, en tout cas.

Louise – Ou un patron…

Thelma s’approche du comptoir.

Thelma (apercevant le portrait) – C’est quoi, cette photo ?

Louise – Un portrait… Je crois que j’ai cassé le verre… Je vais me faire engueuler par la patronne…

Thelma prend le portrait et l’examine.

Thelma – C’est bizarre…

Louise – Ne me dites pas ce portrait vous rappelle aussi quelque chose, parce que ça commence à devenir flippant…

Thelma – Je ne sais pas… Ce n’est pas seulement la photo… C’est un air de déjà vu… Le sentiment d’avoir déjà vécu cette situation…

Louise – Comment ça ?

Thelma – Ça ne vous est jamais arrivé ? L’impression de jouer dans un film que vous avez déjà vu. Sans réussir à vous souvenir de la fin.

Louise – J’espère qu’il finissait bien, votre film…

Thelma – Je ne sais pas…

Louise – Bon ben je vais reboire un coup, moi. (Elle prend la bouteille et se sert un verre.) Vous en voulez ?

Thelma – Qu’est-ce que c’est ?

Louise – Aucune idée. On demandera combien on doit quand la patronne arrivera.

Thelma – Ok.

L’autre lui sert un verre. Elles trinquent.

Louise – Allez… On ne va pas se laisser abattre pour un pneu crevé.

Thelma – Vous avez raison.

Louise – Même si en l’occurrence, à nous deux, ça fait cinq…

Elles vident leurs verres cul sec.

Thelma (avec une grimace) – Qu’est-ce que c’est ?

Louise – Il n’y a rien d’écrit sur la bouteille. Il n’y a même pas d’étiquette…

Thelma – La patronne doit distiller ça dans sa cave avec un alambic clandestin.

Louise – Vous croyez qu’on pourrait avoir des ennuis ?

Thelma – Vous ne croyez pas qu’on en a déjà ? Échouées toutes seules en pleine nuit au Bistrot du Hasard, dans un bled fantôme qui ressemble à Oradour-sur-Glane… Je commence à me demander si j’ai vraiment envie de voir débarquer quelqu’un ici, finalement…

Louise la regarde, perturbée. Paul entre, un sac de voyage à la main. Le temps qu’il ouvre la porte et la referme, on entend un bruit de tonnerre et on voit la lueur d’un éclair.

Louise – On est sauvées ! Voilà le patron…

Thelma semble plus réservée. L’homme avance vers le comptoir, sur ses gardes.

Paul – Bonjour…

Thelma – On commençait à se demander s’il y avait quelqu’un.

Paul – Quelqu’un ?

Louise – Vous n’êtes pas le patron ?

Paul – Non… Je passais par là, et…

Thelma – Ne me dites pas que vous aussi, vous avez crevé ?

Paul – Comment vous le savez ?

Louise – Combien ?

Paul – Combien…?

Louise – Combien de pneus ?

Thelma – Combien de pneus vous avez crevés ?

Paul – Vous n’allez pas le croire…

Louise – Quatre ?

Paul – Quatre.

Thelma – Alors là… Respect…

Paul – Donc vous aussi… vous avez crevé.

Thelma – Ouais…

Paul – Plus d’un pneu, j’imagine, sinon vous auriez déjà changé la roue, comme moi.

Louise – Trois.

Thelma – Deux.

Paul – Ce n’est pas possible… C’est un guet-apens !

Thelma – Oui, c’est ce qu’on disait aussi…

Louise – Au moins, maintenant que vous êtes là, on est un peu plus rassurées.

Paul – Ah oui ?

Louise – Non, je veux dire… avec un homme.

Thelma – Oui… À moins que ce soit lui.

Paul – Moi ?

Louise – Lui, quoi ?

Thelma – Lui qui a semé ces clous sur la route.

Louise – Vous êtes garagiste ?

Paul – Moi ? Pas du tout ! J’ai crevé, je vous dis, comme vous. Pourquoi j’aurais mis des clous sur la route, pour crever mes quatre pneus ?

Thelma – Admettons…

Paul – Merci de votre confiance. Je suis très touché…

Thelma – Excusez-moi, mais il y a tellement de détraqués en liberté…

Paul – C’est vrai que ça ressemble un peu au motel de Psychose, ici, mais bon… Rassurez-vous, je ne garde pas ma mère empaillée à l’étage. (Un temps, pensif) Quoique…

Louise – Quoique quoi ?

Paul – Non, je ne sais pas… Une impression…

Thelma – Ah ! Toi aussi !

Louise – Vous vous connaissez ?

Paul – Non…

Thelma – Enfin, je ne crois pas…

Louise – Non, parce que comme vous venez de le tutoyer…

Thelma – Je vous ai tutoyé ?

Paul – Je ne sais pas…

Louise – En tout cas, si vous êtes de mèche tous les deux et que c’est une blague pour me faire peur, je ne trouve pas ça drôle du tout.

Paul – Malheureusement, les quatre pneus de ma voiture sont crevés. Ça, ce n’est pas une blague. Et mon portable ne passe pas. Il y a un téléphone ici ?

Louise – On a déjà cherché partout, et on n’a rien trouvé.

Paul – Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?

Thelma – On comptait un peu sur vous pour nous le dire…

Paul – Je ne sais pas, moi… Donc, il n’y a personne ?

Louise – Personne… C’est dingue…

Thelma – Il y a une porte, là-bas, mais elle est fermée…

Paul – Ah oui… Tant mieux… Je veux dire tant pis…

Un temps.

Thelma – Vous ne portez pas de chaussures à talons, vous ?

Paul – Non… Pas aujourd’hui… Et alors ?

Thelma – Vous pourriez marcher jusqu’au prochain village. Pour téléphoner à un garagiste.

Paul – Le prochain village…? Oui, je pourrais…

Louise – Mais ?

Paul – Disons que… je préfère ne pas vous laisser toutes les deux seules ici.

Louise – Je vous avoue que ça me rassure. (À Thelma) Pas vous ?

Thelma – Ce qui me rassurerait, c’est de pouvoir repartir de ce trou au plus vite. Parce que si personne ne se décide à aller chercher du secours, on ne sait pas quand tout ça va finir…

Paul – Ni comment…

Louise – Du secours ? Jusqu’à maintenant, on ne parlait que d’un dépanneur. Ça commence à devenir vraiment flippant, cette histoire…

On entend un coup de tonnerre. L’homme s’approche d’une supposée fenêtre.

Paul – Il pleut des cordes, et il fait nuit noire.

Thelma – Ne pas nous laisser toutes seules… Dites plutôt que vous avez la trouille…

Paul – Je n’ai pas envie de sortir sous l’orage en pleine nuit, pour trouver un village qui se trouve peut-être à des kilomètres. J’appelle ça de la prudence…

Thelma – Appelez ça comme vous voulez.

Louise – On ne va pas commencer à se disputer ! Si on veut espérer s’en sortir, il faut qu’on reste unis !

Thelma – Vous avez raison, pardon…

Louise – Ça pourrait être pire… Au moins, on est à l’abri.

Thelma – Oui… Mais si on doit passer la nuit ici… Moi, je n’avais pas prévu.

Louise – Moi non plus. Et même si j’avais un bagage dans le coffre. Avec cette pluie…

Paul – Et je crois qu’il ne faut pas compter sur le room service…

Thelma – Vous, au moins, vous êtes venu avec votre sac. Vous êtes du genre prévoyant…

Paul (faisant le tour de la pièce) – Je n’ai pas l’impression que les patrons habitent ici.

Louise – J’ai aperçu quelques maisons en ruine, mais aucune lumière.

Thelma – Oui, ça ressemble à un village abandonné.

Louise – C’est quand même bizarre, un bistrot ouvert, planté comme ça en rase campagne, au milieu d’un village fantôme.

Paul – Surtout un bistrot sans patron et sans clients.

Louise – Enfin nous, on est là, mais bon… On s’en serait bien passé… Vous voulez un petit verre de ce machin, pour vous remonter ?

Paul – Merci, je préfère ne pas boire d’alcool.

Thelma – Vous avez raison, il vaut mieux que l’un d’entre nous reste lucide. Vous serez notre capitaine de soirée.

Louise – Malheureusement, Monsieur ne pourra pas nous raccompagner chez nous ivres mortes, nos trois véhicules sont hors d’état de marche.

Thelma – J’ai l’impression d’être une naufragée échouée sur une île déserte.

Louise – Oui, des naufragées de la route…

Thelma – Enfin, déserte… Pas tout à fait…

Louise – Vous préféreriez être toute seule ?

Thelma – Non… Mais si quelqu’un avait une idée pour nous sortir de là…

Un temps.

Paul – Vous avez quoi, comme voiture ?

Thelma – Une Twingo rouge, pourquoi ?

Paul – Et vous ?

Louise – Pareil. Enfin, elle est plutôt bleue.

Paul (à Louise) – Et vous dites que vous avez deux pneus crevés. Si on met les deux roues de secours sur la voiture de madame, l’un de nous trois peut repartir avec jusqu’au prochain garage !

Thelma – Oui, ça se tient…

Paul – On se demande même pourquoi vous n’y avez pas pensé avant… Bon, passez-moi les clefs de vos véhicules. Vous êtes garées où ?

Thelma – Attendez, pas si vite… Tout à l’heure, Monsieur ne voulait pas sortir sous la pluie, de peur de se mouiller…

Paul – Oui, mais là on a une chance de ne pas passer la nuit ici.

Louise – Madame a raison. Qu’est-ce qui nous dit que vous n’allez pas repartir d’ici avec nos deux voitures ?

Paul – Déjà parce que cinq de vos huit pneus sont crevés. Et ensuite parce que j’aurais du mal à repartir d’ici en conduisant deux voitures à la fois…

Thelma – Oui, mais une fois que vous aurez fait la réparation ? Et que vous serez parti soit disant pour chercher un dépanneur. Qu’est-ce qui nous dit que vous reviendrez nous chercher ?

Louise – Excusez-nous, mais… Après tout, on ne vous connaît pas. Vous pourriez très bien être un voleur, qui aurait organisé toute cette histoire pour voler une voiture.

Paul – Une Twingo ? Croyez-moi, si j’étais voleur de voiture, j’aurais trouvé quelque chose de plus simple, et j’aurais choisi un modèle plus cher.

Thelma – En même temps, mettre des clous sur la route, c’est comme lancer un filet dans la mer. On ne sait pas si c’est un petit ou un gros poisson qui va mordre à l’hameçon… Enfin, je me comprends…

L’homme, exaspéré, sort un trousseau de clef de sa poche et lui tend.

Paul – Tenez, voilà les clefs de mon 4×4…

Louise – Oui, mais qu’est-ce qui nous prouve que vous avez la voiture qui va avec ? On ne l’a pas vue, cette voiture, nous. Vous l’avez vue, vous ?

Thelma – Non…

Paul – Vous n’avez qu’à venir avec moi ! Changer deux roues sous la pluie. Et faire des kilomètres sur des routes de montagne en pleine nuit avec un inconnu. Tout ça pour trouver un garage fermé, réveiller le garagiste, et user de vos charmes pour obtenir de lui qu’il vienne nous dépanner.

Louise – C’est vrai que vu comme ça…

Paul – Vous êtes du genre méfiantes, toutes les deux, mais bon… Vous n’êtes pas vraiment en position de négocier… Alors on va dire que c’est à prendre ou à laisser, d’accord ?

Thelma prend le trousseau de clefs que lui tend Paul.

Thelma – Ok… Ma voiture est garée juste en face, sur le parking.

Louise – La mienne aussi.

Les deux femmes lui donnent leurs clefs.

Paul – Je reviens vous chercher dès que possible. Avec un dépanneur…

Il sort, en laissant son sac de voyage.

Louise – Je crois qu’on peut lui faire confiance, non ?

Thelma – Est-ce qu’on a vraiment le choix ? (Elle regarde le trousseau de clefs) BMW… Une voiture de dealer…

Louise – Et puis il a laissé son sac… (Elle s’approche du sac). Je me demande ce qu’il peut bien y avoir là-dedans.

Thelma – Je ne sais pas… De la drogue ?

Louise – Vous croyez ?

Thelma – Vous n’avez qu’à regarder !

Louise hésite, et s’apprête à ouvrir le sac, quand l’homme revient.

Paul – Pardon… J’ai oublié ça…

Thelma – Vous ne voulez pas le laisser là ? Pourquoi ?

Paul – Disons que moi aussi, je suis du genre méfiant…

Il sort à nouveau, avec le sac.

Louise – On n’a plus qu’à attendre, alors…

Thelma – Oui… En priant pour que ce salopard revienne vraiment nous chercher.

Louise – On ne saura jamais ce qu’il peut bien transporter dans ce sac.

Thelma – Il a l’air d’y tenir, en tout cas…

Louise – Vous voulez reboire un coup ?

Thelma – Ce ne serait pas très raisonnable… Je ne sais pas ce que c’est, mais ça secoue…

Louise – Moi aussi, j’ai un peu la tête qui tourne. J’espère que ce sadique ne nous a pas droguées…

Thelma – Quoi ?

Louise – Si c’est un coup monté… C’est peut-être lui qui a laissé cette bouteille sur le comptoir avec de la drogue dedans. Pour abuser de nous après…

Thelma – Nous violer toutes les deux, et puis partir ensuite avec nos vieilles Twingo pourries ? Je crois que là aussi, tant qu’à faire, il aurait choisi des modèles plus récents… et plus luxueux.

Louise – Faute de grives, on mange des merles…

Thelma – Ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu cette expression… C’est ma tante qui disait toujours ça quand j’étais petite… Je me demande si ce n’était pas vraiment des merles qu’elle nous refilait à bouffer quand elle ne pouvait pas faire autrement que de nous inviter chez elle… Vous avez déjà mangé des merles, vous ?

Louise – Non… Mais si on reste coincées là pendant une semaine, je ne sais pas ce qu’on finira par bouffer.

Un temps.

Louise – On vous attend quelque part, vous ?

Thelma – Non, personne en particulier. Et vous ?

Louise – Moi non plus… Vous vous rendez compte ? Personne ne s’apercevrait de notre disparition…

Thelma – Pas avant plusieurs jours en tout cas.

Louise – Je ne passe jamais par là, d’habitude. J’ai voulu prendre un raccourci. Je ne sais même pas où on est vraiment.

Thelma – Et ce n’est pas avec nos portables qu’on pourrait géolocaliser nos cadavres. Il n’y a pas de réseau…

Louise – Vous êtes rassurante, vous, au moins.

Thelma – Et lui, qu’est-ce qu’il peut bien faire par ici ?

Louise – Je ne sais pas… Et vous ?

Thelma – Quoi, moi ?

Louise – Qu’est-ce que vous faites par ici ?

Thelma – Ici ? Moi non plus, je ne sais pas trop où on est. J’allais à un enterrement, dans un bled perdu. Mon GPS est tombé en panne. Je n’ai jamais trouvé. J’essayais seulement de rentrer chez moi…

Louise – Quelqu’un de la famille ?

Thelma – Une vieille tante dont j’avais presque oublié l’existence. Celle dont je vous parlais tout à l’heure, justement. Je ne sais même plus pourquoi je vais à ces enterrements.

Louise – Quand on reçoit un faire-part, on se sent toujours un peu obligée.

Thelma – Oui… Et comme elle n’avait pas d’héritier direct, elle m’a laissé quelques milliers d’euros. Ce qu’elle avait sur son livret A. Je lui devais bien ça. Enfin, après avoir payé ce putain d’enterrement, je me demande si je ne vais pas en être de ma poche…

Louise – Et vous n’aurez même pas pu y assister…

Thelma – J’imagine que personne ne se sera rendu compte de mon absence… Surtout s’il n’y avait personne d’autre à ses funérailles. C’était le genre Tatie Danielle. Tout le monde la détestait.

Louise – Vous aussi ?

Thelma – Pendant les grandes vacances, mes parents travaillaient. J’aurais pu aller chez elle. Elle habitait à la campagne. Mais elle avait toujours une bonne excuse pour se défiler. Alors mes parents m’envoyaient en colo. Ça, j’en ai bouffé, de la colo… Jusqu’à l’âge de quinze ans. Et vous ?

Louise (pensive) – La colo ?

Thelma – Qu’est-ce que vous veniez faire dans le coin ?

Louise – Ah oui… Vous allez rire, mais j’allais à un enterrement, moi aussi.

Thelma – Oui, c’est marrant, en effet. Ne me dites pas que c’était l’enterrement de ma tante, qu’on est cousines, et que je vais devoir partager son Livret A avec vous…

Louise – Non, c’était l’enterrement de mon mari.

Thelma – Ah… Désolée… Je ne savais pas…

Louise – Non, mais on est séparés depuis plus de dix ans. J’y suis allée par devoir, moi aussi. Enfin, c’est une page qui se tourne.

Thelma – Oui…

Louise – Moi, je ne peux même pas espérer hériter du Livret A de mon mari, le divorce venait à peine d’être prononcé, après des années de procédure.

Thelma – Ce n’est vraiment pas de chance.

Louise – Non… Pourtant, ça m’aurait bien aidé. J’en ai marre de trimer tous les jours, même le dimanche et les jours fériés, pour un salaire de misère.

Thelma – Et qu’est-ce que vous faites comme métier ?

Louise – Je suis aide-soignante.

Thelma – Quel boulot de merde, non ?

Louise – Si… Et vous ?

Thelma – Aide-comptable. Ce n’est pas beaucoup plus marrant, mais c’est moins salissant…

Louise – Vous êtes mariée ?

Thelma – Veuve… Trois fois.

Louise – Pardon…?

Thelma – Mariée trois fois. Veuve trois fois. Il faut croire que pour le mariage, je n’ai pas la main verte.

Louise – Ah, oui, ce n’est pas banal… Je suis vraiment désolée…

Thelma – Croyez-moi, ce n’est pas évident de trouver un candidat pour faire le quatrième…

Louise – Alors si je comprends bien, vous non plus, vous ne nagez pas dans le bonheur…

Thelma – Il y a des gens comme ça, qui ne sont pas faits pour le bonheur…

Louise – Vous devriez peut-être essayer de voir quelqu’un.

Thelma – J’ai vu un analyste pendant cinq ans. Ça m’a coûté un bras.

Louise – Et…?

Thelma – Au bout de cinq ans, j’ai réalisé qu’il n’y avait que mon compte en banque qui se sentait plus léger après chaque séance.

Louise – Alors vous avez arrêté…

Thelma – Oui… Mais avant, je me suis fait un point d’honneur à récupérer ma mise.

Louise – Pardon ?

Thelma – Les psychanalystes, ça palpe tout en liquide, vous savez. C’est tout au black. J’avais vu où ce salopard rangeait ses biftons de cinquante. Le dernier jour, je suis partie avec la caisse pendant qu’il était au téléphone avec sa prochaine victime.

Louise – Et il n’a pas porté plainte ?

Thelma – Non… Il ne devait pas se sentir très net, lui non plus…

Louise – C’est la première fois que j’entends parler de quelqu’un qui braque son propre psychanalyste…

Thelma – Pourtant, c’est absolument sans risque, je vous assure. Je me demande si au bout du compte, je n’ai pas fait un petit bénéfice…

L’homme revient, trempé et l’air pas content.

Louise – Alors ?

Paul – Je n’ai pas trouvé de roue de secours dans la Twingo rouge.

Louise – Il n’y avait pas de roue de secours ?

Paul – Non.

Thelma – Vous ne saviez pas ?

Louise – J’ai acheté cette voiture d’occasion ! Je n’ai pas vérifié s’il y avait une roue de secours.

Paul (lui lançant un regard mauvais) – Je suis trempé jusqu’aux os.

Louise – Ou alors, je ne sais pas, moi… On me l’a volée… Ça arrive, qu’on vole des roues de secours, non ?

Thelma – Mais vous, vous avez bien une roue de secours.

Paul – Oui, mais je n’ai pas une Twingo. Et je doute fort que la roue de secours de mon 4×4 s’adapte sur l’une de vos petites bagnoles de merde.

Louise – Je vous en prie, restez poli !

Thelma – Ce n’est pas parce que monsieur en a une grosse…

Paul – Vous, je vous conseille de la fermer, sinon je pourrais vraiment m’énerver.

Thelma – Ok, je n’ai rien dit…

Louise – On est tous un peu nerveux, c’est normal. Mais on va se calmer, hein ? Tout ça n’est pas si grave.

Paul – Parlez pour vous…

Louise – Quelqu’un finira bien par passer sur cette route. Il verra nos trois véhicules, les pneus crevés, et il préviendra la police.

Paul – La police…

Thelma – Cette idée n’a pas l’air de vous plaire… Vous ne voulez pas avoir affaire à la police ?

Paul – Je n’ai pas l’intention de moisir ici en attendant que quelqu’un arrive, voilà. C’est si difficile que ça à comprendre ? (Il sort son portable et consulte l’écran) Toujours pas de réseau…

Louise – Et alors ? Qu’est-ce que vous nous proposez, maintenant ?

Paul – Moi ? Mais je ne vous propose rien du tout ! Dès qu’il s’arrête de pleuvoir, je me barre d’ici, et je vous laisse vous débrouiller toutes seules, voilà ce que je propose.

Thelma – C’est très galant, merci…

Paul – En attendant, je vais boire un coup, ça va me réchauffer.

Il s’approche du comptoir et se sert un verre qu’il vide cul sec. Avant de se mettre à tousser.

Thelma – Oui, c’est plutôt une boisson d’homme…

Silence. Ils s’asseyent chacun à une table.

Louise – On n’entend plus l’orage… (Elle se dirige vers la fenêtre pour regarder dehors.) On dirait qu’il a cessé de pleuvoir…

Thelma – Vous allez enfin pouvoir nous quitter, en nous abandonnant à notre triste sort…

Mais l’homme ne semble pas pressé de partir.

Louise – Vous avez changé d’avis ?

Paul – Je ne peux pas marcher… Enfin pas très longtemps… et pas très loin.

Louise – Pourquoi ça ?

Thelma – Ne me dites pas que finalement vous portez des talons aiguilles…

Paul – J’ai les pieds plats…

Louise – Les pieds plats ? Je pensais que c’était juste un truc pour se faire réformer, du temps où le service militaire existait encore…

Paul – Malheureusement, il y a des gens qui ont vraiment les pieds plats…

Thelma – Alors finalement, vous êtes condamné à rester avec nous. Pas de chance… (Silence) Si au moins, on avait un jeu de cartes, on pourrait faire une partie.

Louise – Vous voulez que je regarde si j’en trouve un ?

Thelma – Non mais je plaisante… Je n’ai pas du tout envie de jouer aux cartes. Vous avez envie de jouer aux cartes, vous ?

Louise – Non, pas spécialement…

Louise se met à faire les cent pas.

Paul – Vous pouvez arrêter de bouger comme ça, ça me rend nerveux ?

Louise – Pardon… (Elle s’assied à une table, et semble soudain perturbée.) Pourquoi cette table ?

Thelma – D’accord… Alors vous préférez qu’on fasse un café philo… Pourquoi cette table ? Pourquoi cette chaise ? Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien ?

Paul – Où est passée la roue de secours…?

Thelma – Et si ma tante en avait, est-ce que ce serait mon oncle ?

Louise – Non, je veux dire… Il y a trois tables, ici. Je ne sais pas pourquoi je me suis naturellement assise à cette table. J’aurais pu en choisir une autre. Pourquoi celle-là, précisément ?

Paul – Le hasard, j’imagine… Qu’est-ce que ça change ? On ne va pas passer la soirée là-dessus.

Louise – Comme si c’était ma place habituelle…

Thelma – Habituelle ? Pourquoi ? Vous venez souvent ici, vous ?

Louise jette un regard sur l’enseigne du bar.

Louise – Le Bar Hasard… Je suis sûre de connaître cet endroit, moi aussi… Mais comment ? Je n’arrive pas à me souvenir…

Thelma – Ce que je voudrais, moi, c’est pouvoir l’oublier très vite…

Louise – Donc, vous êtes déjà venue ici ?

Thelma – Je ne sais pas…

Louise – Mais vous disiez tout à l’heure que vous aussi…

Thelma – C’est un bar de bord de route… On a tous pu s’y arrêter un jour, il y a très longtemps avec nos parents, sur la route des vacances…

Louise – Les vacances… Ça y est, ça me revient maintenant… Le Bar Hasard ! Je suis venue ici en colonie de vacances !

Thelma – Ah oui…?

Louise – Vous aussi ?

Thelma – Oui, peut-être…

Louise – C’est vous qui tout à l’heure avez parlé de colonie de vacances… Parce que Tatie Danielle ne voulait pas vous prendre chez elle.

Thelma (regardant autour d’elle) – Oui, ça me dit vaguement quelque chose…

Louise – Mais oui ! C’était là !

Thelma – Là quoi ?

Louise – C’est ici que j’ai perdu ma virginité !

Thelma semble sous le choc.

Thelma – Pas possible… Ça me revient maintenant. Moi aussi !

Paul – Ça va, je ne vous dérange pas trop ?

Thelma – La colo ! Elle était là, juste à côté, dans les bois. On s’emmerdait tellement. C’est ici qu’on se donnait rendez-vous, avec les copains.

Louise – Pour pouvoir se bécoter hors de la vue des monos.

Thelma – Ou avec eux, parfois…

Louise – Oui… Et plus, si affinité. Dans la grange, à côté…

Thelma (regardant la table) – C’est incroyable… Il y a encore nos graffitis sur la table…

Louise – Ça ne m’étonne pas que j’ai choisi instinctivement celle-ci. Regardez ! C’est là où il a gravé nos deux noms, avec un Opinel… Louise et Paul !

Thelma – Paul ?

Paul – Paul ?

Louise – Le mono ! C’est avec lui que… Enfin, ma première fois… Je devais avoir quinze ans… Il en avait cinq de plus…

Thelma – Il venait d’avoir son BAFA.

Louise – Mais alors vous aussi, vous… Vous étiez en colo ici ?

Thelma – Je n’ai pas reconnu le village. À l’époque, il était encore un peu habité… Moi aussi, je crois que ce n’est pas par hasard si j’ai choisi cette table… Tenez… Mon nom y est inscrit aussi… avec celui de…

Louise se lève et regarde.

Louise – Paul ?

Thelma – Ce n’était peut-être pas la même année…

Louise – C’était l’été de mon BEPC, à l’époque où ça existait encore… Les autres étaient partis faire une marche de nuit… pour aller voir le feu d’artifice. Ma meilleure amie était consignée pour des raisons de discipline. Moi j’avais prétexté une maladie imaginaire pour rester avec elle. Comment elle s’appelait, déjà ?

Thelma – Thelma.

Louise – Mais bien sûr ! Thelma ! C’était toi ! Je ne t’aurais jamais reconnue.

Thelma – Moi non plus… On a un peu changé, j’imagine. Mais… je ne me souvenais pas non plus qu’on était copines à ce point-là…

Louise – L’amitié c’est comme l’amour, ce n’est pas toujours réciproque…

Thelma – Et Paul, le mono, on l’avait laissé ici pour nous garder. Tu parles… Ça, il s’est bien occupé de nous…

Louise – De toute façon, il était dispensé de marche… parce qu’il avait un truc bizarre.

Thelma – Qu’est-ce que c’était, déjà ? Pas une maladie honteuse, mais un truc dans le genre.

Louise – Il avait les pieds plats…

Thelma – C’est ça !

Les deux femmes se tournent vers l’homme.

Paul – Beaucoup de gens ont les pieds plats. Et je vous assure que je n’ai jamais foutu les pieds ici de ma vie…

Thelma – Encore un hasard, sans doute… Et j’imagine que vous ne vous appelez pas Paul non plus ?

Paul – Non… Et je n’ai pas mon BAFA…

Louise – Et vous vous appelez comment, alors ?

Paul – Si vous permettez, j’attendrai qu’on se connaisse un peu mieux pour faire les présentations.

Louise – Si vous nous avez dépucelées toutes les deux, on peut dire qu’on est déjà assez intimes…

Paul – Je vous dis que je ne suis pas Paul, et que je n’ai jamais dépucelé personne… À ma connaissance… En tout cas, pas ici… Et certainement pas vous !

Louise – Le salaud !

Thelma – Oui… On avait quinze ans et lui vingt. Ça relevait du détournement de mineures.

Louise – Il ne m’a pas violée non plus, mais bon… Il m’avait juré qu’il m’aimait. Que j’étais la seule. Alors vous aussi…?

Thelma – Je crois qu’on peut se tutoyer, non ? Oui, moi aussi, il me disait qu’il n’y avait que moi. Qu’on allait se marier. J’étais jeune. Je l’ai cru.

Louise – En fait je m’en foutais, de ce crétin. Je voulais juste me débarrasser de ça. Devenir une femme.

Thelma – Oui. C’était le soir du feu d’artifice. Tout le monde était parti pour le voir.

Louise – Non ? Ne me dis pas que toi aussi…? Alors nous deux… c’était le même soir !

Thelma – Tu parles d’un feu d’artifice… Un pétard mouillé, oui…

Louise – Oui, c’est vrai… Il pleuvait aussi, ce soir-là…

Thelma – Non, je parle de ma première fois. Avec Paul… Parce qu’il n’y avait pas que les pieds qui étaient plats, chez lui… Je me demande encore comment il a fait pour nous décapsuler toutes les deux coup sur coup.

Paul – Et on dit que les hommes sont vulgaires…

Thelma – Mais c’est vrai qu’il pleuvait cette nuit-là.

Louise – Oui. Je me souviens…

Thelma – Alors c’était la même année… Le même soir…

Paul – Il pleut souvent, le 14 juillet, par ici.

Thelma – Vous avez l’air de bien connaître la région tout d’un coup… Paul…

Louise s’approche du bar et saisit le portrait.

Louise – Je savais bien que cette photo me disait quelque chose… Virginie ! Finalement, c’est pour elle que ce salaud nous a quittées toutes les deux. Tu te souviens ?

Thelma – C’était la fille de la patronne. Alors c’est pour ça que cette photo est là…

Louise – C’est vrai qu’elle était pas mal… Elle doit avoir notre âge, maintenant.

Paul – Si elle avait votre âge à l’époque, c’est probable…

Louise – Oui, elle était beaucoup plus délurée que nous, mais elle se faisait passer pour une première communiante.

Thelma – C’est comme ça qu’elle a réussi à l’embobiner, cet imbécile. Parce qu’il faut reconnaître qu’il n’était pas très futé.

Louise – Pas très futé, mais très motivé.

Thelma – On l’appelait Popol…

Louise – Oui… Justement, à cause de… Lui aussi, il cachait bien son jeu…

Thelma – Je me demande s’il ne s’est pas tapé sa mère, aussi.

Louise – Sa mère ?

Thelma – La mère de Virginie ! La patronne du bistrot.

Louise – Non mais c’était un animal, ce type.

Thelma – Il faut dire que la patronne, elle n’était pas du genre farouche.

Louise – C’est vrai.

Thelma – D’après tous les garçons de la colo, il suffisait de sortir un petit billet.

Louise – Oui… Ils y laissaient tout leur argent de poche, mais ça valait bien les cours d’éducation sexuelle de la prof de sciences nat au collège.

Thelma – Et les travaux pratiques étaient compris dans le forfait.

Elles se marrent, tout en lançant un regard vers Paul, très contrarié. Louise reprend son sérieux.

Louise – Il y avait eu une histoire sordide, cette année-là, non ?

Thelma – Sordide ? Tu veux dire en plus qu’on se soit fait dépuceler toutes les deux dans la même soirée par un satyre aux pieds plats ?

Louise – Quelqu’un avait piqué dans la caisse du bistrot. Tu te souviens ?

Thelma – Oui…

Louise – Comme il n’y avait que nous trois de présents ce soir-là, on avait accusé Paul.

Thelma – Le pauvre…

Louise – Il a juré qu’il n’y était pour rien… Mais il s’est fait renvoyer…

Thelma – Oui…

Louise – Je n’en suis pas très fière, mais c’est vrai que j’étais plutôt contente… Une sorte de vengeance…

Paul – Une vengeance ?

Louise – Il nous avait laissé tomber toutes les deux ! Pour cette garce de Virginie.

Paul – Je vois…

Louise – J’ai dit que je n’étais pas fière. En même temps, je n’y étais pour rien, moi, s’il s’est fait renvoyer alors que ce n’était pas lui.

Thelma – C’était moi.

Louise – Quoi ?

Thelma – C’est moi qui avais piqué le fric, et qui me suis arrangée pour qu’on l’accuse lui…

Paul – Quoi ? (Les deux filles le regardent, intriguées par cette soudaine implication, et il répète, moins fort) Je veux dire… quoi ?

Thelma – Je savais où la patronne rangeait la clef de l’arrière-boutique. C’était tentant.

Louise – Tout de même…

Thelma – En échange de… Il m’avait fait cadeau de son briquet, avec ses initiales gravées dessus. Je l’ai laissé à côté de la caisse, dans le bureau fermé à clef. Je savais que c’était lui qu’on accuserait. Moi aussi, je voulais me venger.

Paul – Mais c’est monstrueux !

Thelma – Qu’est-ce que ça peut te faire, puisque tu n’es pas Paul ?

Paul – Je trouve ça complètement irresponsable, c’est tout.

Louise (à Thelma) – C’est une blague, c’est ça ? Pour essayer de le piéger ? Lui faire dire que Popol, c’est bien lui…

Thelma – Va savoir…

Louise – En tout cas, on n’a jamais retrouvé le fric.

Thelma – Et mes parents ne m’ont jamais renvoyée en colo.

Louise – Moi non plus…

Thelma – Il faut dire que deux ou trois filles sont revenues en cloque, cette année-là.

Louise – La faute à Popol…

Paul semble passablement perturbé.

Paul – Je vais voir dehors s’il pleut encore… et je vais fumer une cigarette.

Il sort. Les deux femmes se regardent.

Louise – Tu crois que c’est lui ?

Thelma – Le mono ? Je ne sais pas… Ce serait quand même un hasard extraordinaire qu’on se retrouve ici tous les trois.

Louise – En même temps… C’est le Bistrot du Hasard…

Thelma – Tout ça à cause de crevaisons en série… Et si ce n’était pas un hasard ?

Louise – Quoi ?

Thelma – Pour les crevaisons, en tout cas. Ça arrive que les flics sèment des trucs pour crever les pneus, quand ils mettent en place des barrages…

Louise – Pourquoi ils auraient mis en place un barrage ?

Thelma – Est-ce que je sais, moi…? Ils recherchent peut-être un terroriste. Ou un gangster.

Louise – Tout de même, il n’a pas une tête de terroriste. Et puis on n’a pas vu de flics.

Thelma – Ils ont peut-être levé le barrage, et ils ont oublié d’enlever les clous.

Louise – Mouais…

Un temps.

Thelma – Il a laissé son sac.

Louise – Ah oui…

Thelma – Cette fois, c’est l’occasion où jamais.

Thelma s’approche du sac et l’ouvre.

Louise – Qu’est-ce qu’il y a dedans ?

Thelma – Tu ne vas pas le croire…

Louise – Quoi ?

Thelma – Du fric.

Louise – Du fric ?

Thelma – Beaucoup de fric.

Louise – Ce n’est pas vrai… Alors finalement, c’est vraiment lui qui a piqué la caisse du bistrot ?

Thelma – C’était il y a trente ans ! Et il n’y avait pas de quoi remplir un sac de billets, crois-moi.

Louise – C’est vrai…

Thelma – Sans compter qu’à l’époque, c’était des francs.

Louise – Alors c’est quoi, tout ce fric ?

Thelma – Il y a des plans, aussi… (Elle sort quelques papiers qu’elle regarde.) Les plans d’un casino.

Louise – Il a besoin d’un plan pour aller faire ses courses chez Casino avec un sac rempli de fric ?

Thelma – Un casino où on joue de l’argent ! Celui qu’il a dévalisé, sûrement…

Louise – Ah merde…

Thelma – Je n’ai jamais vu autant de fric en liquide à la fois. Même chez mon psy…

Louise – Alors c’est vraiment un voleur…

Thelma – À vingt ans, on l’a accusé à tort. Il a peut-être décidé de poursuivre dans le métier. Pour quelque chose, cette fois…

Louise – Qu’est-ce qu’on fait ? On appelle la police ?

Thelma – Je te rappelle qu’on a aucun moyen de communication, sinon on ne serait pas ici.

Louise – Ah oui, c’est vrai…

Thelma – Tu ferais mieux d’aller voir ce qu’il fait…

Louise – Pourquoi ça ?

Thelma – Voir s’il ne prépare pas un mauvais coup.

Louise – Un mauvais coup ? Pourquoi moi ?

Thelma – Moi il me déteste. Essaie de le retenir un peu.

Louise – Pour quoi faire ?

Thelma – Fais ce que je te dis, bon sang ! Au nom de notre amitié… Je te rappelle que j’étais ta meilleure copine.

Louise – Tu ne vas pas en profiter pour lui piquer son fric ?

Thelma – Tu me prends pour qui ?

Louise – Pour quelqu’un qui a braqué son psy.

Thelma – C’est vrai que là aussi, c’est de l’argent volé…

Louise – Est-ce que voler de l’argent volé, c’est encore voler ?

Thelma – Hélas, en termes juridiques, je crois qu’on appelle ça recel…

Louise – J’y vais…

Elle sort. Thelma s’approche du bar, sort des cachets de son sac qu’elle écrase. Et verse la poudre dans un verre. Elle est presque surprise par le retour des deux autres, mais ne se démonte pas.

Thelma – Il pleut toujours ?

Paul – Non…

Thelma – On est partis du mauvais pied, tous les deux. Je suis vraiment désolée.

Paul – Ok… N’en parlons plus…

Thelma – Allez, on va trinquer tous ensemble… À nos retrouvailles…

Louise – C’est dingue, quand même. Toi, ici, avec tes deux ex… Il ne manque plus que la patronne…

Thelma – Et sa fille.

Louise – Tu nous fais pas le coup de la panne au moins ?

Thelma – Histoire de ranimer la flamme de deux vierges inconnues, trente ans après…

Cela ne fait visiblement pas rire le présumé Paul. Thelma remplit trois verres et en donne un à Louise et un autre à Paul.

Paul – C’est vraiment toi qui avais piqué ce fric ?

Thelma – Je te le dirai… seulement si tu me dis que Paul, c’est bien toi.

Paul hésite.

Paul – Ok… C’est moi.

Louise – Ce que c’est que le hasard ! Je crois qu’à ce niveau-là, on peut même parler de destin. Ça file un peu les jetons, non ?

On entend un bruit de feux d’artifice, et on voit des reflets multicolores.

Paul (inquiet) – C’est quoi, ça ?

Thelma – On n’est pas le 14 juillet, aujourd’hui ?

Louise – Encore un hasard…

Thelma – Un vrai feu d’artifice… Une sorte de commémoration, quoi.

Paul – À toi de parler, maintenant, Thelma… C’est comme au poker… J’ai montré mon jeu, à toi de montrer le tien.

Thelma – D’accord… Alors oui, c’est bien moi qui ai piqué la caisse du Bar Hasard.

Louise – Je m’en doutais… Même à l’époque, je m’en doutais…

Thelma – Il n’y avait pas grand chose, d’ailleurs. C’était assez décevant. Comme pour ma première fois avec Paul. Mais bon… Moi aussi, c’était surtout pour me venger…

Paul – Salope !

Louise – Tout ça, c’est le passé, pas vrai ?

Paul – À cause de toi, j’ai été viré de cette colo. Et je n’ai jamais retrouvé de boulot en tant que mono.

Thelma – Quand on est fiché comme délinquant sexuel…

Paul – Si j’ai mal tourné, dans la vie, c’est à cause de toi, espèce de garce.

Thelma – Et oui… On a tous ses petits soucis…

Paul – Je vais t’étrangler…

Il s’approche d’elle en titubant, et manque de s’écrouler, commençant à ressentir les effets du somnifère.

Louise – Oh mon Dieu ! Il a une attaque ! Ça doit être l’émotion…

Paul (s’appuyant sur une table) – Je ne sais pas ce que j’ai… J’ai la tête qui tourne… C’est cette garce qui m’a empoisonné…

Thelma – Il dort, ce sont les somnifères.

Louise – Les somnifères ?

Thelma – Ceux que j’ai mis dans son verre.

Louise – Mais pourquoi tu as fait ça ?

Paul s’écroule sur une chaise, avant de s’endormir la tête sur la table.

Thelma – Il voulait m’étrangler !

Louise – C’est un cauchemar… Ce n’est pas possible… C’est une histoire à dormir debout…

Thelma – Oui, eh bien moi, je ne compte pas dormir ici. Ni allongée, ni debout…

Elle va derrière le bar, se baisse, et exhibe une clef.

Louise – Qu’est-ce que c’est ?

Thelma – La clef de l’arrière-boutique. Elle est toujours planquée à la même place.

Louise – Tu savais où la patronne cachait la clef…

Thelma – Oui.

Louise – Donc c’est bien toi qui as piqué ce fric.

Thelma – Évidemment !

Thelma va vers la porte et l’ouvre la porte.

Louise – Oh mon Dieu, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir trouver derrière cette porte ? Les cadavres du passé…

Thelma revient.

Thelma – Tu ne crois pas si bien dire…

Louise – Quoi…?

Thelma – J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Louise – Une mauvaise nouvelle ?

Thelma – Il y a une femme, là-dedans. Pendue au téléphone.

Louise – Elle va bien finir par raccrocher. Elle doit être crevée, comme nous.

Thelma – Ça pour être crevée… Elle a l’air vraiment crevée.

Louise – Comment ça ?

Thelma – Quand je dis pendue, c’est au sens propre…

Louise – Non… Tu plaisantes…

Thelma – Tu veux aller vérifier ? Mais je te préviens, ce n’est pas beau à voir. Elle s’est pendue avec le fil du téléphone.

Louise – Oh, non… Mais c’est affreux… Dis-moi que c’est un cauchemar… Que je vais me réveiller…

Thelma – Je n’avais jamais vu un pendu auparavant, mais c’est vrai que c’est horrible.

Louise – Il faut appeler la police !

Thelma – Je me tue à te dire qu’on n’a pas de réseau ! Et pour ce qui est du fixe, il faudrait d’abord la décrocher.

Louise – Ah oui, c’est vrai…

Thelma – Et puis cette histoire commence à devenir un peu compliquée à raconter à la police, non ?

Louise – Tu trouves ?

Thelma – Attends, j’essaie de résumer. Bar Hasard, après des crevaisons en série, je retrouve le mono qui m’a dépucelée il y a trente ans, ainsi que la fille qu’il a aussi dépucelée le même soir. À l’époque, on avait accusé à tort ce mono d’un vol que j’ai moi-même commis pour me venger de son infidélité avec la fille de la patronne, une pute notoire. Ce salaud vient de dévaliser un casino mais on est tous bloqués là parce qu’il a les pieds plats… Je continue ?

Louise – Tu as raison… Moi-même, je m’y perds un peu…

Thelma – Et encore, j’ai simplifié un peu.

Louise – Mais c’est qui ? La fille, là-dedans ?

Thelma – Je ne suis pas sûre, mais je dirais… Virginie.

Louise – Virginie ? La fille de la patronne ?

Thelma – En tout cas, même toute bleue, elle ressemble beaucoup à la fille de la photo.

Louise – Oh mon Dieu. Mais qu’est-ce qu’elle fait là ?

Thelma – Elle a peut-être pris la succession de sa mère.

Louise – Je veux dire… qu’est-ce qu’elle fait là, pendue ?

Thelma – Est-ce que je sais, moi…

Louise – Peut-être qu’elle a décidé de se pendre après que tu as volé la caisse du bistrot…

Thelma – Quoi ?

Louise – Peut-être que suite à ça, le bistrot a fait faillite. Ou que sa mère est morte.

Thelma – Mais c’était il y a 30 ans !

Louise – On ne sait pas… C’est l’effet papillon… De fil en aiguille… Elle n’a jamais revu Popol. Au lieu de partir d’ici, elle a dû reprendre le bistrot et assurer les cours du soir aux boutonneux de la colo pour boucler les fins de mois… C’est peut-être ça qui l’a conduite à ce geste désespéré.

Thelma – Mouais…

Louise – C’est épouvantable !

Thelma – C’est le destin, on n’y peut rien.

Louise – Il faut trouver un moyen de prévenir la police.

Thelma – Si on appelle la police, Paul va se faire arrêter. Pour un vol qu’il a vraiment commis cette fois.

Louise – C’est vrai…

Thelma – Le mieux, c’est de se tirer d’ici…

Louise – Mais comment ?

Thelma – Ça c’est la bonne nouvelle. J’ai trouvé autre chose dans ce placard…

Louise – Quoi ?

Thelma retourne dans la pièce et revient avec une roue.

Thelma – Une roue de secours !

Louise – Non ?

Thelma – Et crois-moi, cette roue, c’est la roue de la fortune !

Louise – Comment ça ?

Thelma – On prend le fric, et on se barre…

Louise – On ne peut pas faire ça…

Thelma – Je te rappelle que ce type est un pédophile. Il a abusé de nous il y a trente ans.

Louise – Oui, enfin…

Thelma – En tout cas, il nous a trompées toutes les deux avec cette garce de Virginie. Tu voulais te venger, oui ou non ?

Louise – Oui, bien sûr, mais…

Thelma – Cette salope s’est pendue, et lui il finira en taule pour un braquage qu’il a vraiment commis. Pendant que nous on profitera de son fric quelque part sous les tropiques. La vie n’a pas été tendre avec nous. Ce sera notre revanche.

Louise – Tu crois ?

Thelma – Tu veux vraiment finir ta vie comme aide-soignante ? Crois-moi, c’est comme pour mon psy, il n’ira pas porter plainte.

Louise – Je ne sais pas… Ce n’est pas très moral, tout ça…

Thelma – Si le destin nous a réunis tous les trois ce soir au Bar Hasard, ce n’est pas pour rien, non ?

Louise – Je ne sais pas pourquoi, mais je te fais confiance. Et puis j’ai quelque chose à t’avouer, moi aussi.

Thelma – Ah oui ?

Louise – Je t’admirais beaucoup, à l’époque.

Thelma – Mais quand tu dis admirer…?

Louise – Tu étais tout ce que je n’étais pas. Tu osais tout…

Thelma – Eh bien tu vois, ça ne m’a pas beaucoup réussi jusque là.

Louise – D’ailleurs, si j’ai couché avec Paul, c’était juste pour faire comme toi. Pour me sentir plus proche de toi.

Thelma – Ah oui…

Louise – Notre heure est venue, Thelma, je le sens ! On va reprendre le fil de cette histoire là où il s’est rompu il y a trente ans.

Elle se rapproche de l’autre, qui a un mouvement de recul.

Thelma – Il y a aussi un téléphone, là-dedans, mais je crois qu’il vaut mieux qu’on se fasse discrètes…

Louise – Après le renvoi de Paul de la colo, peut-être qu’elle est restée toutes ces années près du téléphone, à attendre un coup de fil de lui, qui n’est jamais venu.

Thelma – Sans blague…? Tu aurais dû écrire des romans… pour Harlequin.

Louise – Et de désespoir, elle a fini par se pendre au fil du téléphone…

Thelma – Oui… Ça doit être ça…

Louise – Tout ça à cause de cette erreur judiciaire dont Paul a été victime… à cause de nous…

Thelma – Une erreur judiciaire… Il ne faut pas exagérer. Il n’y a pas eu de procès, non plus.

Louise – Tu es sûre que c’est Virginie ?

Thelma – Je ne sais pas… Elle ressemble beaucoup à sa mère… Surtout maintenant…

Louise – Maintenant qu’elle est pendue au téléphone ?

Thelma – Maintenant qu’elle a trente de plus ! Tu ne crois pas que c’est toujours la jeune fille qui rendait dingue tous les monos quand on était en colo. Et nous ? Tu nous as regardées ? On n’a pas rajeuni non plus, tu sais… Si on veut encore espérer se trouver un gigolo, il va falloir allonger les billets…

Louise – On ne va pas les laisser là tous les deux comme ça…

Thelma – Tu as raison. On n’est pas des monstres, tout de même… (Elle prend une liasse dans le sac, et la pose sur la table où Paul est affalé, endormi) Pour le personnel, comme on dit au casino.

Louise – Il y a un truc que je ne comprends pas…

Thelma – Quoi ?

Louise – Comment est-ce qu’elle pu se pendre et refermer la porte derrière elle en remettant la clef à sa place ?

Thelma – Tu veux qu’on appelle la police pour qu’elle tente d’élucider ce mystère ?

Louise – Tu as raison, ça ne nous regarde pas, après tout…

Thelma – Mais si tu veux mon avis, cette fille ne s’est pas pendue toute seule…

Louise – Et les clous ? Qui les a mis ?

Thelma – Ils sont sûrement complices.

Louise – Bien sûr… Paul et Virginie…

Thelma – Peut-être qu’il a fait croire à un suicide pour garder tout le fric pour lui.

Louise – Et elle, elle savait qu’il passerait par là après le holdup. Et elle a mis les clous pour être sûre qu’il s’arrêterait au retour au lieu de se barrer avec le fric…?

Thelma – Ou alors, c’est le destin.

Louise – Le destin ?

Thelma – Le petit Poucet semait des cailloux pour retrouver son chemin. Peut-être que le destin a semé des clous pour provoquer ces retrouvailles…

Louise – Au Bistrot du Hasard…

Thelma – Je pense qu’on avait rendez-vous là.

Louise – C’est la fatalité.

Thelma – Virginie… Ça me revient, maintenant. Hasard, c’était leur nom de famille, à Virginie et à sa mère.

Louise – Bien sûr… Le Bar Hasard…

Thelma – Comme quoi le hasard ne fait pas toujours bien les choses.

Louise – Tu crois qu’on est responsables ?

Thelma – Responsables de quoi ?

Louise – De son suicide !

Thelma – Je n’en sais rien, et je m’en fous. Allez, on se tire…

Louise – On prend quelle voiture ? La tienne ou la mienne ?

Thelma – Sur la mienne, il n’y a que deux roues à changer.

Louise – Oui… mais la mienne est presque neuve.

Thelma sort une pièce de sa poche, la lance en l’air et la rattrape dans une main en la couvrant avec l’autre.

Thelma – Face la tienne, pile la mienne.

Elle découvre la pièce.

Louise – Allons-y.

Thelma – Prends la roue de secours !

Louise – Ah oui, pardon…

Elles sortent, l’une portant le sac et l’autre la roue de secours.

Noir. Lumière.

Paul se réveille, seul. Il voit la liasse sur la table. Il se rend compte que le sac n’est plus là.

Paul – Les salopes… (Un temps) Elles n’iront pas loin, j’ai saboté les freins de la Twingo. Celle de cette garce de Thelma. Ça descend sec, pour partir d’ici, et le ravin n’est jamais loin de la route… (Il se lève et fait quelques pas d’une démarche incertaine) Reste à savoir sur quelle voiture elles vont remettre les roues de la fortune…

On entend un bruit de crissement de pneus puis d’accident.

Paul – Il y a quand même une justice… (Un temps) Ça ne me dit pas comment je vais pouvoir repartir de là… (Il va jusqu’au comptoir et regarde le portrait) Virginie… C’est fou ce qu’elle ressemble à sa mère, maintenant…

Sonnerie de téléphone provenant de l’arrière-boutique. Il tourne un regard vers la porte.

Paul – La porte ! Elle est ouverte…

Il va jusqu’à la porte. Il s’immobilise sur le seuil. Le téléphone sonne toujours.

Paul – Qu’est-ce que je fais, je décroche ?

Il entre dans l’arrière-boutique. Le téléphone s’arrête de sonner.

Paul – Allô ?

On entend la sirène d’une voiture de police et on voit des reflets de gyrophare.

Noir.

 

L’auteur

Né en 1955 à Auvers-sur-Oise, Jean-Pierre Martinez monte d’abord sur les planches comme batteur dans divers groupes de rock, avant de devenir sémiologue publicitaire. Il est ensuite scénariste pour la télévision et revient à la scène en tant que dramaturge. Il a écrit une centaine de scénarios pour le petit écran et une soixantaine de comédies pour le théâtre dont certaines sont déjà des classiques (Vendredi 13 ou Strip Poker). Il est aujourd’hui l’un des auteurs contemporains les plus joués en France et dans les pays francophones. Par ailleurs, plusieurs de ses pièces, traduites en espagnol et en anglais, sont régulièrement à l’affiche aux États-Unis et en Amérique Latine.

Pour les amateurs ou les professionnels à la recherche d’un texte à monter, Jean-Pierre Martinez a fait le choix d’offrir ses pièces en téléchargement gratuit sur son site La Comédiathèque (comediatheque.net). Toute représentation publique reste cependant soumise à autorisation auprès de la SACD.

Pour ceux qui souhaitent seulement lire ces œuvres ou qui préfèrent travailler le texte à partir d’un format livre traditionnel, une édition papier payante peut être commandée sur le site The Book Edition à un prix équivalent au coût de photocopie de ce fichier.

 

Pièces de théâtre du même auteur

Apéro tragique à Beaucon-les-Deux-Châteaux, Au bout du rouleau,

Avis de passage, Bed and Breakfast, Bienvenue à bord, Le Bocal,

Brèves de trottoirs, Brèves du temps perdu, Bureaux et dépendances,

Café des sports, Cartes sur table, Le Comptoir,

Les Copains d’avant… et leurs copines, Le Coucou,

Coup de foudre à Casteljarnac, Crise et châtiment, De toutes les couleurs,

Des beaux-parents presque parfaits, Dessous de table, Diagnostic réservé,

Du pastaga dans le champagne, Elle et lui, monologue interactif,

Erreur des pompes funèbres en votre faveur, Euro Star, Flagrant délire,

Gay Friendly, Le Gendre idéal, Happy Dogs, Happy Hour,

Héritages à tous les étages, Hors-jeux interdits, Il était une fois dans le web,

Le Joker, Ménage à trois, Même pas mort,

Miracle au couvent de Sainte Marie-Jeanne, Les Monoblogues,

Mortelle Saint-Sylvestre, Morts de rire, Les Naufragés du Costa Mucho,

Nos pires amis, Piège à cons, Photo de famille, Le Pire Village de France,

Le Plus Beau Village de France, Préhistoires grotesques, Primeurs,

Quatre étoiles, Réveillon au poste, Revers de décors, Sans fleur ni couronne,

Sens interdit – sans interdit, Série blanche et humour noir, Sketchs en série, Spéciale dédicace, Strip Poker, Sur un plateau, Les Touristes,

Un boulevard sans issue, Un cercueil pour deux, Un mariage sur deux,

Un os dans les dahlias, Une soirée d’enfer, Vendredi 13,

Y a-t-il un pilote dans la salle ?

Toutes les pièces de Jean-Pierre Martinez sont librement téléchargeables sur son site :

www.comediatheque.net

 

Ce texte est protégé par les lois relatives au droit de propriété intellectuelle.

Toute contrefaçon est passible d’une condamnation

allant jusqu’à 300 000 euros et 3 ans de prison.

Paris – Avril 2017

© La Comédi@thèque – ISBN 978-2-37705-088-8

Ouvrage téléchargeable gratuitement

Le Bistrot du Hasard Lire la suite »

Cuatro Estrellas

Una comedia de Jean-Pierre Martinez

2 hombres / 2 mujeres

¡Si dos son compañía y tres son multitud, con cuatro uno sobra en esta alocada comedia espacial! Cuatro pasajeros que no tienen nada en común participan en un viaje turístico al espacio. La convivencia de estos resulta de lo más normal, hasta que la torre de control les dice que debido a una fuga de oxígeno, tendrán que ser repatriados urgentemente. Con el pequeño inconveniente de que no habrá suficiente aire para todos ellos. Uno se debe sacrificar, de lo contrario, todos morirán. Tienen una hora para decidir cuál será el que se convierta en héroe o asesino… El reloj está andando.


Aquellos textos los ofrece gratuitamente el autor para la lectura. Sin embargo cualquier representación pública, sea profesional o aficionada (incluso gratuita), debe ser autorizada por la Sociedad de Autores encargada de percibir los derechos del autor en el país de representación de la obra. 


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La canción de la obra.

Letra y música: Jean-Pierre Martinez

Esta canción puede utilizarse en el marco de una puesta en escena, previa solicitud al autor y sin coste adicional de derechos. El archivo de audio está disponible bajo solicitud, tras haber obtenido previamente la autorización del autor para la utilización del texto de la obra.


 

 

 

 

 

 

 

 

 


LEER EL TEXTO

Cuatro estrellas

Una comedia de Jean-Pierre Martínez

Personajes :  

Natalia

Jesica

Jonathan

Iván

 

 © La Comédi@thèque

ACTO 1

 

Modulo principal de una nave espacial, al ser comedia no impide que la escenografía sea extravagante o exagerada en lo que a ciencia ficción se refiere. La pared posterior se puede cubrir con una pintura que represente un cielo estrellado visible desde la ventana. A ambos lados dos tabiques, de un lado un teléfono radio, más una terminal con una luz roja intermitente, y del otro lado un hacha roja también, en una caja de cristal con la leyenda “romper en caso de emergencia”. En la cuarta pared también se incluye una ventana que ofrece a los pasajeros unas vistas impresionantes de la tierra, la luna y las estrellas, de acuerdo con la rotación del habitáculo. A la izquierda del escenario ubicamos la salida para el puesto de mando y el laboratorio. Los baños y salas comunes al otro lado de la cabina. Jonathan, de pie frente al público, sorprendido admirando el espectáculo.

Jonathan – Es increíble, mira Jesica, ¡se ve Argentina!

Jesica, fingiendo que busca algo, lanza una mirada en dirección a Jonathan.

Jesica – Ah, si… Que chiquitita que se ve…

Jonathan – Se ve claramente la Cordillera de los Andes, la Selva Amazónica… deforestada, Punta del Este… ¡Por poco no se ve mi yate! Ahí está amarrado.

Jesica – Con Google Earth se vería. Si solo pudiera encontrar mi celular…

Jonathan – Esto es una locura, que bueno es saber que hoy en día los mapas son estrictamente fieles a la realidad, a diferencia de la edad media que por ejemplo no mencionaban América. Aquí tenemos una prueba visual de aquel error.

Jesica – ¡No me diga que pago este vuelo una fortuna solo para eso!

Jonathan – Pero mira, incluso puedo ver el Rio de la Plata (Se acerca a la ventana) No, no… Es caca de paloma en la ventana…

Jesica (acercándose también a la ventana) – Que curioso desde aquí no vemos las fronteras…

Jonathan (riendo) – ¿Que esperabas ver los trazos como en los mapas de geografía? Dicen que hasta se podía ver el muro de Berlín.

Jesica – Sí, es una pena que ya no exista.

Jonathan – Por suerte todavía se ve la Gran Muralla China!

Jesica – Y pronto se verá la que van a construir entre EEUU y México…

Jonathan – ¿Y usted? ¿Por qué hizo este viaje entonces?

Jesica – Lo gané en un concurso de tv, el primer premio incluía este viaje. Debía adivinar quién era el próximo expulsado en un reality show.

Jonathan – Ah sí, felicitaciones…

Jesica – Aunque debo decir que fuimos miles los que acertamos, finalmente por sorteo salí favorecida…

Jonathan – En cambio a mi este pequeño viaje al espacio me salió un millón de dólares…

Jesica – Claro para ser totalmente honesta, yo hubiera preferido el segundo premio.

Jonathan – ¿Que era?

Jesica – ¡Un Ford Ka!

Jonathan – Ah sí…

Jesica – ¡0 km! Con todos los chiches, levanta cristales eléctricos, cd con mp3, aire acondicionado, por cierto que calor que hace aquí.

Jonathan (vuelve a contemplar el espectáculo delante de él) – Es realmente increíble… No hay necesidad de ver el pronóstico del tiempo desde aquí. Te puedo decir que en aproximadamente una hora, un huracán devastara Nicaragua. Y créame va a ponerse fea la cosa… ¿No le parece divertido?

Jesica sigue su búsqueda por todos lados, excepto en la ventana.

Jesica – Lo tenía en mis manos hasta hace un momento… Que yo sepa no sabe volar…

(Se encuentra cara a cara con Iván, el capitán, que llego desde el puesto de mando)

Jesica – ¡Ah, Iván!

Iván – ¿Buscando algo?

Jesica – Sí, mi iPhone.

Iván (extendiendo su iPhone) – Lo encontré flotando en el techo del baño. Es un pequeño fallo del sistema de gravedad artificial en esa parte de la nave. Voy a tratar de solucionarlo…

Jesica – ¡Gracias señor!

Iván – Por desgracia, no fue el único Objeto Volador No Identificado que encontré cerca del inodoro… ¿Para qué quiere su celular?

Jesica – ¡Una llamada telefónica!

Iván – Creo que eso va a ser imposible.

Jesica – Pero si en los aviones es durante el despegue y aterrizaje que no se puede usar el móvil, ¿verdad?

Iván – Sí. Pero aquí estamos en un trasbordador espacial, claro que puede conectar su iPhone, pero si llega a tener señal a más de 180 km de la antena de su operador, definitivamente me voy a cambiar de compañía.

Jesica – Entonces no se puede llamar de ninguna manera…

Iván – Lo siento…

Jesica – Estoy totalmente aislada del mundo exterior…

Iván – Aislada del mundo no necesariamente, pero digamos que si en el espacio su iPhone llegara a sonar no sería una llamada proveniente de la tierra precisamente.

El teléfono de Jesica comienza a sonar, ella se sorprende.

Jesica – ¿Hola? (Corrigiéndose a sí misma) Perdón es la alarma me olvide de cambiarla.

Iván – Igualmente debo reconocer que cuando se está en órbita alrededor de la tierra es muy difícil saber qué hora es en realidad.

Jesica – Pero en caso de emergencia, por ejemplo, ¿no podemos ni siquiera llamar a los bomberos?

Ivan señala la luz roja en la pared junto a la radio.

Iván – En caso de emergencia estamos conectados a la torre de control constantemente por el panel de la radio. Pero si lo que quiere es cambiar su cita con el peluquero, me temo que va a tener que esperar a que volvamos a la tierra…

Jesica suspira.

Jesica – Ni siquiera sé que ponerme esta noche, con el calor que hace aquí, ¿será una cena de gala?

Iván – Mi Esmoquin lo deje en tierra, pero usted haga como se sienta más cómoda…

Jesica (sonriendo) – Genial…

Natalia entra en escena y cruza a Jesica que sale.

Natalia (con frialdad a distancia) – ¿Hola Jesica, necesita algo?

Jesica (imitando a ET) – Teléfono, casa……..

Natalia niega con la cabeza, Jesica se va.

Jonathan – ¡Miren de este lado ya se ve la luna!

Ivan se queda mirando a Jesica cuando se va a la altura de su espalda baja, lo que no escapo a la atenta mirada de Natalia.

Natalia – Por este lado también se la puede ver… (A Ivan) ¿A quién quería llamar?

Iván – Llamar a su peluquero, la madre, amigas, nada importante digamos…

Natalia no tiene tiempo para responder.

Jonathan – Iván disculpe, ¿esta noche podemos elegir que comer? Lo que hemos comido hasta aquí (Se agarra la cabeza)… Es víspera de año nuevo, ¿no pretenderá que comamos esa comida seca no?

Iván – No se preocupe Jonathan, hoy tenemos Pollo a las finas hierbas………deshidratado, con papas, a eso le agregamos agua caliente y ¡voila!

Jonathan (suspirando) – Con el precio que pague este pasaje esperaba al menos que hubiera caviar en la recepción.

Iván – ¿Por qué no come algunos de sus famosos chorizos?

Jonathan – Traía una valija llena pero me la hicieron dejar por exceso de equipaje, era eso o mi reproductor de DVD con la colección completa de los Simpson…

Natalia – Y como usted es un hombre de buen gusto…

Jonathan – Bueno, mientras tanto para ir despertando el apetito, me voy a la sala de ingravidez a hacer piruetas, todavía no logro entender cómo funciona…

Iván – Perfecto… Vaya hombre diviértase…

Jonathan – Puerco araña, puerco araña, al mal ataca con su telaraña, su colita retorcida… (Natalia niega con la cabeza evidenciando no conocer los Simpson, Jonathan emprende la salida, antes se detiene). Y Natalia. ¿Cómo va su investigación?

Natalia – Dios no creó el mundo en un solo día, deme otra semana para tratar de entender como lo hizo.

Jonathan – ¿Sobre qué investiga exactamente?

Natalia – El Big Bang.

Jonathan (escéptico) – En caso de necesitar asesoramiento comercial me avisa. (Jonathan se va tarareando la melodía de los Simpson) Puerco araña puerco araña, al mal ataca con su telaraña.

Iván (a Natalia) – ¿Sabe cómo hizo su fortuna? Embutidos… Además invento un chorizo con condimento dentro, chimi churri o salsa criolla…

Natalia – Es curioso…

Iván – Es un pesado.

Natalia – Entonces, vale lo que pesa en dólares, sin estos nuevos ricos dispuestos a pagar sumas astronómicas para ver la tierra desde el cielo, yo no podría continuar mi investigación.

Iván – Imagínese, el misterio de cómo empezó todo podría dilucidarse gracias a una marca de Chorizos…

Natalia – ¿Y usted? Sin el apoyo de los canales de tv, volaría un avión de pasajeros a las Islas Galápagos de vez en cuando en lugar de un transbordador espacial, es la triste realidad.

Iván – Los canales de TV están considerando un nuevo concepto de televisión realidad. Algo así como La Casa de la luna, una nueva versión de Gran Hermano pero en el espacio.

Natalia – ¡Gran Lunático! ¡Qué programa!!! Así que por eso Jesica está aquí…

Iván – Quieren saber si por debajo de los 60 iq el cerebro humano se resiste a la ausencia de gravedad. Así que no hay manera de poner en peligro la vida de estos chicos.

Natalia – En ese caso podrían haber experimentado con un pescado.

Iván – Un pescado no es tan bonito de ver como Jesica.

Natalia – Ah por ahí viene la cosa….

Iván – ¡Nooo! No creo realmente que sea mi tipo de mujer.

Natalia – Antes se la comió con los ojos, quien diría…

Iván – No le voy a negar que es hermosa. ¿Usted esta celosa?

Natalia – Celosa yo de ella, además ¿que le hace creer que usted es de mi tipo?

Iván – Por lo menos en la víspera de año nuevo no veo demasiada competencia… a no ser que Puerco Araña sea realmente su tipo de hombre.

Natalia – Tranquilo, su Gran Hermano versión Star Trek todavía no se estrenó.

Iván está a punto de responder cuando el terminal de la pared donde está el teléfono/radio comienza a parpadear en rojo.

Iván – Perdón… Capitán Spock, escucho… (Natalia está por salir pero intrigada por las caras que hace Iván cambia de opinión) Si… Repítame eso por favor… Esta bien… No, no…. Esta bien, manténgame al tanto.

Iván cuelga.

Natalia – ¿Algún problema?

Iván – El centro de control ha detectado una fuga en el sistema de suministro de oxígeno…

Natalia – ¿Es grave?

Iván – Todavía no se sabe… Me dicen que apenas sepan algo más nos comunican… Mientras tanto voy a conectar la alimentación de emergencia…

Jesica vuelve esta vez con un vestido atractivo.

Jesica – ¿Cree que puedo usar este vestido esta noche?

Iván no le presta atención.

Iván – Perdone pero tengo un pequeño problema que resolver. (Aparte a Natalia) No hay necesidad de preocupar a los turistas con todo esto ahora…

Iván se va, Jesica se siente decepcionada.

Jesica – Ni siquiera me miró… Me siento invisible para él… (A Natalia) ¿Usted me encuentra transparente?

Natalia – Al vestido lo encuentro transparente…

Jesica – Quizás fue demasiado….

Natalia – Es víspera de año nuevo y año nuevo es solo una vez al año, entonces por qué vestir igual que siempre, una mujer tiene el derecho de vestirse de puta si así lo desea para año nuevo, no tanto para navidad…

Jesica – ¿No te gusta?

Natalia – Yo no dije eso.

Jonathan regresa siempre tarareando.

Jonathan – Puerco araña, puerco araña…. (Se detiene al ver a Jesica)… ¿Qué me perdí?

Jesica en voz alta.

Jesica – ¿Y usted Jonathan que opina?

Jonathan (atónito, sin dejar de mirarla) – ¿Sobre qué exactamente?

Jesica – ¡Mi vestido!

Jonathan – ¡Ah su vestido, haberlo dicho antes! Yo no lo usaría en invierno…

Iván vuelve. Natalia observa que está aún más preocupado.

Natalia – ¿Está bien Capitán Spock?

Jesica – Pensé que era comandante y su nombre Iván… ¿Spock es el apellido?

Iván – Todo está bien. He conectado el sistema de ventilación de emergencia.

Jonathan – ¿Sistema y emergencia en la misma frase? No me gusta nada.

Iván (mostrando una sonrisa tranquilizadora) – Un pequeño problema técnico, pero se resolverá en un minuto… Tenga plena seguridad que podremos continuar con nuestro viaje como estaba planeado.

Jonathan – Bien, bien… Estaba pensando, como estamos dando vueltas al sol a la misma velocidad que la tierra… Bueno ya sabe, lo que quiero decir es… ¿Cuándo exactamente podemos considerar que es medianoche?

Iván (irónico) – Créame Jonathan este será el año nuevo más largo de su vida…

Preocupación en Natalia.

Jonathan – ¡Qué locura este viaje! De todos modos es algo que se hace solo una vez en la vida.

Natalia – Que la boca se le haga a un lado.

Jonathan – Hace bastante calor aquí. (Hacia Jesica) Tiene usted razón, debería haber tomado el Ka, al menos tenia aire acondicionado.

La terminal de radio de la pared comienza a parpadear. Iván intercambia miradas con Natalia y levanta el auricular. Natalia intenta desviar la atención y señala con el dedo en dirección a la ventana hacia el lado del espectador.

Natalia – ¡Estamos sobre china!

Iván (con el auricular) – ¿Si le escucho?

Natalia – ¡Incluso se ve la gran muralla!

Jonathan – ¿Dónde?

Jesica – No veo nada…

Natalia – ¡Ahí está!

Jonathan – Ah sí, ahí está la veo.

Jesica – Yo todavía no veo nada. Empiezo a preguntarme que es lo que hago aquí.

Iván (en el auricular) – Ok….

Iván cuelga e intercambia miradas de preocupación con Natalia.

Jonathan – ¡Este es el mejor día de mi vida!

Natalia – Y el ultimo…

Iván (a Jesica) – Jesica, me parece que hoy no ha hecho sus sesiones de ejercicio en el gimnasio de ingravidez. Le recuerdo que esto es parte de nuestra rutina diaria….

Jesica (suspiro) – Me marea, yo, caminar por las paredes como una Cucaracha. ¡No soy una cucaracha! ¿Por qué tengo que hacer eso?

Jonathan – Te acompaño, veras que es divertido.

Se va con Jesica, cantando. Iván y Natalia se quedan solos.  

Natalia – ¿Y?

Iván – Es un poco más grave de lo esperado…

Natalia – Me debe decir la verdad, comandante. Le recuerdo que más allá de mi condición de científica yo soy el copiloto de esta nave.

Iván – El sistema de ventilación principal está roto. Vamos a tener que recurrir al sistema de emergencia.

Natalia – Cuanto tiempo nos da el sistema de emergencia.

Iván – Cuatro horas.

Natalia – Lo suficiente para volver a la tierra inmediatamente. Pero no lo suficiente para pasar la víspera de año nuevo aquí. Los turistas se sentirán decepcionados pero a Jonathan le reembolsaran parte del dinero y Jesica tendrá su Ford Ka con aire acondicionado.

Iván – No es tan sencillo por desgracia.

Natalia – Ya me parecía. De lo contrario ¿por qué tendría esa cara de perro mojado? ¿No estaremos a la deriva en esta chatarra?

Iván – El sistema de oxigeno de emergencia solo está previsto para tres personas…

Natalia (asustada) – ¿Es broma?

Iván – ¿Porque tendría esta cara de perro mojado si esto fuera una broma?

Natalia – ¿Pero por qué?

Iván – Usted lo ha dicho, esta nave es una ruina. El propulsor se recuperó de una lanzadera Norteamericana que los americanos consideraban basura, la cabina es de una estación espacial Europea en desuso…. y el módulo en el que nos encontramos ha sido improvisado de una vieja capsula Soyuz Rusa…

Natalia (aterrada) – Si está previsto para tres personas… Entonces ¿Cómo se atreven a mandar a cuatro?

Iván – Puerco Araña pago su pasaje un millón de dólares. Sin él, y los de la Tele el viaje hubiera sido cancelado por fondos insuficientes… y usted nunca podría haber ni siquiera iniciado su investigación.

Natalia – ¿Entonces usted lo sabía?

Iván – Ya se lo dije. Era nuestra única oportunidad de hacer este viaje. ¿Hubiera renunciado a esta oportunidad única de revisar sus teorías acerca del Big Bang?

Natalia – No.

Iván – No… Porque si tiene éxito eso le valdría el Premio Nobel. Usted hubiera continuado a pesar de todo al igual que yo.

Natalia – Lo admito sí, pero nuestros turistas, ellos no son nobelizables. Tienen derecho a saber lo que pasa.

Iván – Ellos si hubieran sabido no venían…

Natacha – Puerco Araña hubiera elegido un “All inclusive” en Bora Bora.

Iván – Si, y Barbie el Ka con aire acondicionado.

Natalia – Bravo…. ¿Y ahora que proponen los brillantes organizadores de abajo?

Iván – Nada, que nos arreglemos solos, la ecuación es simple. Tenemos aire para tres personas durante cuatro horas, o reducimos la cantidad de pasajeros… O debemos dejar de respirar todos durante una hora.

Natalia – ¿Y cómo lo hacemos?

Iván – Con una capsula de Cianuro por ejemplo…

Natalia – ¿Perdón?

Iván – En el botiquín del baño, que también es chino por cierto, hay cianuro… Plan B digamos.

Natalia – ¡Genial pensaron en todo! Igualmente no va a ser fácil encontrar un voluntario para que viaje al más allá.

Iván – Tengo una idea pero no le va a agradar…

Natalia – Pruébeme…

Iván – Un poco de cianuro en polvo sobre las papas, que va muy bien, ella no se daría cuenta de nada…

Natalia – ¿Ella? Es una broma espero.

Iván – ¿Prefiere Puerco Araña?

Natalia – ¡Eso sería homicidio, comandante! A pesar de que nuestra conciencia podría vivir con ello, le recuerdo que este es un acto condenado por la ley.

Iván – Pero mandar a cuatro personas a volar con tres paracaídas en un avión obsoleto es legal…

Natalia – Ahorremos tiempo, está bien. Pero sepa que terminaremos en la cárcel o viviremos con eso en nuestras conciencias por siempre.

Iván – Tiene razón, ¿entonces que sugiere?

Jonathan y Jesica vuelven de muy buen humor, tarareando la canción de la cucaracha.

Jesica – La cucaracha, la cucaracha ya no puede caminar, por que no tiene, por qué le faltan las dos patitas de atrás…

Jonathan – Y bien comandante ¿es la hora feliz? ¡Tengo los colmillos afilados!

Jesica – Yo también estoy hambrienta.

Natalia (aparte a Ivan) – En todo caso será difícil de ocultar por tanto tiempo la verdad… Sin crear pánico innecesario claro esta… tenemos que decirles.

Iván – Usted dice que les anunciemos a estos dos tarados que uno de ellos es exceso de equipaje, pero calmados… No vayamos a crear pánico innecesario… Eso me gustaría verlo.

Natalia (vergüenza) – Puedo intentarlo…

Iván – Si logra hacer eso también puede competir por el Nobel de Psicología…

Apagón.

 

 

ACTO 2

 

Un grito agudo de Jesica en la oscuridad. Un sonido a cristales rotos. Entonces la luz se enciende. Natalia e Iván están trabajando alrededor de la joven mujer que acaba de desmayarse. Jonathan se encuentra delante de ellos, los ojos desorbitados. El sostiene el hacha que estaba en la caja de emergencia detrás del vidrio que acaba de romper.

Jonathan (empuñando el hacha de forma amenazante) – No sé qué es lo que me frena de abrirle la cabeza a ustedes dos…

Iván –E l hecho de que seamos los únicos que podamos llevar esta nave a tierra quizás…

Jonathan – Pero podría matar a uno, a usted por ejemplo…

Iván – No creo que usted sea capaz de algo así.

Jonathan – ¡Cuidado con lo que dice… he hecho una fortuna en un matadero precisamente!

Iván – ¿Mire que no soy cordero eh? Pero nada le impide tratar, siempre podre alegar defensa propia….

Natalia – De verdad creo que este no es el momento adecuado….

Jonathan – ¿Y cuándo será el momento cuando estemos todos sofocados?

Iván – Si tan preocupado esta le sugiero que deje de respirar una hora eso resolvería nuestro problema….

Natalia (hablando de Jesica) – Basta ya, porque no me ayudan con ella.

Jesica despierta.

Iván – Es una lástima, eso también hubiera resuelto nuestro problema….

Jesica – Díganme que esto es una pesadilla y que finalmente me dieron mi Ford KA.

Natalia – Ojala pero no Jesica… ¡Te has sacado el premio mayor!

Jonathan – No estás en un Ford Ka con aire, no… Justamente aire es lo que no tiene esta chatarra voladora.

Jesica – ¿Entonces es verdad? ¡Todos vamos a morir!

Natalia – No todos se lo aseguro.

Jesica – ¿Entonces debe haber una solución?

Jonathan – Sí. (Irónico) La capsula…

Jesica – De que hablan, me desespera…

Jonathan – ¡La capsula de cianuro! ¿No se da cuenta? Uno está de más aquí, y tenemos una hora para decidir cuál de nosotros es…

Jesica – Oh por dios yo estaba segura de que este viaje era una locura, no debería haber abandonado la tierra, si tan solo hubiera escuchado a mi madre. El espacio no es lugar para una dama. Este es sin dudas un castigo divino. Como la caída del Ícaro……

Jonathan – ¿Y ese quien es, uno nuevo?

Jesica – ¡Un personaje de la mitología griega! Que pretende volar como un pájaro en el cielo pero los dioses lo castigan y sus alas se derriten bajo el sol…

Iván (a Natalia) – En fin… Este sería un buen momento para decirles a estos dos que dios no existe, usted basa su trabajo en la creación del mundo, el Big Bang y esas cosas, está en condiciones de explicarles que ningún señor de barba blanca creo los cielos y la tierra…

Natalia – Pero la pregunta es quien encendió la mecha…

Iván – Bueno… por desgracia no tenemos más tiempo para filosofar. Así que, ¿qué hacemos? ¿Vemos quien saca la pajita más corta?

Jonathan – No no no, eso sería demasiado fácil e imprudente….

Iván – Hablando de imprudencia, usted podría bajar el hacha.

Jonathan baja el hacha de mala gana.

Jonathan – Eres el piloto, y nos has metido en esta mierda. Eras el único que sabía la verdad y decidió callar. ¡Creo que es hora que asuma su responsabilidad! ¡En un barco, el capitán se hunde con él, después de que todos los pasajeros se suben a los barcos salvavidas!

Iván – Atención al Señor Cerdo, llamada desde la tierra…

Jonathan – Se imagina que lindo sería, quedaría como un héroe.

Iván – ¡Esto no es una película, hombre!

Jesica – Sin embargo estamos peor que en el Titanic…

Iván – Yo no soy más que un subordinado, he seguido órdenes.

Jonathan – ¡Es lo mismo que dijo el tipo que soltó la bomba en Hiroshima!

Los dos hombres están al borde de la confrontación, Natalia interviene.

Natalia – ¡Pueden terminar ya! Cansan… Y además queman el oxígeno que nos queda innecesariamente… En cuanto a Iván, es verdad. Sería injusto asignarle la responsabilidad. Incluso si buscamos un culpable les recuerdo que la pena de muerte ha sido abolida en la mayoría de los países democráticos.

Jonathan (señalando a los espectadores como si mirara por la ventana de vidrio) – Deberíamos apuntar hacia China o Estados Unidos.

Natalia – Los verdaderos culpables están abajo eso es verdad. Igual nadie desconocía que la realización de este viaje era más peligroso que ir a San Fermín vestido de rojo y en pantuflas.

Jesica – Yo traje un vestido rojo que me queda lindo.

Jonathan – Esta bien olvidémonos de la tierra por un instante. ¿Qué hacemos? ¿Podríamos tratar de identificar entre nosotros al hombre o la mujer cuya perdida significaría menos para la humanidad?

Iván (irónicamente) – Algo me dice que usted tiene razones para creer que es un tipo indispensable.

Jonathan – Tengo una fábrica que emplea a más de 200.000 personas.

Iván – ¿Y usted realmente cree que su fábrica de embutidos no sobreviviría sin usted? Los accionistas nombrarían otro director general y asunto resuelto.

Jonathan – ¿Y usted tiene razones para creer que tiene más importancia que yo?

Iván – Para empezar sé cómo volar esta nave.

Natalia – Yo también…

Jonathan – Ya ve… Uno de ustedes dos será suficiente para conducir esta nave y proporcionarnos el servicio de habitaciones. El otro puede desaparecer por completo. (A Natalia) Cualquiera de los dos me da igual……

Iván – ¡Usted se cree más útil para la humanidad que un futuro Premio Nobel!

Jonathan – ¿Y por qué no?

Iván – Tiene usted razón si hubiera un premio Nobel de Choripanes seria para usted.

Jonathan – Em-bu-ti-dos. Y si, mis embutidos alimentan a un tercio de la población Argentina. Ahora si hablamos del choripán, todos sin excepción aman un buen choripán. (A Natalia) ¿Usted que hacia?

Natalia – Investigo sobre los orígenes del mundo.

Jonathan – ¿O sea…?

Natalia – Nada.

Jonathan – ¿Y ya encontró respuestas que contesten a sus preguntas?

Natalia – No.

Iván – En este caso no eres tan nobelizable, no sé qué te hace creer que tu investigación sea tan útil para nosotros.

Natalia – Nunca he dicho eso…

Nuevo silencio.

Jonathan (a Jesica) – ¿Y usted?

Jesica – ¿Yo que?

Jonathan – Denos una buena razón por la cual debe volver a la tierra……con vida.

Jesica (patética) – Tengo un gato, un perro y un canario que me esperan en casa… Por no hablar de mi madre…

Natalia – ¡Basta! Este no es el camino. ¡Es monstruoso discutir el valor de una vida sobre otra! Es cierto, tal vez que no he descubierto mucho pero al menos sé que ninguna vida vale menos que otra.

Jonathan – Perfecto, entonces a votar.

Jesica – ¿Qué?

Jonathan – Estaba en contra de la votación hasta hace un momento. Y puede ser que sea difícil sacrificarse por los demás, lo entiendo. Pero votar para ver quién de nosotros es el más digno de asumir este honor me parece estupendo.

Natalia – ¡No estoy de acuerdo!

Jonathan – No tiene que votar si no quiere, estamos en democracia. Pero eso no impedirá que votemos por usted, si no sería muy fácil…

Jonathan toma una libreta y un lápiz.

Jonathan – Cada uno pone un nombre en un papel, lo dobla y se lo entrega a Natalia que los va a abrir. ¿Iván?

Iván – Usted jura acatar el resultado de esta votación.

Jonathan – Lo juro.

Iván – Esta bien, vamos a ver…

Jonathan anota un nombre en la hoja, la corta, la dobla en cuatro y pasa el talonario y el lápiz a Ivan.

Jonathan – Sírvase.

Iván – ¿Por qué esta tan seguro de su popularidad?

Jonathan – ¿Y usted?

Ivan hace lo mismo que Jonathan y pasa el bloque más el lápiz a Jesica.

Jonathan – No se preocupe Jesica cuando todo termine usted tendrá su Ford Ka, yo personalmente me asegurare de ello…

Iván le lanza una mirada asesina, Jesica vacila, corta el papel lo dobla y lo coloca sobre la mesa.

Jonathan – Natalia nos haría el honor de anunciar los resultados de las elecciones.

De mala gana Natalia toma un papel y lee.

Natalia – Ivan… (La tensión es palpable, agarra otro papel) Jonathan… (Ella agarra el tercer papel) Jesica… (Aliviada) La votación no dejo ningún elegido para el martirio…

Iván (a Jonathan) – ¿Yo voté en contra de usted, usted voto en contra mío, y quien voto en contra de Jesica?

Jesica – ¡Yo!

Natalia – ¿Usted estaba dispuesta a sacrificarse?

Jesica – Ay no, pensé que teníamos que votar por quien se tenía que salvar.

Miradas afligidas de los otros tres.

Jonathan – Esto no decide nada.

Iván – En tal caso todos morimos en… (Mira su reloj) unas dos horas……

Jonathan – Y… ¿Por qué estamos discutiendo aquí en vez de emprender la vuelta a toda marcha?

Iván – Porque la nave podrá empezar a ser operada de forma manual una vez que entremos en la atmosfera, lo que será en media hora aproximadamente.

Natalia – Anteriormente girábamos en una órbita distante, pero la nave está en camino, si no, hubiéramos girado alrededor de la tierra para siempre.

Jonathan – Ahora me lo viene a decir. Y pensar que me vendieron este viaje como “una estadía placentera…”

Iván – Así que tenemos todavía media hora para decidir quién de nosotros cuatro tiene las cualidades de un héroe.

Natalia – Es una opción digna de una tragedia griega. Si cualquiera de nosotros no acepta morir, moriremos todos. Cada uno de nosotros tiene pues, la posibilidad de morir y salvar a los otros tres o morir por nada con los otros tres…

Jesica – ¿O un perfil bajo y la esperanza de que otro se sacrifique en su lugar?

Natalia – De todos modos no vamos a usar a nadie de chivo expiatorio. El que muera para salvar a los otros tres debe ser voluntario.

Jonathan – Perfecto… candidatos.

Silencio.

Natalia – Me ofrezco como voluntaria.

Los otros tres se quedan atónitos. Jonathan es el primero en reaccionar.

Jonathan – Excelente, está arreglado. Tenemos que agradecerle, pero después de todo, como decía usted, iba a morir de cualquier manera.

Iván – ¿Por qué hace esto? Sacrificándose como lo hizo Jesús, cuando ni siquiera cree en Dios…

Jonathan – ¿Una pregunta? Dado que la Señora es la voluntaria y estamos todos de acuerdo, a cambio prometo hacerme cargo del 50% de los gastos que su funeral ocasione, por supuesto, ¿Tiene además deseos particulares?

Iván – ¡Cállese! Natalia, usted piensa sacrificarse por un vendedor de salchichas……

Jesica – Mi perro es salchicha…

Jonathan – Ahora son salchichas…

Natalia – ¿Quién les dijo que yo pensaba sacrificarme por ustedes?

Iván – Creo que no vale la pena, créame.

Natalia – Llámelo un acto de orgullo, no sé. Pero si hay que morir, prefiero hacerlo con dignidad.

Iván – No voy a dejar que lo haga.

Natalia – Y cómo piensa impedirlo.

Iván – Soy yo el que tiene la clave del botiquín. Y si alguien tiene que sacrificarse aquí, soy yo.

Jonathan – Bueno no se van a pelear ahora, que con uno basta.

Natalia – ¿Usted estaría dispuesto a hacer eso por mí? ¿Por qué?

Iván – Porque tú lo vales……

Jonathan – Lo que es seguro es que no pueden morir los dos. Uno de ustedes nos tiene que llevar a casa. (Hablándole a Jesica) Solo tengo licencia para camiones. Y esta joven encantadora a duras penas que podría aparcar el Ford Ka en su garaje…

Jesica – No estoy de acuerdo.

Jonathan – Perdón por lo del Ka, retiro lo dicho.

Jesica – No estoy de acuerdo con que Natalia o Iván se tengan que sacrificar por nosotros.

Jonathan – No vamos a empezar de nuevo, esto ya estaba decidido.

Jesica – ¿Cómo podremos seguir viviendo con esto en nuestra conciencia después?

Jonathan – Créame (Mirando su reloj) No tenemos más que quince minutos para decidirlo.

Iván – Entonces ¿Qué sugieres?

Jesica – El azar, es la única solución que me parece justa.

Jonathan – Justa y arriesgada…

Natalia – Me pregunto si no es Jesica la que finalmente tiene la razón, no sé si están de acuerdo conmigo.

Jonathan – ¿Tenemos alguna elección?

Iván – En realidad no.

Jesica – El tema será ahora encontrar el instrumento de azar.

Iván – Yo propondría la Ruleta Rusa. En una cabina Soyuz sería lo adecuado. Pero desgraciadamente las armas de fuego están prohibidas a bordo. Además si la bala atravesara el cráneo y agujereara la cabina, se despresurizaría, sería un desastre…

Jesica – ¿Y si usamos el hacha?

Iván – ¿Y cómo se imagina que técnicamente jugaríamos ruleta rusa con un hacha?

Silencio de reflexión.

Jonathan – ¿Podríamos hacer una partida de Truco? Traje cartas… Cada partido es un litro de aire. Y el perdedor tiene que dejar de respirar.

Jesica – No se jugar al Truco.

Jonathan – Yo le enseño es muy simple… El uno de espada y el de basto…

Iván (interrumpiéndole) – No trate de confundirnos, el Truco no es un juego de azar.

Jonathan – Usted tiene una mejor idea…

Iván – Tal vez…

Ivan está a punto de salir, Jonathan lo detiene.

Jonathan – ¿A dónde va?

Iván – Voy a buscar algo para tomar. Usted dijo que yo estaba a cargo de los servicios de habitaciones. ¿Verdad?

Jonathan – Yo propongo que permanezcamos agrupados. ¿Quién nos asegura que no esté preparando un ataque por la espalda?

Iván – Tiene mi palabra que no planeo ningún ataque, si quiere puede acompañarme…

Se enfrentan cara a cara y finalmente, Jonathan se hace a un lado.

Jonathan – Está bien, estamos entre personas educadas, después de todo…

Iván sale de la habitación. Nuevo silencio. Natalia mira las estrellas a través de la ventana.

Natalia – Lo encontrara raro para un astrofísico pero jamás me tomo el tiempo de mirar las estrellas de esta manera…

Jonathan (indiferente) – Ah sí…

Natalia – Me pregunto si la respuesta no está ahí finalmente…

Jesica – ¿La respuesta?

Jonathan – ¿A cuál pregunta?

Natalia – El origen del universo.

Jonathan (desesperanzado) – Y dale con lo mismo….

Natalia (emocionada) – Y si la pregunta no es científica sino puramente estética. ¿Si Dios es un artista?

Jonathan se encoge de hombros, Jesica también mira las estrellas.

Jesica – Es cierto que es hermoso.

Natalia (a Jonathan) – Venga también, si usted ha hecho este viaje para ver de cerca las estrellas. ¿O no?

Jonathan – Yo estoy aburrido como un hongo, eso me pasa.

Natalia – Creí saber todo lo que se podía saber acerca del cielo y en realidad estábamos a mitad de camino…

Jesica – Sonara extraño, pero no lamento no haber ganado el KA. Incluso si tengo que morir aquí, ahora, no me importa porque he visto esto… Nunca me sentí tan viva.

Natalia – Todos desapareceremos un día. Debemos ser conscientes al levantarnos cada mañana y agradecer por la vida. Después de todo, las estrellas también mueren. El sol mismo un día dejara de brillar.

Jesica – ¿Ahora mismo nosotros somos estrellas entre otras estrellas?

Natalia – Cuatro estrellas si, entre tantas otras….

Jonathan – Cuatro estrellados vamos a ser. Rápido nos vamos a apagar….

Natalia (mirando al cielo estrellado nuevamente) – Las estrellas también se apagan. Pero cuál de ellas alberga el misterio del universo. Del movimiento perpetuo. Un enorme rompecabezas que nunca logramos reconstruir… porque al final siempre nos falta una pieza.

Jonathan – Ahora… cuando nos sofoquemos le pregunta a Dios si la tiene…

Ivan ingresa con cuatro copas de champagne.

Iván – ¿Ya brindaron por el año nuevo?

Jonathan – ¿Ya es la hora?

Iván – Claro ya es hora y una de estas copas contiene cianuro.

Los otros tres se quedan en silencio.

Jonathan – ¡Usted sabe cuál! ¡Fue usted quien las preparó!

Iván – Por esa razón tomaré la última copa en honor a usted Jonathan.

La bandeja se mueve hacia Jonathan invitándolo a servirse, este duda.

Jonathan – ¿En verdad sabe dónde está?

Iván – No, de lo contrario no sería divertido.

Jonathan decide agarrar una copa y luego Ivan le extiende la bandeja a Jesica que también duda.

Jesica – No puedo soportar el champagne, las burbujas me hacen mal.

Iván –o siento.

Jesica se decide por una copa. Ivan le acerca la bandeja a Natalia que sin dudar agarra una también. Ivan toma la última copa, se acercan los cuatro y levantan sus copas para brindar.

Iván – A la salud de los sobrevivientes!

Los cuatros vacían sus vasos de un solo trago.

Jesica – Mmm rica… ¿Tenemos sushi?

Apagón

 

 

ACTO 3

Los cuatro sentados en semis circulo, el ambiente esta pesado.

Jesica – Pensé que un cohete de este tamaño haría mucho ruido. Pero aquí lo que sobra es el silencio…

Jonathan – Un silencio sepulcral.

Jesica – Aquí hay más silencio que en la casa de mi abuela, y eso que ella vive en el campo…

Natalia – El sonido no puede propagarse en el vacío, es por eso que no escuchamos nada…

Jesica – ¿En lo de mi abuela?

Natalia – ¡En el espacio!

Iván – Sin embargo el cosmos es de todo menos tranquilo. La mayoría de las estrellas que vemos han muerto hace milenios en un gran incendio nuclear. Si Dios existe es más parecido al Doctor Strangelove que a George Moustaki…….

Nuevo silencio.

Jesica – No entendí…

Jonathan – Lo que quiere decir, mi querida Jesica, es que las estrellas también mueren constantemente.

Iván – Si y mueren en silencio a pesar de todo ese espectáculo.

Silencio.

Jonathan – ¿No podemos poner un poco de música?

Natalia – ¡Me aterra el silencio eterno de esos espacios infinitos!

Jonathan – Es lo que yo decía…

Natalia – ¡Pascal!

Jonathan – ¿Pascal?

Iván – Blas Pascal. ¿El filósofo?

Jonathan – Ah si en un capítulo de los Simpson aparece con una ardilla y explica la teoría de la probabilidad.

Natalia – Bueno… al menos sacó algo de enseñanza de ese programa.

Silencio. Jesica toma un bocado del plato.

Jesica – No era tan malo el pollo disecado este.

Jonathan – Lo que me da una idea… y si empiezo a fabricar y procesar chorizos deshidratados, seria genial y podría exportar en mayor cantidad a menores costos.

Natalia – ¡Que ridículo! A propósito no siento ningún síntoma… ¿Ustedes?

Jesica – Yo tampoco.

Iván – Lleva tiempo que actué el veneno.

Jonathan – ¿Cuánto?

Iván – Un cuarto de hora supongo.

Jesica – ¿Es doloroso?

Iván – No lo sé nunca tome antes de hoy.

Natalia – ¿Cómo antes de hoy?

Iván – Una forma de decir nada más.

Natalia – Si no recuerdo mal el envenenamiento por cianuro en un primer momento causa convulsiones, pérdida de conciencia, coma profundo…

Jonathan – Efectos secundarios…

Natalia – Efecto principal… detiene el corazón por falta de oxígeno.

Todos tragan saliva.

Iván – Era el veneno favorito de la aristocracia nazi. Goering se suicidó para escapar de su ejecución tras el proceso de Nuremberg.

Jonathan – Cometer suicidio para escapar de la ejecución… No veo el beneficio…

Natalia – De todos modos uno de nosotros morirá en los próximos minutos. Sugiero que todos digamos que cambiaría de su vida si tuviera la posibilidad de hacerlo.

Iván – Usted primero….

Natalia – Si no muero voy a volver a una tienda que vi unos zapatos hermosos y darme el gusto de comprármelos.

Jonathan – ¿Eso cambiaría?

Natalia – El precio me pareció exagerado para un par de zapatos… pero esta aventura me ha enseñado la importancia de la frivolidad. ¿Usted Jonathan?

Jonathan – Por empezar debo dejar de preocuparme solo por mí, por eso estoy aburrido, y el cielo es para los pájaros, yo pertenezco a la tierra….

Natalia – ¿Entonces?

Jonathan – Voy a crear una fundación…

Iván – Usted…

Jonathan – ¿Por qué no? ¡Como Bill Gates!

Natalia – ¿Y cuál sería el propósito de esta fundación?

Jonathan – No lo sé. Acabar con el hambre en el mundo por ejemplo.

Iván – Quien daría, eso me gustaría verlo.

Jonathan – No siempre fui rico, no nací en cuna de oro como quien dice.

Jesica – Cuna de plata tal vez…

Jonathan – Puede ser… Mi abuelo fue el que empezó con el negocio de la carne, mi tío y mi padre se hicieron cargo a la muerte de mi abuelo. Mi padre falleció y al tiempo mi tío que no tenía hijos y ahí tuve que hacerme cargo de todo yo.

Iván – En el fondo sigue siendo un tipo de barrio.

Jonathan – Creo que cuando me hice cargo del negocio la idea era esa, alimentar a la gente con menos recursos, yo soy un idealista también, no sé qué me pasó….

Iván – ¿Y usted Jesica?

Jesica – Reanudaré mis estudios, seguiré aprendiendo idiomas.

Natalia – ¿Usted estudiaba?

Jesica – ¿Si, sorprendida?

Natalia – Un poco, qué clase de estudios.

Jesica – Me interesé en la comunicación, el arte, cantar, actuar. Dejé todo cuando me eligieron para miss Argentina…

Jonathan – ¿Eres miss Argentina?

Jesica – Casi… Me hicieron renunciar justo antes de la final. Un ex-novio que subió un video a las redes donde estamos haciendo cosas de pareja, nada extravagante, un video casero que filmamos hace muchísimo, cosas de adolescente rebelde…

Jonathan la mira con otros ojos…

Iván – ¿Así que habla otros idiomas?

Jesica – Con fluidez Mandarín y Francés, el idioma del amor, ahora estoy practicando algo de ruso.

Iván – Haberlo sabido antes, las instrucciones de la nave estaban en chino.

Jesica – Si los idiomas orientales son muy difíciles, el coreano es hermoso, muy musical…

Natalia – ¿Y usted Iván?

Iván (visiblemente fuera de sí) – Creo que para mí no es el momento adecuado de hacer planes de futuro.

Jesica – ¿No me diga que siente las primeras contracciones… digo convulsiones?

Iván – Voy a dejar que termine la víspera de año nuevo en paz. (Se levanta con dificultad y entrega una carta a Natalia) Mira, escribí una carta en caso de… (Natalia toma mecánicamente la carta) Deberías leerla cuando me haya ido… Odio las despedidas…

Natalia (triste) – Te acompaño…

Iván – No gracias prefiero estar solo… Les deseo a todos un buen viaje…

Jesica – Gracias… Usted también…

Sale de la habitación, los otros tres se quedan solos petrificados.

Natalia se levanta y toma el vaso de Ivan y lo arrima a su nariz cuidadosamente.

Natalia – En este vaso nunca hubo veneno.

Jonathan – ¿Cómo lo sabes?

Natalia – El cianuro tiene un ligero olor a almendras amargas, lo he manipulado muchas veces en el laboratorio y tengo un agudo sentido del olfato.

Jesica también huele el vaso.

Jesica – Es verdad, yo tengo un jabón antialérgico con olor a almendras podridas y esto no huele más que a champagne.

Jonathan – Si a Iván solo le ha caído mal la comida, entonces uno de nosotros tres esta por morir…

Natalia huele los otros vasos.

Natalia – Ninguno de estos vasos tiene olor a cianuro.

Jesica – Pero Iván se veía muy mal…

Jonathan – ¿Entonces?

Natalia – Entonces tomó el veneno antes de servir las copas por eso no importaba quien tomara cual ¿Sino por qué escribir una carta?

Jesica – Pero… ¿Porque?

Natalia – Se sacrificó por nosotros. Voluntariamente, pero no quería que lo sepamos.

Jonathan – ¿Por qué haría eso? No tiene ningún sentido.

Natalia – Para aliviar nuestras conciencias, nos deja creer que fue el destino lo que nos salvó y no un suicidio. Los verdaderos héroes no buscan honores…

Jesica – ¡Por dios!

Jonathan – Jamás lo hubiera creído…

Natalia – No tengo palabras…

Jonathan – ¿Que dice la carta?

Natalia – Prefiero leerla más tarde.

Jonathan – Si… pero tal vez tenga alguna información útil, algo que tiene que ver con usted y la operación de esta nave. No olvide que él era el capitán.

Natalia abre el sobre y comienza a leer en silencio ante la atenta mirada de los otros dos.

Jesica – ¿Y? Diga algo…

Natalia – Es una especie de testamento.

Jonathan – Encima nos dejó algo… Que tipo generoso.

Jesica le da una mirada de reproche.

Natalia – Es un testamento y algunos pedidos especiales.

Jonathan – ¿Pedidos?

Natalia – Pide que le dé su nombre a la fundación.

Jonathan – ¿Fundación? (Las dos lo miran con desprecio) Ah si la fundación para los más hambrientos.

Natalia – También le pide a usted Jesica que mantenga su promesa.

Jesica – ¿Mi promesa? ¿Cuál de todas?

Natalia – La de reanudar sus estudios… Él le deja el contenido de la caja de ahorros que poseía para su retiro para que pueda hacerlo.

Jonathan – ¿Cuánto seria… más o menos?

Natalia – Doscientos cincuenta mil pesos.

Jesica – ¿Qué?

Jonathan – Lo que no es poco… si sabe invertir.

Natalia – Algunas recomendaciones para el aterrizaje y no mucho más…

Jesica – A usted no le deja nada… Unos pesos para comprarse los zapatos… ¿Nada?

Natalia (con pesar) – Si pero es muy personal…

Jonathan y Jesica intercambian miradas de asombro al ver a Natalia estremecerse hasta las lágrimas, de repente, en la terminal de la pared donde está la radio comienza a parpadear en rojo nuevamente. Natalia casi sin expresiones levanta el auricular mecánicamente.

Natalia – Si… (Parece descomponerse) ¿Qué… qué??? Si, espero instrucciones…

Jonathan y Jesica la miran con cara de interrogación.

Jonathan – ¿Que pasa ahora?

Natalia – Subsanada la fuga en el sistema inicial de ventilación principal de modulo B de la nave…

Jonathan – ¿En español???

Natalia – Tenemos suficiente oxígeno para llegar a la tierra sin mayores problemas.

Jesica – Genial… (Se da cuenta) Oh dios mío… ¡Ivan!

Natalia se precipita.

Natalia – Voy a ver si todavía podemos hacer algo por el…

Jonathan y Jesica se quedan solos.

Jonathan – Cuando volvamos a la tierra me van escuchar, estos que se creen… Lo vendieron como el orient express, lo más lujoso de lo lujoso… Todo Chino y lo que no obsoleto…

Jesica – Hasta el botiquín era chino…

Jonathan – ¡Es la torre de Babel, este cohete! No exijo que me devuelvan el dinero ya que lo más importante es que estamos vivos. Se da cuenta, ¿no está feliz?

Jesica – Pobre Iván….

Jonathan – Bueno, si eso le pasa por querer hacerse el héroe…

Jesica – Sin embargo que hombre lindo y valiente… y lindo.

Jonathan – Pero yo estoy aquí además de lindo soy joven… y usted no solo joven si no atrevida… ¿Cómo es eso de que hacia películas de porno casero? Honestamente me ha sorprendido, Jesica, peligrosa, bilingüe…

Jesica – Trilingüe…

Jonathan – Esta aventura me hizo pensar, la veo más madura y fuerte de lo que creí, así que tengo una propuesta para ti. Necesito alguien de confianza que me ayude con…

Jesica – ¿La fundación?

Jonathan – Y dale con la fundación… ¿Qué fundación?

Jesica – Hambre… Mundo… Ffundación… Su lado más humano.

Jonathan – Ah eso si… No… Bueno parecido, busco un gerente para ventas en el mercado asiático y usted me puede venir muy bien…

Jesica – ¿El mercado asiático?

Jonathan – Sería una buena embajadora del chorizo usted… Eso no sonó muy bien que digamos.

Jesica – ¿Cree que yo podría hacerlo?

Jonathan – Imagínese, usted habla más idiomas que el papa, pero con más lindo cuerpo, los chinos se vuelven locos.

Jesica – ¿Chorizos en China? Le parece…

Jonathan – Y con la cantidad que son, con que le guste al 30 % de la población nos dedicamos a la exportación y nada más… En cuanto a la estrategia de marketing mientras bebíamos champagne se me ocurrió. Imagínese… (Jonathan mira hacia la luna y dibuja con su mano.) Con un láser gigante proyectamos en la superficie lunar la figura de un choripán y el nombre de la marca en letras grandes. ¿Se imagina el impacto? La cara de esos chinos, todas iguales con cara de no entender nada, porque se vería en todos lados donde sea de noche claro está.

Jesica no tiene tiempo para responder, Natalia entra desconcertada.

Natalia – El está inconsciente en su cama… Ya no se puede hacer nada, así que he decidido unirme a él…

Jonathan – ¿Como que unirse?

Jesica le saca de las manos un frasco a Natalia.

Jesica – Se ha tomado una capsula de cianuro.

Jonathan – Como se le ocurre, todos vamos a morir, esto no puede ser… (Jesica sorprendida) ¿Quién va a tripular esta cosa a tierra?

Natalia – Lo siento yo no pensé en eso… Adiós, sean felices juntos… Yo también me uniré al hombre que amo para toda la eternidad… antes me doy una vueltita por el baño.

Natalia se va.

Jonathan (destruido) – No puede ser, adiós China, mi yate, usted…

Jesica – Aun así es increíblemente romántico…

Jonathan – Y estúpido…

Jesica – ¡Shakespeare! Que prueba de amor, ¿estás dispuesto a morir por mi Jonathan…?

Jonathan – ¿Como si tuviera otra opción?

Ivan acaba de ingresar con un tubo de drogas en la mano.

Jesica (sorprendida) – Mierda ¡Vamos a reescribir romeo y Julieta!

Iván – No entiendo me trague dos capsulas de cianuro y lo único que tengo es dolor de cabeza y sueño…

Jesica mira con curiosidad el tubo que Ivan tiene en la mano.

Jesica – Esto no es chino, es coreano… (Mira el tubo de nuevo) Es una pastilla para dormir vencida desde 1973.

Jonathan – No es de extrañar que no sea eficaz capitán. Entonces estamos salvados y podemos volar a casa, si lo mantenemos despierto por lo que resta de viaje.

Iván – ¿Y Natalia?

Jesica (avergonzada) – Eso le estaba por decir…

Jonathan – ¿Usted puede manejar por una hora? De lo contrario explíqueme brevemente como hacerlo antes de dormirse de nuevo. No debería ser tan complicado volar un cohete.

Iván – ¿Que paso?

Jesica – Estamos salvados capitán, se solucionó el problemita del aire, podemos volver.

Iván – ¿Y Natalia? Dime la verdad…

Jesica – Pasó que…

Jonathan – No la podemos encontrar por ningún lado…

Jesica – Pensamos que estabas muerto…

Iván ve el tubo que tomo Natalia sobre la mesa y se lo lleva.

Iván – No me digan que…

Jesica – Ay si Iván… Ella lo quería demasiado.

Iván – ¡No!

Iván toma en sus manos el tubo que estaba en la mesa.

Jonathan (desesperado) – Soy el único que quiere volver a la tierra…

Jesica vuelve a mirar el tubo que acaba de tomar Iván.

Jesica – Jonathan tiene razón, es mejor volver y tranquilizarnos en la tierra, que le parece capitán. Además esto no es coreano, ni chino, ni cianuro, es un poderoso laxante para el espacio a base de hierbas naturales.

Jonathan – ¿También caducado?

Jesica – Por desgracia no.

Jonathan – Uhh con el inodoro en gravedad cero… y tapado.

Jesica – ¡Un tsunami de caca!

Natalia regresa en ese momento.

Natalia – ¿No saben dónde está la reserva de papel higiénico en esta nave? (Ve a Ivan) ¿Ivan? Entonces usted está vivo…!

Iván – Si Natalia es un milagro. Parece que solo me tome un par de pastillas para dormir… vencidas.

Natalia – Que alegría…

Iván – Sabe que Natalia, la amo… Desde que la vi en un primer momento… ¿Quiere ser mi esposa?

Natalia – Si Ivan (Se están por besar bajo la tierna mirada de los otros dos) Un segundo ya vuelvo.

Sale corriendo agarrándose la panza, Ivan cae dormido al suelo.

Jonathan – No, no de nuevo no…

Jesica entre lágrimas se abraza a Jonathan.

Jesica – Con tantas emociones creo que el corazón va a explotar…

Jonathan – Que corta es la vida y después de todo lo que pasamos juntos… ¿Le gustaría casarse conmigo?

Jesica – ¿Usted se casaría conmigo a pesar de mis pecados de juventud?

Jonathan – No a pesar… ¡Si no por ellos! Además que más nos puede pasar. ¿Quieres la luna?

Jesica – ¿La luna?

Jonathan – En vez del nombre con láser del chorizo en la luna su nombre y el mío entrelazados…

Jesica – Resulto ser un romántico usted.

Se están a punto de besar suena el teléfono de la pared de emergencias con parpadeo en rojo.

Se miran preocupados, Jonathan se decide a atender.

Jonathan – ¿Si? (Preocupado, pero su cara cambia) También lograron destapar el baño.

Jesica – ¿No le digo? ¡El que bien anda bien acaba!

FIN

***

 

El autor

Jean-Pierre Martinez es autor teatral y guionista francés de origen español. Nacido en 1955 en Auvers-sur-Oise, sube al escenario primero como baterista en diversos grupos de rock, antes de hacerse semiológo para la publicidad. Luego trabaja como guionista para la televisión, y vuelve al teatro como autor. Ha escrito mas de 60 guiones para distintas series de la televisión francesa, y 61 comedias para el teatro (13 y Martes, Strip Poker, Bar Manolo, Ella y El, Muertos de la Risa, Breves del Tiempo Perdido, El Joker…). Actualmente es uno de los autores contemporaneos mas representados en Francia, y varias de sus obras han sido ya traducidas en español y en inglés. Es licenciado en literatura española e inglesa (Sorbonne), en linguística (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), en economía (Institut d’Études Politique de Paris), en escritura de guiones (Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle). Jean-Pierre Martinez ha escogido ofrecer todos los textos de sus obras para descargar gratuitamente en su web : comediatheque.net.

 

Otras obras del autor  

13 y Martes

Bar Manolo

Breves del Tiempo Perdido

Crisis y Castigo

El Joker

Ella y El, Monólogo Interactivo

EuroStar

Foto de Familia

Muertos de la Risa

Por Debajo de la Mesa

Pronóstico Reservado

Strip Poker

Un Ataúd para Dos

Zona de Turbulencias

Este texto está protegido por las leyes

relativas al derecho de propiedad intelectual.

Toda copia es susceptible de una condena,

hasta de 300 000 euros y 3 años de prisión.

 

París – Febrero de 2017

© La Comédi@thèque – ISBN 978-2-37705-090-1

http://comediatheque.net

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